Manifestation contre le projet de mine Rio Tinto en Serbie, Belgrade le 11/12/21 ©AFP - Oliver Bunic
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Résumé

La société minière Rio Tinto suspend son projet de mine de lithium et borate dans l'Ouest de la Serbie face à l'opposition farouche des écologistes et des habitants qui ont forcé le président Vucic à se désolidariser du projet. La Belgique confirme sa sortie du nucléaire... vraiment ?

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Cette revue de presse nos emmène en Serbie où un projet de mine de lithium suscite une véritable fronde dans la population.

Deux mois que cela dure avec des manifestations de milliers de personnes chaque week-end et des routes bloquées dans cette région de Loznica à l’ouest du pays, le tout renforcé par la défiance à l’égard du gouvernement serbe accusé de brader les ressources naturelles et la santé de ses concitoyens. Le quotidien de Belgrade Blic nous apprend que le projet de mine vient d’être suspendu par son maître d’œuvre, le géant minier Rio Tinto ; pas abandonné, mais bien suspendu dit sa directrice générale "le temps de discuter avec les opposants au projet. Aucune décision ne sera prise avant d’avoir rassuré les habitants", affirme encore la porteuse du projet même si elle explique que c’est "difficile d’avoir un dialogue raisonnable avec les détracteurs de la future mine, tant Rio Tinto, selon elle, est victime d’une intense campagne anti-mines" sous couvert de préservation environnementale.

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Car, explique The Guardian, la société anglo-australienne Rio Tinto aime à présenter son projet en Serbie comme écologique, puisqu’il s’agit de répondre à la demande mondiale, en principe vertueuse, en minerai lithium (pour fabriquer des batteries pour les voitures électriques) et borate (nécessaire à la fabrication des panneaux solaires et les éoliennes).

Le gouvernement serbe, mené par le président Aleksandar Vucic y a longtemps vu, lui, un grand chantier favorable à l’emploi et à la croissance dans son pays ; il a un temps protégé les intérêts de Rio Tinto face à ses détracteurs, envoyant parfois des gros bras pour réprimer les manifestations et barrages routiers. Mais, la révolte populaire a pris une telle ampleur, poursuit le site Balkan Insight, que Vucic, accusé de dérive autoritaire et de soumission à Rio Tinto, a bien senti qu’à quelques mois des élections législatives, il fallait lâcher du lest : ces dernières semaines il a donc coup sur coup refusé de signer l’accord d’expropriation qui devait permettre à Rio Tinto de récupérer de force les terres de propriétaires récalcitrants et il a fait retirer le plan d’occupation des sols de la ville de Loznica, un autre document favorable à la compagnie minière.

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Cette dernière a donc compris que le vent avait tourné pour elle, et qu’il allait falloir plus d’effort pour convaincre les Serbes. Vous savez ce qu’on dit dans ces cas-là : il faut prendre le temps de faire de la pédagogie, rassurer la population égarée par les discours écologistes : c’est ainsi que le journal économique australien Financial Review justifie cette suspension du projet de Loznica qui ressemble pourtant bien à un coup d’arrêt.

Quoique, pendant ce temps, le journal serbe Danas affirme que les habitants des terres convoitées par Rio Tinto continuent toujours de recevoir des SMS et des mails insistants pour les pousser à leur vendre leurs parcelles. La compagnie est donc loin d’avoir renoncé à ses ambitions serbes… mais ça ne l’empêche pas de chercher d’autres eldorados.

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The Financial Times nous apprenait il y a deux jours que Rio Tinto venait d’investir 730 millions d'euros dans un gisement de lithium et de borate (comme en Serbie) mais cette fois en Argentine, sur le Salar del Rincon, un site naturel d’exception tout près de la frontière avec le Chili. C’est le plus gros investissement de la compagnie depuis 2011, justifié là encore par la demande exponentielle en véhicules électriques et énergies renouvelables : le coût environnemental, en quelques sortes, de la transition énergétique.

… Et puisque l’on parle d’énergies plus ou moins vertes, revenons sur la décision très forte annoncée jeudi par la Belgique.

Rien de moins que la "sortie du pays du nucléaire", sur le papier en tout cas, c’est ainsi que le quotidien La Libre Belgique présente cette décision validée dans la nuit de mercredi à jeudi au terme d’une longue et âpre négociation avec les partenaires concernés, dont le français Engie qui exploite les deux centrales vouées à la fermeture d’ici 2025 comme on l’a appris hier matin.

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En fait, précise le néerlandophone Volkskrant, le principe de la sortie du nucléaire avait été acté dès 2003 en Belgique, puis confirmé en 2018… sauf que le développement des alternatives n’a pas été à la hauteur, et les réticences économiques et sociales étaient fortes. Le gouvernement actuel se félicite d’avoir mis un calendrier clair sur tout ça… enfin cela reste à voir : selon Le Soir qui qualifie les annonces d’hier de "limite illisibles tant elles comportent d’inconnues et ouvrent à des interprétations politiques antagonistes".

Et c’est vrai qu’avec son plan A et son plan B, avec sa manière de repousser la décision définitive à mars prochain le temps de laisser passer l’hiver et des risques de pénuries d’électricité, avec aussi cette nuance qui consiste à "fermer les centrales actuelles mais sans fermer la porte dans le futur à des formes de nucléaire plus modernes et propres", la Belgique reste entre deux eaux, reconnaît le quotidien flamand De Tijd.

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Les partisans du nucléaire comme énergie verte car décarbonée, crient eux, à l’inconscience du gouvernement qui va se priver de tous ses réacteurs dont certains sont en fonction depuis 40 ans. Dans La Libre Belgique, le parti wallon DéFI affirme que le gouvernement, en voulant compenser la fermeture des réacteurs par la construction d'une nouvelle centrale au gaz, va "éjecter dans l’atmosphère 40 millions de tonnes de CO2 supplémentaires" ou alors qu’il va devoir importer de l’électricité produite… dans les centrales nucléaires françaises.

On en revient à la même question de la cohérence globale des grands choix environnementaux qui sont affichés par nos gouvernements ou par nous-mêmes citoyens et consommateurs soucieux d’écologie, en France, en Serbie ou en Belgique… au prix, il faut bien le dire, de quelques paradoxes.