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Sommes-nous en guerre, faut-il ou non faire la guerre, comment mener cette guerre sans retomber dans les erreurs des guerres passées, et quelle part accorder à la diplomatie ? Tout ceci est-il un rêve ou un cauchemar éveillé ?
La guerre, et pas n’importe quelle guerre… « La véritable guerre mondiale commence maintenant » prophétise ce matin Philippe GELIE dans le Figaro… sous le titre « Conseil de guerre planétaire »… « Sous le choc des derniers attentats, la France, les Etats-Unis et la Russie ont intensifié leurs frappes aériennes en Syrie, mais chacun sait que cela ne suffira pas. »

Jeune homme blessé dans les bombardements russes en Syrie
Jeune homme blessé dans les bombardements russes en Syrie
© Reuters

« Les avions ne suffiront pas », c’est également le titre de l’édito de Stéphane ALBOUY dans le Parisien, qui écrit que « l’éventualité d’une intervention au sol ne peut être totalement écartée, même si elle ne semble pas encore à l’ordre du jour. Plus que jamais, tempère Stéphane ALBOUY, la nécessité de faire émerger une solution diplomatique qui permette d’organiser une transition politique au régime de Bachar AL ASSAD apparaît indispensable. »

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Et ce sont ces deux points de vue qui structurent ce matin le débat dans la presse… alors que François HOLLANDE va rencontrer, un à un, tous les membres du Conseil de Sécurité de l’ONU dans le but de former une vaste coalition contre l’Etat Islamique… la guerre, mais quelle guerre, la diplomatie, mais quelle diplomatie ? Les analyses sont partagées… « Il n’y aura pas de victoire militaire contre DAECH à court terme, prévient le général Pierre de VILLIERS, chef d’état-major des armées françaises toujours dans le Figaro. Nous les militaires, nous sommes habitués au temps long. Mais nos sociétés vivent dans le temps court et veulent des résultats tout de suite. En Syrie et en Irak, nous sommes au cœur de ce paradoxe. Tout le monde sait au final que ce conflit sera réglé par la voie diplomatique et politique, explique-t-il. »

Et quand Gérard CHALIAND, spécialistes des questions stratégiques, déclare dans les colonnes de Libération qu’il « est grand temps de se défendre et de ne pas culpabiliser »… ou encore que « les bombardements sur Raqqa sont une excellente initiative » et « qu’il serait idéal de combattre l’Etat Islamique au sol, même si les conditions ne le permettent pas »… Michel FOUCHER, géopoliticien, déclare lui dans Les Echos qu’il « ne faut pas tomber dans le piège d’une action au sol », et que, dans les « trois bases territoriales de DAECH » en Irak et en Syrie, il faut « une stratégie pour chacune d’entre elles. »

Qui écouter, qui croire… comment engager cette nouvelle guerre « mondiale » et comment éviter de réitérer les erreurs du passé… on lira plusieurs avis éclairants ce matin pour forger sa propre opinion… cet article, pour commencer, dans Libération qui nous rappelle qu’en Syrie, « l’Etat islamique est loin du viseur des bombardiers russes »… Les avions de Moscou continuent de cibler prioritairement l’Armée Syrienne libre – l’opposition à Bachar AL ASSAD – plutôt que DAECH… « De mauvais augure pour mettre sur pied une grande coalition », estime le journal.

On lira également avec intérêt la tribune de Dominique MOÏSI dans les Echos, intitulée « Pourquoi nous battons-nous ? », Dominique MOÏSI déconstruit les critiques sur la posture martiale de la France face à DAECH. Il explique, en somme, que les erreurs du passé ne doivent pas nous conduire à être, une fois encore, en retard d’une guerre. « De plus, l’idée qu’en bombardant les territoires contrôlés par DAECH, on fournirait des recrues aux djihadistes ne donne qu’une vision partielle d’une réalité émotionnelle infiniment plus complexe et fluctuante. »

A l’inverse, Christian SALMON dans Mediapart explique qu’après les attentats, il nous faut « changer d’imaginaire ». Christian SALMON estime que François HOLLANDE est tombé dans ce piège, avec le soutien unanime de la majorité et de l’opposition, un choix qui conjugue une souveraineté affaiblie et un militarisme impuissant. », et cite cette phrase de KAFKA : « La pire séduction du mal, c’est la provocation au combat ».

Autre question : à qui profite la guerre ?

Question éternelle et réponse toujours fuyante… c’est en tout cas celle que se pose Cécile CORNUDET ce matin dans les Echos, pour ce qui est de la moisson électorale de cette période post-attentat. « Les pronostics vont bon train autour de cette question qui fâche, car teintée de cynisme écrit Nicolas FOSTIER dans l’Union : à qui vont profiter les attentats ? (…) En clair, la question est maintenant de savoir qui va l’emporter entre le « raz-de-marée frontiste » sur fond d’islamophobie, et la « remobilisation de l’électorat de gauche » sur fond de sursaut républicain ».

Ca n’a pas échappé au ministre de la Défense, et candidat en région Bretagne, Jean-Yves LE DRIAN, qui déclarait comme le rapport Cécile CORNUDET : « Voter fait partie de la riposte. Aller voter aux régionales est une manière de combattre DAECH ».

A chaque candidat sa petite idée, plus ou moins inspirée… Xavier BERTRAND propose lui dans les colonnes du Figaro de rétablir le service national. « C’est ma priorité, déclare-t-il. Trois à six mois obligatoires pour les filles comme pour les garçons. Si le passage à une armée de métier avait du sens en 1995, avec le recul, supprimer tout service national a été une formidable erreur, pour le candidat LR en Nord Pas de Calais Picardie. »

Voilà qui agace prodigieusement Didier ROSE des Dernières Nouvelles d’Alsace, qui écrit ce matin « L’idée même d’enseigner les armes à toute une tranche d’âge est ébouriffante. Ces « apprentis fanatiques » qu’on ne sait pas détecter dans les villes s’économiseraient un voyage de formation en Syrie ! Contre les djihadistes, l’armée doit pouvoir compter sur des spécialistes et non s’embarrasser de bidasses. Le réflexe troupier est un réflexe terriblement daté. »

Ce qui nous conduit à la tentation du déni de réalité…

Oui, si vous n’êtes vous-même pas très sensible à l’appel aux armes ou aux accents martiaux internationaux qui vont être entonnés dans les prochains jours… la seule chose que je peux vous dire ce matin, c’est que vous ne rêvez pas, ce n’est pas un cauchemar éveillé que nous vivons tous depuis 10 jours… or, comme nous l’apprend le supplément santé du Figaro… le somnambulisme est un trouble très sérieux, à ne pas prendre à la légère…

Loin de l’image drolatique popularisée par les films, du personnage qui dort debout les bras tendus… les vrais somnambules se blessent, ont des comportements dangereux jusqu’à parfois sauter par la fenêtre ou tomber du toit… mais le tout, sans ressentir la moindre douleur. Une énigme que cherchent à lever les médecins… on sait tout juste qu’il y a une composante génétique au somnambulisme et des « familles » de somnambules.

Voilà, si vous voulez être bien sûr que tout ceci n’est pas un vilain cauchemar, il suffit donc de vous pincer bien fort. Si vous vous faites mal, plus de doute, vous êtes bien éveillé dans le monde d’après.

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Nicolas Martin
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