Publicité
En savoir plus

Une semaine après, la marche du monde reprend peu à peu son cours. Après le temps de la stupeur et de la sidération, est venu le temps de la consolation.
Une semaine déjà…. Une semaine, comme un temps infini depuis ce vendredi 13 novembre… où je vous parlais, ici même, des injonctions contradictoires entre le vendredi 13, jour funeste… et funeste, il l’a été… et le 13 novembre, journée de la gentillesse… dont on mesure aujourd’hui la terrifiante ironie… Il y a une semaine, Manuel VALL préconisait la fusion des listes PS et LR pour contrer le Front National et faisait hurler dans les rangs de la droite comme de la gauche… c’était il y a une semaine, comme si c’était il y a un mois.

minute de silence au Trocadéro
minute de silence au Trocadéro
© Reuters

Une semaine après… la vie reprend peu à peu, douloureusement ses droits… les journaux commencent, peu à peu, à sortir de cet état d’édition spéciale permanente… la marche du monde reconquiert peu à peu sa place dans les pages de la presse… vous-même Guillaume, ce matin, avez recommencé à dire « bon réveil » ce que vous vous interdisiez de faire depuis lundi…

Publicité

Et c’est bien normal que la vie reprenne son cours… même s’il reste encore largement question ce matin de la suite des attentats et de l’assaut de mercredi à Saint Denis…

Avec deux grandes lignes qui se dessinent dans les éditos… je vous les résume rapidement… d’une part, des commentaires sur l’état d’urgence prolongé hier de trois mois par l’Assemblée Nationale… avec dans la presse comme dans les rangs des députés une quasi-unanimité pour dire qu’à situation exceptionnelle, mesures exceptionnelles… oui, mais attention tout de même à nos libertés individuelles… mais mezzo voce … pas de grands cris d’orfraie, l’union nationale, à défaut d’être respectée par la classe politique, l’est à peu près dans la presse de droite comme de gauche… « Certes, on ne suspecte guère François HOLLANDE d’envisager une carrière de dictateur, écrit Bernard MAILLARD dans le Républicain Lorrain. Mais il est désagréable de songer que de grosses arrière-pensées politiques puissent orienter le Président sur une voie plus sécuritaire que nécessaire. »

L’autre grand sujet de débat tourne autour d’Abdelhamid ABAAOUD, tué dans l’assaut de Saint-Denis… ABAAOUD, encore largement qualifié de « cerveau » des attentats de vendredi dernier… je ne vais pas en rajouter sur l’impropriété du terme… juste… allez… souligner cette formule, employée par plusieurs médias, et qui en dénote tout l’absurdité… j’ai ainsi pu lire depuis hier : « Le corps du cerveau présumé des attentats de Paris a été identifié grâce à ses empreintes digitales »… (je vous la refais) ce qui convoque des degrés de raffinement en termes de médecine légale et d’anatomie qui, personnellement, me dépassent très largement…

Ceci étant dit, on relèvera la lucidité de l’article de Willy LE DEVIN et Luc MATHIEU dans Libération, article intitulé « ABAAOUD, maître d’œuvre plus qu’architecte » qui explique que s’il a joué un rôle déterminant, il n’aurait été qu’un chef opérationnel… analyse partagée par Yves HARTE dans son édito dans Sud Ouest… « Qui pourra croire un instant que ce petit Belgo-Marocain a pu concevoir l’ensemble de l’opération, écrit Yves HARTE. Par quel miracle cet homme de main se serait-il changé en penseur de guerre ? La triste et cruelle vérité est que l’ancien caïd des cours d’école de MOLENBEEK a servi de chair à canon. Comme la plupart des djihadistes européens, il a été livré au feu des balles car sa mort était devenue plus utile que sa vie. La décision a été prise par des instances supérieures qui, depuis la Syrie, avaient voilà longtemps prévu et programmé ce coup de main. Ce sont eux qui tirent les ficelles dans l’ombre et nous montrent ensuite les marionnettes pour leur jeu macabre. »

Une semaine après les attentats… on entre dans une autre temporalité

Oui, après le temps de la stupeur et de la sidération est venu le temps de la consolation… « Aux morts », c’est le titre de l’édito de Guillaume GOUBERT dans La Croix… qui a choisi, comme Médiapart ce matin, de publier les noms des personnes tuées, dont l’identité est connue dans une double page en forme de commémoration silencieuse.

« Une semaine déjà s’est écoulée depuis cette soirée de sang et de cendre au cours de laquelle tant de vies ont été brisées, écrit Guillaume GOUBERT. Celles de familles, d’amis qui vont vivre pour le restant de leurs jours avec, au cœur, un vide impossible à combler. Evoquant la mort brutale de ses cousins Gauthier et Vincent qui étaient comme ses frères, Alain MALRAUX a écrit : « Il y avait : avant il n’y a plus eu que : depuis. »

Une semaine après les attentats, c’est le temps de nos coexistences qui reprend ses droits… Coexistences, c’est le titre du Bloc Note de Jean-Emmanuel DUCOIN dans l’Humanité… billet dans lequel il rapporte des paroles entendues tout au long de la semaine, à Paris ou à Saint-Denis… je vous en livre quelques unes…

« 24 heures après les attentats, entre République et le boulevard Voltaire, les allusions de grandes durées remontent rarement au-delà de quelques heures, toutes atrophiées à la mémoire morte. Sur le trottoir, deux passants se hâtent. L’un dit : « Ils ont aussi voulu tuer la ville ». L’autre ajoute : « Dans ce monde-ci, perdre son innocence n’est plus un choix mais une quête imposée, une obligation d’avant-garde ».

A Saint-Denis, « Mohamed, la trentaine, éprouve le besoin des mots : « On ne sait jamais d’où proviennent les plaies, leur naissance, leur profusion, puis comment elles se nichent dans les cerveaux, dans les interstices de l’âme… » Dans l’air, rapporte encore Jean-Emmanuel DUCOIN, la transparence des jours bizarres. Les gens se croisent, s’adressent des saluts amicaux comme des promeneurs en pleine forêt. Les habitudes de citoyenneté et de solidarité reviennent vite. »

Pour conclure… je terminerai par ce petit article du Parisien titré « C’est le livre du 13 novembre »… Ce livre, c’est le « Paris est une fête » d’Hemingway, recueil de chroniques publié en 1964. « On reçoit 500 commandes par jour de la part des libraires, contre une dizaine habituellement » témoigne l’éditeur, Folio/Gallimard, qui a lancé une réimpression de 20 000 exemplaires. « De façon plus générale, les lecteurs semblent chercher refuge dans les livres, explique l’article. « On a beaucoup de monde ces derniers jours, témoigne la librairie la Friche, proche du café La Belle Equipe endeuillé. »

La lecture, et la musique aussi… David BOWIE vient de sortir, aujourd’hui, une semaine après, son nouveau single après près de 3 ans de silence. « Blackstar », l’étoile noire. L’étoile noire de ce vendredi 13 novembre qui continuera à rayonner de son éclat sombre à l’intérieur de nous, pendant encore très longtemps.

Références

L'équipe

Nicolas Martin
Nicolas Martin
Nicolas Martin
Production