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Interpeller des syndicalistes au réveil, interpeller la classe politique sur le sort fait aux syndicalistes, interpeller le gouvernement sur la réforme fiscale et une exposition qui interpelle.
Interpeller… verbe du premier groupe… plutôt facile jusque là… une petite anomalie orthographique … on peut noter qu’interpeller, qui s’écrivait toujours avec 2 « L » malgré la prononciation du « e » neutre avant une consonne double (on prononçait autrefois « intérpéller ») est passé à la moulinette de la réforme orthographique de 1990 et peut désormais s’écrire « interpeler » avec un seul L, pour se calquer sur le modèle de l’irrégularité « d’appeler »… : ils interpellent 2 L E N T, vous interpelez avec juste un seul L.

Ceci étant dit, on peut également faire un peu d’étymologie ce matin grâce à Etienne de Montety dans le Figaro qui décortique le mot « interpellation » (avec 2 L donc si vous avez bien suivi)… « interpellation, apostrophe suivie d’une mise entre parenthèse »…

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Jean-Marc Ayrault à l'Assemblée Nationale
Jean-Marc Ayrault à l'Assemblée Nationale
© Reuters

« Cinq fauteurs de troubles – ce sont les mots d’Etienne de Montety – à Air France ont fait l’objet d’une interpellation. Le mot vient du latin interpellare : interrompre celui qui parle. Reste qu’il y a beaucoup d’interpellations dans cette affaire : les interpellés d’hier avaient eux-mêmes violemment interpellé les dirigeants d’Air France. Les images de l’agression des dirigeants ont aussi interpellé, notamment l’opinion publique. Et maintenant c’est l’extrême gauche qui interpelle, non pas les délinquants mais le gouvernement sur l’interpellation de ceux-ci. »

Parce que c’est peu dire que cette affaire d’interpellation nous interpelle tous… et bon nombre d’éditorialistes ce matin qui, comme à leur habitude, se déchirent sur le bien fondé de ces interpellations.

« S’il fallait une démonstration très concrète du mauvais état du dialogue sociale en France, les interpellations des personnels d’Air France en sont la preuve par l’exemple, écrit Bernard STEPHAN dans la Montagne. Il n’est pas commun que des salariés, dont certains ont un mandat syndical, soient interpellés à leur domicile, à l’heure du laitier, pour des faits de manifestations, fussent-ils violents »

Tonalité un rien différente dans l’Opinion, sous la plume de Rémi GODEAU qui explique ce matin que « pour nos anticapitalistes patentés, en vertu d’une lutte des classes viciée, les deux victimes (les DRH d’Air France) sont des bourreaux et les interpellés sont des héros. Car l’impunité qu’ils dénoncent à tour de bras, ils la revendiquent pour leurs affidés. La responsabilité qu’ils invoquent à tout bout de champ, ils la piétinent parce que la fin justifie les moyens. »

Le Parisien raconte comment environ 150 salariés d’Air France ont protesté hier à Roissy contre ces interpellations, en défilant sous les fenêtres de la direction en dansant sur la célèbre chanson du groupe Zebda, « Tomber la chemise »… ce qui ne manque pas d’interpeller… parce qu’en fin de compte, comme le résume justement Jean-Louis HERVOIS dans la Charente Libre… « S’il est parfaitement contre-productif pour l’image de la compagnie, le spectacle de ces deux hommes échappant à la meute, la chemise en lambeaux, aura permis à la direction d’Air France de dramatiser la situation en comptant large ses blessés. Air France aime à mener ses négociations en jouant sur les curseurs de la com, écrit l’éditorialiste. On prend à témoins – on interpelle donc – l’opinion ou les pouvoirs publics pour gagner ailleurs ce qu’on n’obtient pas en négociant. »

Il y a d’autres moyens, d’autres voies pour interpeller ce matin

Oui, si l’on reste sur cette acception d’apostrophe, et qu’on se laisse dériver doucement vers une extension sémantique… vers une sorte de « rappel aux bons souvenirs » … sur qui tombe-t-on ce matin dans la presse…

Jean-Marc AYRAULT… dont l’amendement sur la réforme fiscale et sa proposition de fusionner la CSG et l’impôt sur le revenu a eu l’effet escompté… celui d’interpeller le chef de l’Etat, qui doit s’exprimer aujourd’hui sur le sujet, assurent les ECHOS…

« Yo ! il conduit une Volkswagen et le voilà chef des frondeurs. Ne manquent plus que les piercings. Le nouvel AYRAULT est arrivé. Qu’on se le dise, ça va barder, le fils de teinturier a repris des couleurs. » c’est ce que vous pourrez lire dans le portrait « En vue » en dernière page du cahier Entreprises du quotidien économique. « François HOLLANDE lui avait claqué la porte au nez, refusant la remise à plat fiscale, il revient par la fenêtre parlementaire en déposant un amendement qui gène le gouvernement. »

« Ce qui se joue, c’est le match retour AYRAULT-VALLS explique un membre de la commission des finances dans les colonnes de Libération. Le Premier ministre paie d’avoir trop dit combien ce qui avait été fait avant lui était nul. »

« Digne », Jean-Marc AYRAULT est respecté, (presque) irréprochable il a de la constance et un raisonnement Il lui arrive donc ce qui manque à Montebourg, conclut Cécile CORNUDET dans Les ECHOS : les députés PS le suivent, largement le gouvernement a toutes les peines du monde a le contrer. La vengeance est un plat qui ne nécessite pas d’épices »

Et pour finir, une coquille de taille vous a interpellé ce matin

Oui, il m’a fallu un petit temps avant de réaliser mon erreur…

C’est dans les pages culture du Figaro dont nous avons ici un émérite représentant… une exposition au Louvre consacrée au songe d’ATTALI… en grand apologète de la tragédie racinienne et du drame antique, je notais cela dans un coin de ma tête et de mon programme mensuel de sortie culturelle… et puis après quelques secondes de confusion, je retournais lire l’article… il s’agit en fait d’ATTALI écrit TT A L I… et pas d’ATHALIE T H A L I E.

Il s’agit du songe de Jacques ATTALI et pas du tout de reine de Juda, héroïne de la tragédie éponyme de Jean RACINE.

Jacques ATTALI donc, économiste, auteur d’autant de rapports qu’il y a de morts dans les tragédies raciniennes, celui-là même qui interpelle la classe politique en menaçant de se présenter à l’élection présidentielle et qui n’a pas prévu pour le moment de se faire exécuter à l’extérieur du Temple… Jacques ATTALI qui propose donc cette exposition au musée du Louvre, exposition qui rassemble quelques 200 œuvres anciennes et contemporaines pour illustrer sa vision du futur et par la même occasion son livre « Une brève histoire de l’avenir ». On pourra notamment y voir cinq tableaux du peintre américain Thomas COLE, prêt très exceptionnel de la New York Historical Society… il faut au moins cela pour fermer la parenthèse de l’interpellation.

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Nicolas Martin
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