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Dialogue social ou dialogue rompu, qui parle à qui, qui tweete à qui et qui joue à quoi ?
Qui parle à qui ? C’est la question que l’on peut se poser à la lecture de la presse ce matin… alors que doit s’ouvrir dans quelques minutes la 4ème conférence sociale entre le gouvernement et une partie seulement des syndicats… puisque la CGT et FO boycottent cette journée…

Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT
Philippe Martinez, secrétaire général de la CGT
© Reuters

Il y a donc ceux qui se parlent… entre eux… ceux qui refusent de se parler, l’un à l’autre… et puis il y a aussi ceux qui nous parlent à nous directement ce matin, à défaut de se parler entre eux… comme le Secrétaire Général de la CGT, Philippe MARTINEZ, qui a accordé un long entretien au journal l’Humanité… « trop c’est trop » dit-il… « il est temps d’arrêter de faire plaisir au patronat et de s’occuper de la situation des salariés »… Philippe MARTINEZ dénonce le sort qui est fait aux responsables syndicaux, invités à une heure de réunion informelle avec François HOLLANDE… « Une heure de réunion officieuse, huit organisations syndicales et trois patronales. Le dialogue n’existe pas. »

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Une conférence réduite comme peau de chagrin, « symbole de la paralysie progressive du gouvernement dans le domaine social : au lieu des deux jours habituels de travail, la grande Conférence sociale se réduira ce lundi à quelques heures de discours et de table ronde », relève Nicolas BEYTOUT dans l’Opinion.

On est donc bel et bien en mesure de se demander ce matin : qui parle à qui ? Et d’interroger la notion de « dialogue » social…

Je pourrais vous remettre une petite couche de référence étymologique pour appuyer mon propos… vous voulez ? bon… dialogue… dia/logos… soit l’adjonction du préfixe « au travers, par, entre » au substantif logos « discours raisonné »… c’est-à-dire, si on développe… le dialogue, c’est précisément « une parole raisonnée et agissante, qui pénètre, tranche et traverse complètement et méticuleusement » or à cette aune étymologique, on mesure avec nombre d’éditorialistes ce matin que le dialogue « social » n’est plus tout à fait raccord avec cette acception première…

« Dialogue social : encore un effort » titre la Croix… un dialogue social que « François HOLLANDE rêvait de moderniser en profondeur. En vain. » dans Ouest-France. « Plus encore qu’aux chaises vides de sa conférence sociale, François HOLLANDE est confronté à une colère syndicale croissante de la part de la CGT et de FO, ces deux formations qu’il n’a jamais su convaincre, à l’image de larges franges de son propre électorat » constate Dominique GARRAUD dans la Charente Libre.

La preuve par le dessin… dans La Croix… l’illustration du jour montre Manuel VALLS sur une pelouse à côté d’un panneau « Conférence Sociale », et face à deux packs engagés dans une mêlée, chemise rose contre chemise bleue… Manuel VALLS s’apprête donc à introduire son dossier tel un ballon de rugby dans la mêlée en disant : « bon, je vais procéder à l’introduction. Ensuite, on entame le dialogue ».

Après la déculottée du XV de France samedi face aux All Blacks en coupe du monde de rugby… on mesure à quel point à quel point on est loin, bien loin, de la parole « raisonnée et agissante ».

Autre question : qui tweete à qui ?

En cette ère du numérique post-moderne qui est la nôtre… l’extension des frontières du dialogue nous entraîne sur les pentes glissantes de la communication numérique…

Et sur la question des tweets sponsorisés… vous ne saviez peut-être pas, mais lorsque les célébrités que vous suivez assidûment sur Twitter s’enthousiasment pour un produit ou une marque… ce n’est pas par pur altruisme, c’est pour toucher quelques émoluments supplémentaires grassement accordés par la marque en question.

Et c’est ce contre quoi s’emporte ce matin Daniel SCHNEIDERMANN dans Libération… « Dans le petit monde des people qui monnaient leur micronotoriété, le tweet sponsorisé est peut-être la trouvaille la plus géniale des annonceurs » écrit-il… avec à l’appui, le recit d’une émission de Cyril HANOUNA ou l’animateur star enjoint ses collaborateurs d’avouer s’ils se sont livré à ce genre de pratique. Où l’on apprend également que la starlette Nabila réclame 2000 euros pour 140 signes – ce qui fait un peu plus de 14 euros la lettre. « Voici quelques décennies, conclut Daniel SCHNEIDERMANN, la pub clandestine, ou les ménages des animateurs pour les mêmes marques, faisaient l’objet d’une vague réprobation publique. Même si la pratique était endémique, c’était un sujet de scandale. Aujourd’hui, on confesse sous les applaudissements du public. Comme le péché est divertissant ! Et la repentance, donc. »

Ainsi, si vous voyez un jour Guillaume vos stars favorites comme Alain FINKIELKRAUT vanter les mérites d’un camembert ou Emmanuel LAURENTIN ceux d’un appareil auditif… vous ne serez plus dupe…

Pour finir… qui joue à quoi ?

Oui la presse a rarement entretenu un dialogue très apaisé avec l’industrie vidéo-ludique, préférant titrer sur les liens supposés entre la pratique du jeu vidéo et la violence ou les problèmes d’addiction qui en découle…

Mais heureusement les temps changent, et le dialogue peut reprendre… « Quand les entreprises jouent à Sim City », c’est en page 12 des Echos… ou comment Véolia et Eiffage ont développé, chacun de leur côté, des simulateurs de ville sur le mode du célèbre jeu Sim City… simulateurs qui permettent de proposer des modèles de ville « durable », en énergie et en eau… modèle qui sont appliqués à des villes bien réelles comme Santiago au Chili, ou Astana au Kazakhstan.

Le Parisien consacre lui une pleine page à « Ces jeux vidéo qui aident à guérir ». Il y a deux catégories… ce qu’on appelle les « ludimédicaments » ou « serious games »… des jeux spéciaux créés pour lutter précisément contre une pathologie : se rééduquer après un AVC, ralentir la progression de la maladie de Parkinson ou lutter contre la dépression. Et puis il y a les effets inattendus des jeux vidéo classiques. Par exemple, vous apprendrez que le jeu Tetris a des effets saisissants dans la lutte contre les addictions : à l’alcool, au tabac ou au sexe… hop, une petite partie de Tétris permet de lutter contre les envies compulsives.

De même, les jeux de tir à la première personne comme Call of Duty ou Medal of Honor, pourtant largement décriés pour leur violence, ont prouvé qu’ils agiraient positivement sur notre vue, et notamment pour les personnes qui souffrent de cataracte.

Vous y lirez également l’interview d’un médecin qui a mis au point un jeu destiné aux adolescents… « Clash Back »… qui en simulant une conversation entre une jeune fille et son père, permet de rétablir le contact et d’éviter précisément d’aller jusqu’au clash… c'est-à-dire retrouver une parole raisonnée et agissante. Ou quand le jeu vidéo permet de renouer le dialogue.

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Nicolas Martin
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