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Le bien, le mal ; la Russie, les Etats-Unis ; les bombardements en Syrie et l'Ukraine, autant de dualités manichéennes qui peuvent se résoudre, le cas échéant, par une partie de Risk... avec Marine Le Pen.
Il est bon, parfois, de se replonger dans l’histoire, et notamment l’histoire des religions pour mettre en perspective le traitement de l’actualité.

Prenons ce matin le perse Mani - ou Manès, qui au troisième siècle fonda ce qui restera comme le manichéisme… un dogme qui sépare le monde en deux catégories : un royaume de lumière et un royaume de ténèbres, deux royaumes qui coexistent sans jamais se mêler.

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symbole manichéen de la dualité - musée de Tabriz, IIIe millénaire av. J.-C.
symbole manichéen de la dualité - musée de Tabriz, IIIe millénaire av. J.-C.
- Fabienkhan

Il nous en reste aujourd’hui une métaphore plus qu’une philosophie, qui consiste à organiser le monde en dualités souvent étanches, qui coexistent sans se mêler, et qui permettent, parfois, d’apporter un semblant d’ordre face à une réalité trop complexe pour être appréhendée dans toutes ses subtilités.

Ainsi en va-t-il par exemple de la notion de bombardement sur une population donnée… un bombardement français en Syrie, au hasard, est une bonne chose… une TRES bonne chose, même ; des bombardements américains, sur le même territoire - quand bien même ils durent depuis près d’un an et ont fait de nombreuses victimes, civiles, sans pour autant faire reculer de façon significative la cible initiale, le groupe terroriste DAESH - sont malgré tout une bonne chose ; par contre, des bombardements russes… et c’est l’aube de l’âge des ténèbres qui nous guette.

« La crise syrienne est-elle en passe de devenir la rampe de lancement d’une troisième guerre mondiale ? » se demande ce matin Jean-Paul PIEROT dans l’Humanité.

« L’escalade syrienne amorcée par Vladimir POUTINE est d’autant plus inquiétante qu’il ne cherche même pas à donner le change, écrit Marc SEMO dans Libération. En deux jours de bombardements, l’aviation russe n’a toujours pas visé l’Etat Islamique. […] Nul ne peut croire que des groupes de la rébellion, armés par la CIA, ont été frappés par erreur. Il s’agit d’un défi ouvert aux Occidentaux selon Marc SEMON. » et « ce n’est pas seulement l’équilibre déjà ébranlé de pays rongés par le terrorisme qui est en jeu, écrit pour sa part Christophe BONNEFOY dans le Journal de la Haute Marne. C’est aussi celui de la planète entière »

Voilà donc le bien et le mal obligés de coexister dans un monde de souffrance. « Si la main tendue par Poutine est plus que suspecte, pour Pierre FREHEL du Républicain Lorrain, elle n’est pas rejetée par ceux qui pensent que toute alliance est bonne dès lors qu’elle accroît les chances de se débarrasser du mal absolu. », entendez DAESH.

« Cet ordre de priorité n’est moralement pas acceptable, bien sûr analyse Pascal COQUIS dans les Dernières Nouvelles d’Alsace, mais il ne l’est pas moins que celui de la Turquie, par exemple, qui se contente depuis des mois de bombarder les Kurdes sans que la communauté internationale ne trouve rien à redire. »

« Vladimir Poutine sait bien que l’exécution de basses œuvres demande, parfois, de fermer les yeux. Quitte à avoir un peu de sang sur les mains. Souvenons-nous de la Tchétchénie, écrit Yann MAREC dans le Midi Libre. « Même en enfer, il est toujours possible de balayer devant sa porte. » conclut Pascal COQUIS.

Et entre le paradis et l’enfer, entre le bien et le mal… il y a l’Ukraine

Tout à fait, vous pensiez que j’en avais fini avec la Russie mais pas du tout, puisque, le calendrier, le destin, le fatum… appelez-cela comme vous le voulez… est souvent taquin.

C’est aujourd’hui que se tient, à Paris, la réunion entre les quatre dirigeants (HOLLANDE MERKEL POROCHENKO et POUTINE) pour tenter de relancer le processus de paix en Ukraine. « Un nouvel espoir pour l’Ukraine à Paris », titre très sérieusement le FIGARO là où le Parisien titre, légèrement plus grinçant « Le tsar Poutine débarque à Paris ».

« En une semaine, le paria a repris l’initiative, le judoka s’est engouffré dans la brèche entrouverte dans l’autre camp qui n’est pas officiellement l’adversaire, selon Denis DAUMIN de la Nouvelle République. La guerre est entre ses mains. »

« Officiellement, l’intervention russe en Syrie n’a pas de lien direct avec la guerre dans l’Est de l’Ukraine. Mais le « climat » particulier créé par les développements syriens pourrait influencer le sommet de l’Elysée, analyse Isabelle LASSERRE dans le Figaro. Et les autorités de Kiev redoutent que l’Ukraine fasse l’objet d’un marchandage entre Vladimir POUTINE et les Occidentaux. »

Pour Denis DAUMIN, pas de demi-mesure, l’affaire est pliée. « Kiev ne reverra jamais la Crimée ni le Donbass. La grande parade d’octobre sur la Place Rouge dans quelques jours n’aura jamais eu autant d’éclat. »

Que faire, Nicolas, pour s’extraire de ce royaume de ténèbres ?

Eh bien Guillaume, une solution, certes modeste, mais tout de même, serait de rire. C’est Robert MIGLIORINI qui le suggère dans sa chronique dans la Croix : le rire, c’est bon pour la santé, or nous rions beaucoup moins aujourd’hui qu’hier : 1 minute par jour, alors que nos aïeux riaient 20 minutes par jour il y a 70 ans.

Alors pour s’en payer une tranche, et dédramatiser la guerre, pourquoi ne pas faire une petite partie de RISK… avec Marine LE PEN ? Ce n’est pas moi qui le propose, c’est le Parisien… pour illustrer une double page sur « Les nouveaux territoires que vise le FN », le Parisien a concocté une petite infographie qui montre Marine LE PEN, concentrée, face à un plateau de RISK où les territoires sont respectivement les entreprises, les enseignants, les grandes écoles ou le gotha…

Bon, et si cette perspective ne vous amuse pas vraiment… permettez moi de glisser une petite recommandation pour nos auditeurs qui passeront par Paris ce week-end ou la semaine prochaine : précipitez vous à l’Opéra pour voir les toutes dernières représentations de PLATEE (de Rameau) avec Marc MINKOWSKI à la direction musicale, ça ne pourra vous faire que du bien.

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Nicolas Martin
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