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Marine LE PEN éclipse les enjeux de la séance solenelle du Parlement Européen, Nadine MORANO polarise la droite sur les thèmes de l'extrême droite, et le débat intellectuel s'enferme dans la déploration.
Oh, l’opération rondement menée que voilà…

Prenez deux chefs d’Etat… mettons une allemande et un français. Placez-les dans une situation dite « historique » : l’un et l’autre, côte à côte devant le Parlement Européen. Une situation qui ne s’était pas produite depuis 26 ans, et qui convoque donc l’histoire - la dernière fois, c’était en 1989 après la chute du mur de Berlin, et les dirigeants de l’époque s’appelaient Helmut KHOL et François MITTERAND.

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A cette situation dite « historique », ajoutez quelques thèmes d’actualité qui engagent l’avenir de l’Union Européenne et qui devraient, a priori , en dessiner les futures lignes politiques : crise grecque, crise économique, crise des réfugiés. Voilà, tous les éléments sont en place… qu’en reste-t-il ?

Marine Le Pen au Parlement européen en octobre 2015
Marine Le Pen au Parlement européen en octobre 2015
© Reuters - Vincent Kessler

« LE PEN, HOLLANDE, le clash face à MERKEL » dans Libération. Ou encore « LE PEN s’en prend à HOLLANDE » dans le Parisien.

C’est ça, le tour du « vice ». Le tour de passe-passe médiatico-politique de Marine LE PEN, qui profitant de sa tribune en tant que chef du groupe « Europe des nations et des libertés », a invectivé le chef de l’Etat français, en le qualifiant de « vice-chancelier » allemand.

« A Strasbourg, une France affaiblie se donne en spectacle », résume Lénaïg BREDOUX dans Médiapart. « C’est comme un piège qui se referme. Devant les élus des 28 pays de l'Union, la présidente française du Front national s’est présentée comme « l’anti-Merkel », « la voix des Européens libres » et « la représentante du peuple français ».

« Le chef de l’Etat a évidemment vu rouge, raconte Eric HAQUEMAND dans le Parisien, même s’il a évité, fonction oblige, de se livrer à une attaque frontale, préférant s’en prendre aux souverainistes de tous poils ». Citons donc ici la réponse du chef de l’Etat, pour ne pas laisser le privilège de la formule à la représentante de l’extrême droite. « La seule voie possible pour celles et ceux qui ne sont pas convaincus de l’Europe, c’est de sortir de l’Europe, de l’euro, de Schengen et même si vous pouvez, de sortir de la démocratie. »

Le piège de l’extrême droite se referme également sur l’ensemble de la droite française

Oui, le vice a mille visages… et la droite républicaine est tombée les deux pieds et les deux mains dedans ; c’est évidemment de l’affaire Nadine MORANO dont il est question, affaire qui préoccupe bon nombre d’éditorialistes ce matin encore… « Ce n’est pas que « l’affaire MORANO » soit digne d’intérêt analyse Jean-Claude SOULERY dans la Dépêche du Midi, et pourtant elle révèle le vide désespérant de la pensée politique, et par les réactions qu’elle suscite, un réel désarroi parmi les citoyens. »

« Un épisode ravageur pour Philippe MARCACCI de l’Est Républicain. Parce qu’une frange des militants, chez qui cette « Arlette LAGUILLER de droite » est très populaire, ne comprend pas. Parce que, aux yeux des alliés centristes, il souligne un peu plus l’évidence de la dérive vers les thèses frontistes. » Analyse partagée par le Figaro qui explique comment « la sanction contre MORANO exaspère la base ». L’intéressée ne s’y trompe pas et se sent pousser des ailes… « Son nouveau modèle, c’est Jeanne d’Arc, raconte Nathalie SCHUCK dans le Parisien. Les élus qui l’ont croisée ces jours-ci décrivent une MORANO exaltée, grisée et citant la pucelle d’Orléans, les yeux rivés sur les primaires. « J’ai toute les radios, toutes les télés veulent m’avoir » aurait-elle lancé. »

« Dans notre société où on s’excite de tout et de rien, où les esprits se lepénisent à tort et à travers, la droite de gouvernement nous semble aujourd’hui terriblement écartelée entre le sens de la nuance et le langage cru, un reste de gaullisme et la tentation populiste, écartelée entre Monsieur JUPPE et Miss MORANO, le bordeaux et le rouge qui tâche », résume Jean-Claude SOULERY.

Que faire alors face à la grande lepénisation collective ?

Vaste question, que pose encore Laurent JOFFRIN dans sa chronique littéraire ce matin… sur « La seule exactitude » d’Alain FINKIELKRAUT, cet étrange républicain qui voit l’actualité mondiale dans un prisme religieux, ethnique, antimoderne et la France à travers la lunette déformante d’un pessimisme sans rémission.

Que faire donc, pour lutter contre ce pessimisme, ce cynisme et cette résignation, ce « Deploro ergo sum » de Luc FERRY dans Le FIGARO : « à l’encontre de ce qu’on pourrait croire en lisant la presse française depuis plusieurs mois, écrit l’ancien ministre, la première tâche des intellectuels n’est ni de pleurnicher, ni de lancer contre l’époque des anathèmes apocalyptiques annonçant la déréliction des temps modernes, l’effondrement de l’humanité dans l’affairisme américanisé, l’horreur libérale ou la victoire de l’Homo festivus sur « la vie avec la pensée ». « Il est temps de comprendre écrit-il encore, que le travail intellectuel et l’action politique doivent prendre pour boussole l’éthique de la responsabilité et abandonner celle de la conviction à ceux qui, n’ayant jamais à rendre compte de rien, pourront toujours s’en servir comme de charentaise intellectuelle. »

Et si, le cas échéant, vous avez eu un instant d’hésitation lorsque vous m’avez entendu prononcer « deploro ergo sum » ou « homo festivus », sachez pour vous consoler que le supplément livre du Figaro nous annonce le succès de la méthode ASSIMIL en latin, vendue à 5 500 exemplaires, et dont une nouvelle mouture doit sortir dans les prochains jours, méthode dite « intuitive » basée notamment sur des dialogues amusants.

Dont acte : A bove ante, ab asino retro, a stulto undique caveto

« Prends garde au bœuf par devant, à l'âne par derrière, à l'imbécile par tous les côtés. »

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Nicolas Martin
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