Marine LE PEN dans la tourmente des Panama Papers
Marine LE PEN dans la tourmente des Panama Papers ©Reuters - Benoit Tessier
Marine LE PEN dans la tourmente des Panama Papers ©Reuters - Benoit Tessier
Marine LE PEN dans la tourmente des Panama Papers ©Reuters - Benoit Tessier
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Panama Papers, saison 1 épisode 2 : la chute du clan Le PEN, le logiciel français derrière la fuite, et de l'argent réinvesti dans la défense des lanceurs d'alerte.

C'est pour le roi ? Non ! C’est pour Salluste ? Voleur ? mais non pas voleur… mais si voleur un peu quand même, n’en déplaise à Yves THREARD, le directeur du Figaro qui s’insurgeait hier sur « l’ère de la délation » et qui comparait les Panama Papers à, je cite, « une liste de gens qui ont le SIDA »…

Cette fine analyse mise à part… la série continue, « Panama Papers, saison 1 épisode 2 écrit Denis DAUMIN dans la Nouvelle République… La promo a été soignée, le feuilleton programmé à l’échelle planétaire. Chaque pays a sa version adaptée, le scénario a été bossé. Pour le programme islandais, on a tapé très fort à la tête, là où ça fait le plus mal après la caisse. Hier soir, l’île de feu et de glace n’avait donc plus de gouvernement. Son chef a démissionné sous les huées du peuple, la honte et les cuillers de fromage blanc catapultées. On a découvert ainsi un mode de protestation inhabituel sous nos contrées. Pour la Société Générale et les le Pen & consorts, nous avons été moins surpris. »

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Parce que c’est notre déclinaison nationale à nous de cet épisode 2 des Panama Papers… l’implication des Le PEN, qui fait les gorges chaudes de la presse ce matin… la « Le Pen connection » comme l’écrit Jean-Emmanuel DUCOIN dans l’Humanité : « Et au milieu de la fournaise du Panama Papers, qui éclaire d’un jour nouveau les mécanismes du casse mondial organisé entre puissants (…) voilà donc que nous découvrons – sans grande surprise – les noms de quelques amis du clan Le PEN, que le Monde qualifie d’experts en paradis fiscaux. Et c’est peu dire. »

Même le Figaro, peu enclin on l’a vu à feuilletonner avec ses confrères cette série des Panama Papers, consacre un article à l’épisode FN du jour et reconnaît, sous la plume d’Emmanuel GALIERO, « une charge violente pour le parti. Le Front National prend de plein fouet cette affaire mondiale d’évasion fiscale dont les éléments sont livrés au fil des jours. Parallèlement, Jean-Marie LE PEN n’échappe pas à la vague. Gérald GERIN, son majordome, a reconnu être l’ayant droit d’une société offshore enregistrée par le sulfureux cabinet d’avocats Mossack Fonseca tout en niant un lien entre l’argent de sa société (2,2 millions d’euros) et le fondateur du FN. »

Et même si de l’avis général, vous l’avez entendu, la « révélation » de cet épisode n’en étais pas une… le suspens n’était pas vraiment haletant… Jean-Emmanuel DUCOIN fulmine : « Pendant que Marine LE PEN dénonce à s’en époumoner « le pouvoir de nuisance de la finance mondialisée qui joue contre l’intérêt général », les comptables de son parti détournent de l’argent à l’étranger. Mensonges idéologiques. Mensonges financiers. Tout est dit. »

Florence CHEODAL dans la Montagne, elle, reste un brin plus réaliste : « Il en faudra plus pour empêcher le Front National de dormir sur ses deux oreilles. Il en a vu d’autres, en verra encore, et jusqu’ici, même pris les doigts dans le pot à confiture. »

Un épisode deux un peu cousu de fil blanc donc…

Certes… mais plus on avance dans l’épais dossier de révélations, plus on apprend de choses intéressantes sur la coulisse…

Comme par exemple dans les Echos ce matin… qui donne un coup de projecteur à une start-up française… Linkurious… « la jeune pousse derrière les Panama Papers ».

Eh oui… parce qu’avec deux terra et demi de données… et plus de 11 millions et demi de documents… l’effort combiné des 370 journalistes qui ont travaillé sur le dossier aurait été beaucoup beaucoup beaucoup plus long, s’ils n’avaient eu l’aide d’un logiciel pour leur permettre de faire le tri dans cette immense océan de données fiscales.

Le logiciel développé par Linkurious « a permis de faire apparaître des schémas intéressants [parmi ces millions de données] et de les représenter de manière très simple. Lorsque l’utilisateur du logiciel cherche un nom, les résultats se présentent sous la forme d’une image dynamique connectant différents éléments le plus souvent perdus dans le maquis de données » explique l’article…

Et ce n’est pas tout… « Le tout dans un environnement sécurisé pour chacun des protagonistes, dispatchés dans 80 pays à travers le monde. [Il fallait en effet] protéger l’identité des journalistes et s’assurer que les données ne tombent pas dans les mauvaises mains. Ce qui était particulièrement difficile dans la mesure où l’affaire allait exposer des personnalités politiques dans des pays où la liberté de la presse n’est pas toujours garantie. »

Anecdote intéressante, ce programme est né d’un projet universitaire développé à Stanford, « qui visait à comprendre les correspondances entre les philosophes de l’époque des Lumières, résume l’un des fondateurs de la start up. Il fallait rendre l’outil compréhensible pour les chercheurs, et pas seulement pour les data scientists. »

Ce sont donc les Lumières qui ont permis de faire toute la lumière…

Merci de ce délicieux calembour. Reste une question, à l’issue de cet épisode 2 des Panama Papers… Que va devenir tout cet argent dissimulé qui devrait, in fine, réintégrer les caisses vides de l’Etat. On ne le sait pas encore… mais le Parisien nous donne des pistes… dans un article intitulé « Quand le crime paie… l’Etat », le journal raconte comment la vente des biens de justiciables a rapporté l’an dernier quelques 21 millions d’euros…

« Que fait l’Etat de tout cet argent ? se demande le journal. Il finance notamment des campagnes de santé publique. L’année dernière, 11 millions 3 ont été versés à la Mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives. Au passage, 7,9 millions sont tombés dans le budget général de l’Etat. »

Mais c’est la fin, comme dans chaque épisode de série, qui amène la plus surprenante révélation… dans un futur proche... « La loi Sapin 2 va prévoir que cet argent serve aussi à financer les frais d’avocats… des lanceurs d’alerte. »

On peut reprendre pour conclure la réaction d’Edward SNOWDEN sur Twitter après que François HOLLANDE s’est félicité du rôle des lanceurs d’alerte et de la presse dans la révélation des « Panama Papers ». L’homme derrière les révélations sur les écoutes de la NSA aux Etats-Unis, qui vit toujours en exil en Russie, a simplement répondu à cette déclaration par un seul mot, en français : « Vraiment ? »

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