Laissez parler les petits papiers

Panneau de la firme Mossack Fonseca à Panama City
Panneau de la firme Mossack Fonseca à Panama City ©Reuters - Carlos Jasso
Panneau de la firme Mossack Fonseca à Panama City ©Reuters - Carlos Jasso
Panneau de la firme Mossack Fonseca à Panama City ©Reuters - Carlos Jasso
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Plus d'une centaine de journaux internationaux révèlent l'affaire des "Panama Papers", reprise des combats dans le Haut Karabach et déploration de l'état de la justice française.

De Panama, on connaissait surtout le canal… éventuellement le tailleur pour les amateurs de polars… on connaîtra à partir d’aujourd’hui et pour un long moment les papiers… Panama Papers… c’est le nom, on pourrait dire le titre tellement cette opération a été minutieusement préparée et scénarisée… de la plus grosse fuite de documents confidentiels de l’histoire du journalisme…

Vous en avez entendu parler dans les journaux et la revue de presse internationale de Thomas CLUZEL, pour ceux d’entre vous qui auraient raté les épisodes précédents, en voici un résumé : c’est le journal Le Monde en France qui, avec plus d’une centaine de journaux internationaux, a épluché pendant 9 mois des terra-octets de documents fuités d’une société panaméenne, Mossack Fonseca, spécialisée dans la création de sociétés offshore…

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Et dans ces documents, on trouve des noms, beaucoup de noms… Le Monde vient de les publier ce matin sur son site… des dirigeants en exercice, comme le président Argentin, le premier ministre Islandais, le roi d’Arabie Saoudite, le président des Emirats Arabes Unis et le président Ukrainien. Mais aussi « les riches amis oligarques de Vladimir Poutine, l’actuel président russe, [qui] ont profité de leurs liens avec le pouvoir pour s’en mettre plein les poches. C’est aussi le cas du meilleur ami du président russe, qui aurait servi de prête-nom pour le compte de Poutine pour détourner de l’argent des entreprises publiques. Selon nos estimations, au moins deux milliards de dollars auraient été transférés dans des sociétés écran dans différents paradis fiscaux », pourrez-vous lire donc sur le site du Monde.

La liste ne s’arrête pas là : dans les Panama Papers figurent des proches du président Syrien Bachar AL ASSAD, des ministres algériens, congolais, cambodgiens… des anciens ministres, comme le français Jérôme CAHUZAC… des footballeurs aussi Lionel MESSI ou, tiens donc, Michel PLATINI… bref, la liste est trop longue pour la donner de façon exhaustive ici même…

L’information est tombée un peu tard, donc, à part sur le site du Monde et dans sa version papier, à la date de demain, vous n’en trouverez de traces qu’en brève dans le Figaro, et dans les éditos du Républicain Lorrain et du Journal de la Haute Marne. Dans ce dernier, Patrice CHABANET écrit : « les Panama Papers confirment ce que l’on pressentait : les paradis fiscaux n’ont pas disparu. Des conventions internationales ont bien réduit le mur du secret bancaire en Suisse, au Luxembourg ou à Singapour, mais il demeure toujours ce chapelet de lieux exotiques où il suffit d’avoir une boîte aux lettres pour détenir une société écran en toute illégalité. »

« Le feuilleton ne fait que commencer » annonce Pierre FREHEL dans le Républicain Lorrain. Et c’est en effet ce que promettent les médias du Consortium International des Journalistes d’Investigation qui les ont publié : distiller leurs révélations tout au long de la semaine, les Panama Papers n’ont donc pas fini de faire parler d’eux… « les révélations qui vont tomber perturberont la politique intérieure de nombreux pays, prophétise Patrice CHABANET. Le nôtre ne devrait pas être épargné. »

Une autre région méconnue du globe ressurgit dans la presse ce matin

Cette région, c’est le Haut Karabakh… les auditeurs fidèles de Thierry GARCIN connaissent bien le Haut Karabakh… zone de conflit quasi-permanent depuis la chute de l’URSS, et malgré un cessez-le-feu signé en 1994… le Haut Karabakh est une petite république enchâssée entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan (retenez-le bien, c’est important pour la fin de cette revue de presse), qui a déclaré son indépendance en 1991… Officiellement sur le territoire de l’Azerbaïdjan, le Haut Karabakh est composé à 80% d’Arméniens…

C’est donc une zone de tension perpétuelle depuis plus d’un quart de siècle… et qui s’est à nouveau embrasée ce week-end. Libération y consacre une double page… Des combats d’une rare violence y ont éclaté… « Selon Erevan, l’Azerbaïdjan a lancé vendredi soir une attaque massive à la frontière du Haut Karabakh, avec chars, artillerie et hélicoptères. (…) Bakou a immédiatement démenti être à l’origine de l’offensive, assurant que ses forces n’avaient fait que riposter à une attaque d’artillerie et de gros calibres de l’Arménie. Officiellement, 18 soldats arméniens ont été tués, contre 12 morts côtés azerbaïdjanais. Et de part et d’autre, on dénombre des victimes civiles, dont des enfants. »

Et derrière l’Arménie et l’Azerbaïdjan, on trouve l’influence diplomatique de la Russie et de la Turquie comme l’explique le Figaro : « Poutine a certes appelé au cessez-le-feu mais en même temps, les soldats tués ce week-end l’ont tous été par des armes sophistiquées vendues par Moscou, laquelle a intérêt au statu-quo pour assurer son poids dans le Caucase », tandis que « de son côté, le président turc Recep TAYYIP ERDOGAN a assuré que la Turquie soutiendrait l’Azerbaïdjan « jusqu’au bout ».

Et vous voyez un lien entre la situation du Haut Karabakh et la justice française

Eh bien oui, les soubresauts politico-militaires du Caucase nous paraissent bien lointains… et pourtant, lorsqu’on écoute le nouveau Garde des Sceaux, Jean-Jacques URVOAS, évoquer la situation de la justice « à bout de souffle », « en état d’urgence absolue »… c’est l’Humanité, entre autres, qui rapporte ces propos tenus hier dans le JDD… vous allez voir que le Caucase se rapproche assez rapidement.

Jean-Jacques URVOAS a donc fait ce constat, hier… « A mon arrivée, j’avais dit que la justice était au bord de l’embolie. Depuis, je pousse la porte des juridictions, je dis qu’elle est plutôt sinistrée. » « La chancellerie n’a plus les moyens d’honorer bon nombre de factures. L’administration pénitentiaire cumulerait 36 millions d’euros d’impayés lors des hospitalisations des détenus. Pis : l’Etat afficherait une dette de 170 millions d’euros pour des frais d’interprètes, de laboratoires d’analyses ADN, d’experts, d’écoutes téléphoniques… » rapporte toujours l’Huma.

Comment expliquer que la justice française en soit arrivée là ? Le ministre essaye de minimiser la responsabilité de sa majorité, et de son prédécesseur Christiane TAUBIRA… pour autant, « malgré une très légère hausse depuis 2012, le budget de la justice française reste, en proportion, l’un des plus maigres du continent. Rapporté au PIB, il se place au 37ème rang sur les 43 pays du Conseil de l’Europe… derrière l’Azerbaïdjan ou encore l’Arménie. »

La justice française, « sinistrée » comme le Haut Karabakh… pour conclure, juste un petit rappel étymologique : « sinistrée », ça vient du latin « sinistra », qui signifie « à gauche ».

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