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Rage et désespoir, et surtout colère dans les éditoriaux ce matin après l'agression de deux dirigeants du groupe Air France venus annoncer aux syndicats la suppression de 2900 postes. Colère également, sous la plume et dans les engagements d'Henning MANKEL, l'auteur de polar suédois disparu hier.
La presse est en colère ce matin : elle fulmine, elle gronde, elle tonne. « Inqualifiable ! » pour Le Figaro, « Injustifiable » pour le Parisien, « Air France, la honte » titre l’édito de la Croix, « Air France, le choc » en rajoute une louche le Figaro économie… « Le dérapage » titre, un peu plus modéré les Echos.

Mais les éditorialistes sont à peu près unanimes ce matin pour condamner fermement et vertement l’agression de deux dirigeants des ressources humaines d’Air France par des manifestants, hier suite à l’annonce d’un plan de licenciement de 2900 salariés.

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Evacuation de Xavier BROSETA, directeur adjoint des RH d'Air France
Evacuation de Xavier BROSETA, directeur adjoint des RH d'Air France
© Reuters

« Trop, c’est trop écrit François VIDAL dans les Echos. Après les occupations d’usine, les dégradations d’outil de travail et les patrons séquestrés, voilà donc venu le temps de l’agression physique des dirigeants. Un pas de plus dans la litanie des dérapages qui ponctuent trop souvent les conflits sociaux dans notre pays. »

« Il ne faut jamais sous-estimer les enragés, pour Jean-Marc MONTALI du Parisien. Quand tout va mal, ils sont encore capables du pire… » on grimpe encore d’un cran sous la plume de Nicolas BEYTOUT dans l’Opinion : « Ce serait probablement beaucoup demander à ces quelques abrutis qui ont molestés les dirigeants d’Air France que de réfléchir aux conséquences de leurs actes »

Difficile ce matin de surmonter l’invective, et la surenchère dans l’agression verbale pour commenter la surenchère des agressions physique d’hier. « Le cas Air France symbolise toutes les tares et impasses du dialogue social à la française, résume assez bien Christophe ALIX dans Libération. Incapable de se réformer autrement que dans le conflit et la douleur. » « On voit bien qu’Air France témoigne, de manière exacerbée, de difficultés plus généralement françaises. Par exemple, une crispation face à la mondialisation qui conduit à demander la protection de l’Etat », analyse Guillaume GOUBERT dans la Croix, qui rappelle que ce n’est pas la première fois que la compagnie aérienne connaît un violent affrontement social. « En 1993, on avait assisté à de graves incidents sur les pistes d’Orly et Roissy entre grévistes et forces de l’ordre. Il y a dans cette entreprise un cocktail détonnant entre des attitudes très corporatistes et l’héritage d’une époque où Air France était une des gloires de l’Etat, une sorte de deuxième armée de l’air. »

A la violence physique, Philippe MARCACCI de l’Est Républicain rappelle la violence sociale qui préside aux choix de l’entreprise depuis plusieurs années. « Face à l’échec des négociations, la direction, qui a déjà tranché dans le vif avec 9000 suppressions d’emploi depuis 2012, a brandi pour la première fois la menace de licenciements secs. »

« Désigner les pilotes du Syndicat National des Pilotes de Ligne, le SNPL, comme responsables du blocage paraît aussi stérile que s’en prendre au dirigeants, tempère Bertrand MEINNEL dans Le Courrier Picard. Après des années fastes et l’acquisition de KLM, Air France s’est contenté de rester en vitesse de croisière », d’autant qu’Air France s’apprête à renouer en 2015 avec un exercice positif pour la première fois depuis 7 ans, rappelle encore Philippe MARCACCI.

Quel que soit le ton général de la presse ce matin et la théâtralité des cris d’orfraie et des postures outrées, « Ne désespérons pas, espère Guillaume GOUBERT dans La Croix. En 1993, Air France avait connu une sortie de crise par le haut avant de vivre deux décennies de succès. »

La chemise, arrachée aux dirigeants, vient du latin camisia , rappelle Etienne de MONTETY dans le Figaro… camisia qui a donné camisole, qui appelle aussitôt le mot de force. « Dans une négociation, la chemise désigne d’abord le dossier contenant les éléments en discussion. Déchirer une chemise signifie donc symboliquement qu’on foule aux pieds les négociations en cours. » Mais, « si la première manche est en tout point navrante, conclut-il, toute chemise en a une deuxième. On attend donc celle-ci avec curiosité. »

D’une colère qui gronde à une colère qui s’éteint…

C’est Henning MANKEL, mort d’un homme en colère, c’est le titre de l’hommage que lui consacre ce matin l’Humanité.

C’est lui-même qui se définissait comme « un homme en colère ». Il crée son alter-ego, le personnage du commissaire Kurt WALLANDER après un séjour en Afrique… conscient de la montée du racisme et de l’extrémisme en Suède. « Taciturne, déprimé, observateur inquiet, il explore dans ses enquêtes la face cachée du mythique modèle social suédois », écrit Sophie JOUBERT.

LIBERATION lui consacre sa Une, et l’édito de Philippe LANCON ne s’y trompe pas non plus, avec son titre : « Révolté ». « Henning MANKEL n’était pas qu’un grand auteur de polar, c’était un homme engagé. Son œuvre est celle d’un révolté pascalien » écrit-il. Le commissaire WALLANDER « souffre corps et âme de l’état du monde où il a grandi, de ce que les hommes s’y infligent à force de solitude, de consumérisme, d’indifférence, de misère sociale et mentale. »

Henning MANKEL dirigeait au Mozambique, à Maputo la capitale, le Teatro Avenida pour, « observer le monde depuis un autre endroit que notre Europe ethnocentrique. » Il était également connu pour son engagement auprès des Palestiniens rappelle Sophie JOUBERT. « L’action confirme la parole » disait-il… je vous laisse méditer cette phrase à l’aune de l’actualité du jour.

Ce qui fait écrire à Philippe LANCON ces derniers mots : « Henning MANKEL aimait Albert CAMUS et le Sancerre rouge. On peut être un excellent conteur, un bon vivant, un homme inquiet et un juste. »

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Nicolas Martin
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