Le Sri Lanka a chassé le clan Rajapaksa du pouvoir... et après ?

Bureaux du Premier ministre du Sri Lanka occupés par les manifestants; Colombo le 13/07/22
Bureaux du Premier ministre du Sri Lanka occupés par les manifestants; Colombo le 13/07/22 ©AFP - AFP
Bureaux du Premier ministre du Sri Lanka occupés par les manifestants; Colombo le 13/07/22 ©AFP - AFP
Bureaux du Premier ministre du Sri Lanka occupés par les manifestants; Colombo le 13/07/22 ©AFP - AFP
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Au Sri Lanka la mobilisation contre le clan Rajapaksa au pouvoir se transforme en révolution avec la fuite du président ; mais jusqu'où pousser le dégagisme d'une classe politique très largement discréditée ? Istanbul annonce un accord sur un corridor céréalier en Mer Noire entre Ukraine et Russie.

Dans un Sri Lanka en pleine révolution, le président par intérim en appelle à l'armée pour tenter de rétablir l'ordre.

C'est bien de cela qu'il s'agit : tenter de ramener un semblant de calme après la fuite du président Gotabaya Rajapaksa, après surtout deux mois de manifestations incessantes des Sri Lankais pour exiger la chute du régime incarné par la famille Rajapaksa.

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Mais le peuple en a décidé autrement, constate Alys Davies à Colombo pour la BBC : pas question de rentrer à la maison en se satisfaisant de voir un proche du président déchu prendre sa place : bien qu'issu de la soi-disant opposition aux Rajapaksa, le Premier ministre nommé président par intérim hier, Ranil Wickremsinghe, se retrouve conspué avec les mêmes slogans que son prédécesseur, ses bureaux pris d'assaut par la foule des manifestants. Et le voilà donc qui se présente en garant de la Constitution sri-lankaise et qui ordonne à l'armée de "faire tout ce qui est nécessaire pour rétablir l'ordre".

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Est-ce un blanc-seing pour lancer une vague de répression plus violente encore contre les manifestants, alors qu'hier déjà les coups de matraques et grenades lacrymogènes ont plu sur le centre de Colombo ? Ou bien les militaires sont-ils appelés à venir combler le vide de pouvoir créé par cette volonté populaire de dégager tous ceux qui ont été associés ces dernières années à la lente mais complète faillite du Sri Lanka ? La journée de ce jeudi le dira peut-être...

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Mais en attendant, la presse de l'île se pose cette question vieille comme les révolutions : et après? Renverser le pouvoir oui, mais pour mettre quoi à la place ? Dans le Colombo Telegraph, Sunil Wimalawansa se félicite donc du "succès de la première étape de l'Aragalaya" ("la lutte" en sri-lankais puisque c'est le nom qui a été donné par la foule à cette révolution de la jeunesse et du renouveau si bien décrite dans le reportage que lui consacrent Sébastien Castelier et Margaux Solinas pour le quotidien suisse Le Temps), cette première étape donc qui consistait à se débarrasser du clan Rajapaksa... Mais maintenant, on fait quoi? Et surtout jusqu'où pousser le dégagisme quand on sait que le grand reproche adressé à la classe politique, celui d'avoir "pris des décisions qui ont appauvri le pays et enrichi les décideurs, les profiteurs et les capitalistes", tout ça a profité aux niveaux supérieurs de l'administration sous forme de corruption, de pots-de-vins généralisés, et que si l'on veut vraiment faire le ménage on risque de se retrouver sans personne pour faire fonctionner l'Etat.

D'autant que le pays est économiquement à genoux, et qu'il a d'urgence besoin de stabilité.

Ca c'est ce qu'écrit dans The Guardian la spécialiste du Sri Lanka Charu Lata Hogg... et c'est peut-être le principal piège qui guette cette révolution sri-lankaise. Le Sri Lanka, on l'a dit, est dans une situation de faillite avancée, en défaut de paiement sur sa dette à l'étranger avec une population confrontrée depuis des mois à des pénuries de tous les biens de première nécessité. Il faut donc d'urgence trouver de l'argent, et ça devrait passer par un prêt d'urgence du Fonds Monétaire international conditionné, on y arrive, à une retour à un semblant de stabilité politique.

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Mais le président en fuite n'a pas officiellement démissionné, insiste le quotidien The Island, pas plus que ne semble vouloir démissionner Ranil Wickremesinghe qui assure l'intérim mais, on l'a dit, sans le soutien de la population. Il va donc falloir que les partis d'opposition s'entendent sur un plan de transition vers des élections pour qu'un nouveau pouvoir légitime et issu de la révolution se mette en place. aller trop vite risquerait de fragiliser ce processus et de le vider de son vrai sens révolutionnaire.

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Mais la situation économique ne laisse pas beaucoup de temps. Dans sa tribune au Guardian Charu Lata Hogg salue en tout cas cette Aragalaya, cette lutte du peuple sri-lankais pour son indépendance qui s'est faite jusque-là "quasiment sans que le sang ne soit versée, a réussi à renverser une dynastie politique arrimée au pouvoir depuis deux décennies tout en fédarant la population au-delà des classes sociales mais surtout des divisions ethniques et religieuses" qui l'ont déchiré en d'autre temps.

L'autre grand titre de la presse internationale ce matin c'est cet accord qui aurait été trouvé entre Russes et Ukrainiens sur l'exportation de leurs céréales malgré la guerre.

L'enjeu, vous le savez, c'est d'atténuer la crise alimentaire mondiale qui a déjà commencé à faire sentir ses effets dans le monde arabe et en Afrique notamment... trouver un moyen de remettre en route ces quelques 130 bateaux chargés de millions de tonnes de grain qui sont en ce moment-même bloqués sur une Mer Noire surmilitarisée et en partie minée autour des ports ukrainiens.

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Eh bien la Turquie, qui joue les grands entremetteurs dans ce dossier crucial, annoncait hier soir, via son quotidien Hurryiet, qu'au terme d'une séance de négociation qui était la première depuis des semaines entre Ukraine, Russie, Turquie et Nations Unies, un accord a été trouvé pour créer en quelque sorte un corridor humanitaire pour les céréales russes et ukrainiennes.

Selon les termes de cet accord vanté par la presse turque, un centre de coordination des exportations maritimes devrait être créé, en Turquie, codirigé par des représentants des deux pays, pour superviser ensemble le contrôle des chargements dans les ports, et garantir la circulation des cargos en toute sécurité. Vu de Moscou, dans les pages du Kommersant, on salue également cette "solution" trouvée à l'épineuse question de ce qu'il était devenu commun de qualifier de "guerre des céréales". Une solution qui selon le quotidien russe profite à tout le monde, à l'Ukraine qui va pouvoir vendre ses céréales et en retirer au bas mots 5 milliards de dollars cette année et à la Russie qui démontre au passage "son importance stratégique sur la scène internationale et sa volonté de trouver des compromis".

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Bon, je ne vous cache pas par contre qu'on est beaucoup plus prudents sur le sujet côté ONU, avec un Antonion Guterres qui refuse, remarque Al Monitor, de parler d'accord conclu mais salue tout de même les progrès remarquables faits hier à Istanbul. Même réserves côté ukrainien, où l'on insiste surtout sur le fait qu'une nouvelle rencontre est prévue la semaine prochaine pour avancer sur les conditions techniques de ce corridor céréalier, avant d'envisager de signer un véritable accord.

Car la mise en oeuvre s'annonce complexe et le New York Times ne nous cache rien de cette complexité dans un article centré sur la question du déminage des ports de la Mer Noire, qui devrait prendre des semaines ne serait-ce que pour dégager un chenal d'exportation sécurisé. Déminer toute la Mer Noire, par contre, prendra des mois et ne pourra se faire qu'une fois la guerre vraiment terminée. Car si la question cruciale pour la planète des céréales pourrait être réglée bientôt, il ne faudrai pas pour autant oublier que l'invasion russe, elle, se poursuit sur le sol ukrainien.

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