France Culture
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Jour après jour se dresse, dans un climat de campagne politique permanente, un portrait catastrophiste du monde, et le besoin de "monter le volume" de discours alarmistes pour réussir à capter l'attention - et le vote - de citoyens mis dans un état d'anxiété permanente.
Le bruit de fond, la petite musique ambiante… le discours qui se diffuse dans les esprits… ce logos médiatique qui nous donne chaque jour, à tout instant, connectés que nous sommes à nos appareils mobiles, à nos téléphones, à nos ordinateurs… et heureusement, encore un peu, à nos radios… ce logos qui inscrit profondément en nous, dans notre inconscient, une conception du monde… ou plus qu’une conception, une impression du monde… c’est finalement le dessein de cette revue de presse, chaque matin… de résumer ce bruit de fond, cette superposition d’opinions diverses qui dessine un tableau impressionniste de la pulsation du monde…

Saisie de cocaïne par l'armée à Saint Domingue
Saisie de cocaïne par l'armée à Saint Domingue
© Reuters

Pourquoi alors « Le bruit et la fureur »… parce qu’outre le roman de FAULKNER… cette expression est en fait tirée de MacBeth de SHAKESPEARE… dans l’acte 5, scène 5… « La vie : une fable racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien »

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Bienvenue dans le monde d’aujourd’hui, de ce jour, de ce mercredi 3 novembre… dans cette fable racontée par un idiot qui ne signifie rien. « L’art de ne rien faire », c’est le titre de l’édito de Gaétan de CAPELE dans le Figaro… édito qui commence ainsi : « Dans une France malade de son immobilisme, il y a peut être plus grave que ne pas réformer… c’est faire semblant de réformer ». Gaétan de CAPELE dresse la liste des « occasions manquées du quinquennat, de la réforme des retraites avortée à la très timide loi de libéralisation de l’économie, pour finir par le projet de réforme du Code du Travail, « une promesse de big bang qui a d’ores et déjà été enterrée par le chef de l’Etat ».

Un bruit de fond médiatique que vous pourrez retrouver à peu près partout ce matin… « Quand ça veut pas, ça veut pas ! écrit Xavier BROUET dans le Républicain Lorrain. Lucette en dommage collatéral de la visite de HOLLANDE à Vandoeuvre. Un vilain bug fiscal venu anéantir l’effet psychologique escompté de la baisse d’impôts. Et puis hier l’annonce d’un report d’un an de la réforme du financement des collectivités. Entre vitesse et précipitation, l’exécutif écope et colmate les voies d’eau d’une embarcation percée comme une passoire ».

Et ne croyez pas qu’il y en a que pour la majorité au pouvoir… Concernant la fiscalité par exemple « il ne s’agit pas de démontrer que la gauche est nulle et que la droite serait géniale : l’une et l’autre rivalisent de trouvailles qui augmentent et obscurcissent une fiscalité à laquelle personne ne comprend plus rien », pour Michel URVOY de Ouest France. « A gauche et à droite, c’est un festival, renchérit Stéphane SIRET dans Paris Normandie. Hier, c’est Manuel VALLS qui annonce que la réforme des dotations aux communes attendra… A droite, Nicolas SARKOZY entonne de nouveau son credo sécuritaire. Lui qui avait supprimé tant de postes de policiers. »

« Le thème et les propositions ont un arrière goût de réchauffé, ajoute Mathieu VERRIER dans la Voix du Nord. Pas grave, la recette est bonne veut croire le chef du parti Les Républicains. » « L’important est moins de trouver un consensus que de se faire entendre, pour Cécile CORNUDET dans les Echos, de créér l’événement et le débat. Mais huit ans et un quinquennat plus tard, il faut monter le volume pour franchir le mur de la déception et rattraper par l’oreille des Français qui ne vous écoutent plus »

« Dans un pays que le quinquennat a plongé en état de campagne électorale quasi-permanente, la course à la présidentielle est lancée, conclut Philippe MARCACCI de l’Est Républicain »… Nous sommes pourtant à plus d’un an et demi de l’échéance… pas grave. Tout est prétexte à capter l’oreille du journaliste, avant celle de l’électeur. A surajouter à l’analyse apocalyptique des imprécations catastrophistes (j’écoutais François FILLON qui n’a pas démérité ce matin en nous parlant tour à tour de bombes à retardement, de situation catastrophique et de péril électoral à tout bout de champ). Tout discours public consiste donc à dire plus fort, amplifier le bruit et la fureur… à défaut de pouvoir… ou plutôt à défaut d’avoir le temps et surtout le désir de faire.

Quels autres échos de ce bruit et de cette fureur dans la presse ce matin

Eh bien dans notre époque d’inflation incontrôlable du présent, il est comme souvent intéressant de se tourner vers le passé… et c’est ce que nous propose ce matin Guillaume PERRAULT dans le Figaro, puisque figurez-vous qu’il y a 50 ans tout juste… les Français s’apprêtaient à voter pour la première fois pour leur futur président de la République au suffrage universel direct… et le 4 novembre 1965… à un mois du premier tour, le Général de Gaulle annonçait sa candidature… et vous allez voir que déjà, le bruit et la fureur prenaient toute leur ampleur dans le discours politique… « Dans son discours télévisé, raconte Guillaume PERRAULT, l’homme du 18 juin convoque la foudre et déclare que s’il n’est pas élu, la 5ème République « s’écroulera aussitôt et la France devra subir, mais cette fois sans recours possible, une confusion de l’Etat plus désastreuse encore que celle qu’elle connut autrefois ».

Outre le fait qu’à l’époque, les hommes politiques n’avaient pas peur d’utiliser le passé simple dans leur discours… le ton est assez similaire… On notera aussi qu’à l’époque, son principal opposant à gauche, un certain François MITTERRAND prône face à de GAULLE un mandat de cinq ans « pour ne pas céder à la tentation du pouvoir personnel »… au vu des appétits d’aujourd’hui, 50 ans plus tard, on mesure à quel point le passage au quinquennat n’a eu strictement aucun effet quant à la diminution des appétits de pouvoir personnel.

A l’aune de ces discours, à l’aune du bruit et de la fureur, à l’aune des échos de cet état du monde qui dysfonctionne tellement qu’on ne cesse d’en prophétiser, depuis 50 ans, l’effondrement imminent… faut-il alors se surprendre de cet article de la Croix qui nous explique « l’inquiétant développement de la consommation de drogue » en France.

En 2014, 4 millions et demi de personnes ont consommé du cannabis au moins une fois dans l’année… 1 million et demi sont des usagers réguliers, avec au moins 10 prises dans le mois… Idem pour la cocaïne dont l’usage est en augmentation croissante… le marché a doublé en cinq ans, de 500 millions d’euros il est passé à 900 millions en 2010…

Une tendance qui est évidemment préoccupante autant en termes sanitaires que pour les conséquences du développement de cette économie parallèle et de la criminalité qui en découle…

Je ne vous parlerai pas ici ce matin de la consommation d’anxiolytiques et d’antidépresseurs, pour ma part je vais retourner prendre mes cachets de codéine pour tenter d’apaiser, un peu, le bruit et la fureur… et surtout mon mal de dos.

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Nicolas Martin
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