Nuit Debout place de la République à Paris
Nuit Debout place de la République à Paris ©Reuters - Philippe Wojazer
Nuit Debout place de la République à Paris ©Reuters - Philippe Wojazer
Nuit Debout place de la République à Paris ©Reuters - Philippe Wojazer
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Après l'unanimité autour de la célébration d'Emmanuel MACRON, il régnait dans vos journaux ce matin une certaine unanimité autour de la défiance envers le mouvement Nuit Debout.

Vendredi je vous parlais ici même du concert de louanges dans l’ensemble de vos journaux, ou presque, pour le ministre de l’économie Emmanuel MACRON, unanimement salué comme « audacieux », « réformiste », « brillant », « ambitieux »…

Eh bien ce matin, on retrouve une certaine forme d’unanimisme pour commenter la mobilisation contre la loi travail et le mouvement « Nuit debout », mais dans le sens inverse… Ainsi, dans une entrée putative du dictionnaire des idées reçues de FLAUBERT, on trouverait certainement les définitions suivantes : Nuit debout/Mouvement social : « dire qu’il est en perte de vitesse », « s’essouffle », « confus »…

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Ainsi François ERNENWEIN écrit-il dans son édito dans La Croix : « Après les manifestations de samedi, la mobilisation contre la loi travail cède du terrain. (…) Fédérateur parce que flou, enivré de ses utopies qui lui valent un certain écho, le mouvement [Nuit Debout] éclaterait à coup sûr s’il était plus précis. »

« Pourquoi un tel enthousiasme autour de quelques rassemblements de noctambules, certes sympathiques, mais néanmoins un tantinet illuminés, s’interroge Sébastien LACROIX dans l’Union. La seule explication à cette effervescence tient – selon lui – à l’innocuité du mouvement. D’où la bienveillance de la sphère politique, incapable de gérer l’ingérable. »

Et je pourrais continuer à dérouler pendant un bon bout de temps ces éditos qui estiment que finalement, tout ça est bien mignon mais ne sert pas à grand-chose, avec plus ou moins de condescendance… « Le mouvement Nuit Debout ne renversera pas la République » assure Jean-Louis HERVOIS dans la Charente Libre. « Le mouvement Nuit Debout, cet objet politique non identifié, occupe nos places et encombre l’espace du débat public autant qu’il l’embarrasse », pour Denis DAUMIN de la Nouvelle République, qui le qualifie d’interminable « crépuscule des bobos ».

Ce qui me renvoie à l’acception « Journaux » dans le dictionnaire des idées reçues sus-cité : Ne pouvoir s’en passer – mais tonner contre.

Il y a néanmoins quelques approches moins catégoriques de ce mouvement Nuit Debout

Maude VERGNOL dans l’Humanité s’oppose à cette vision unanimiste que je viens de vous décrire : « Essouflé le mouvement social contre la loi EL KHOMRI ? C’est la petite musique que persiflent depuis samedi tous ceux qui aimeraient bien tuer dans l’œuf une mobilisation dont la persévérance et les formes inédites rebattent les cartes du paysage politique. »

Et sur ce point, sur l’aspect inédit, innovant du mouvement, tout le monde s’accorde à peu près et tente tant bien que mal de l’appréhender… « Le mouvement Nuit Debout, même s’il ne débouche sur rien de concret, a le mérite d’exprimer un besoin de changement », pour François WOJTALIK du Courrier Picard. « Ce que veulent les Nuit-deboutistes » ose même titrer le Parisien… qui raconte comment les AG s’imaginent un futur, au terme de la 11ème journée de mobilisation. « Hier l’Assemblée Générale des lambda, assis sous le soleil, a décidé de se doter du droit de vote, pendant qu’une petite armée de jardiniers entreprenait de planter un potager à côté du métro. »

Pour le sociologue Michel FIZE, interrogé dans les colonnes du journal… les slogans de Nuit Debout « traduisent un climat prérévolutionnaire, avec des mots qu’on pensait révolus : on parle de capital, de travailleurs, de révolution. (…) Le mouvement se caractérise aussi par une grande hétérogénéité et empêche de dresser un portrait robot du Nuit-deboutiste. Il ressemble à un arbre dont on ausculterait les branches. »

Et, mécaniquement, se pose la question du débouché politique de ce mouvement… « Ce Woodstock de la parole » qui intrigue le gouvernement, toujours selon Le Parisien. « Ecoute d’un côté, méfiance de l’autre : l’exécutif ne sait pas par quel bout prendre Nuit Debout. » Pour Daniel SCHNEIDERMAN dans Libération, c’est en tout cas une rupture consommée avec Jean-Luc MELENCHON. « Les participants à Nuit Debout construisent de fait une rupture radicale avec le mélenchonisme. D’abord, ils ne revendiquent rien, ils affirment. Mais aussi ils n’ont pas d’acrimonie. A leurs oreilles (…) MELENCHON n’est plus ce paria qui faisait turbuler le système, mais un participant comme les autres de l’éternel carrousel des têtes connues, de l’abonné aux matinales et aux avant-soirées à applaudissements. »

Ce qui vaut ce mot de synthèse à Bruno AMABLE, dans sa chronique « Economiques » dans Libé… mot emprunté à un ancien président américain. « Nuit Debout semble confirmer la validité de la formule attribuée à Abraham LINCOLN : on peut tromper certaines personnes tout le temps, et tout le monde pendant un certain temps, mais on ne peut pas tromper tout le monde tout le temps. »

Et le président dans tout ça ?

Oh ben c’est pas brillant brillant… « François HOLLANDE galère avec la jeunesse à qui il a dédié son quinquennat, écrit Alain DUSART dans l’Est Républicain. Ainsi pense-t-il que la nouvelle génération regarde encore la télévision. » à propos de sa future intervention jeudi soir sur France 2.

Une intervention à laquelle le Figaro consacre une pleine page… intitulée « HOLLANDE : 90 minutes pour convaincre, Solenn DE ROYER explique comment le chef de l’Etat va tenter de recréer les conditions d’une candidature pour 2017. Selon un conseiller, « Aujourd’hui, Hollande n’est pas en situation de se présenter. Il lui reste trois mois pour retrouver de l’air. Après, ce sera trop tard. » Un autre proche confie que « HOLLANDE surprendra jeudi soir. Qu’il aurait enfin décidé de recommencer à faire de la politique. Qu’il a gardé la maîtrise du temps et qu’il s’apprête à sortir ses atouts maîtres ».

Et en face me direz-vous… en face, physiquement… sur la page d’en face du Figaro… un long article consacré à « Nicolas SARKOZY, toujours pas candidat mais déjà en campagne. » L’ancien président a reçu samedi les nouveaux adhérents de son parti.

Voilà… HOLLANDE et SARKOZY en face à face… Le Figaro a trouvé ses duellistes pour 2017. Il ne fallait évidemment pas oublier de mettre l’ancien face à l’actuel… parce que, vous le savez Guillaume… non seulement « l’avenir n’est interdit à personne » comme l’écrivait Léon GAMBETTA – c’est la citation du jour de la Croix mais surtout … surtout… comme le dit le héros de votre film favori… « On laisse pas bébé dans un coin. »

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Nicolas Martin
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