La banlieue vue par Maurice Pialat, un poème mélancolique et puissant

France Culture
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L’amour existe ** (1960), l’un des premiers courts métrages de Maurice Pialat ressort en DVD grâce à Laurence Braunberger, à Doriane Films et aux Films du Jeudi. Plus qu’un documentaire, plus qu’un essai, ce film de 19 minutes porté par la musique de Georges Delerue, est un poème mélancolique et puissant sur la banlieue, la vie des habitants de la périphérie.**

Photo tirée du film "L'Amour existe"
Photo tirée du film "L'Amour existe"
- Maurice Pialat

Ce sont les mots de Maurice Pialat (1925-2003), à travers la voix du comédien Jean-Loup Reynold que l’on entend dans *L’Amour existe, * court-métrage de 19 minutes en noir et blanc, l’un des premiers du réalisateur de *L’enfance nue * (1968), *Loulou * (1980) ou encore *Le Garçu * (1995).Maurice Pialat était né dans le Puy-de-Dôme mais avait grandi à Courbevoie et à Villeneuve-Saint-Georges.

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Réalisé en 1960, *L’Amour existe * a d’abord reçu le Prix Louis-Delluc avant d’être récompensé à la Mostra de Venise et de sortir en salles avec le film de Jean-Luc Godard *Vivre sa vie * en 1962. C’est grâce à Laurence Braunberger, fille de Pierre Braunberger qui avait produit le film, qu’il ressort aujourd’hui en DVD, judicieusement couplé avec le beau documentaire de Stéphane Ragot Patria Obscura.

Poème cinématographique, mélancolique et puissant

Parce que c’est un chef d’œuvre. Parce que ce n’est ni tout à fait un documentaire, ni un essai, c’est un poème cinématographique, mélancolique et puissant, qui s’articule autour des mots Maurice Pialat, des longs plans panoramiques dessinés par Gilbert Sarthre, et de la musique de Georges Delerue. C’est un film de 55 ans, dont le propos, politique, sur la banlieue, sur le quotidien des habitants de la périphérie reste vrai.

A l’écran, défilent doucement les images grises des heures de pointe dans les transports en commun, des embouteillages des vies pavillonnaires prêtes à tous les sacrifices pour échapper aux barres d’immeubles, quitte à se planter au bout d’une piste d’atterrissage d’Orly ou de Roissy. On voit des images des bidonvilles de Massy à la fin des années 1950 celles des barres HLM parfois quasiment aveugles. A ce moment du film, le commentaire de Maurice Pialat dit : *« Le paysage étant généralement ingrat. On va jusqu’à supprimer les fenêtres puisqu’il n’y a rien à voir ». *

**La banlieue comme « parachèvement de la ségrégation de classes » **

Entre Pantin, Courbevoie, et la périphérie Est de Paris, ce que propose Maurice Pialat dans ce film magnifique, ce n’est pas une étude de la banlieue mais une évocation, pour dire *« le parachèvement de la ségrégation de classes » * ; la promiscuité des appartements HLM *« qu’on ne choisit pas » * ; pour dire la vie de travailleurs qui n’ont que la « vieillesse comme récompense », et la mise à l’écart des centre-ville, là où les rares horizons sont ceux des zones industrielles et commerciales. *L’Amour existe * est un film d’amour triste, rageur, sévère parfois, et lucide, comme Maurice Pialat.

**Patria Obscura ** *de Stéphane Ragot et L’Amour existe * de Maurice Pialat en DVD (Doriane Films).

**Merci à Laurence Braunberger, productrice et distributrice aux Films du Jeudi d’avoir accepté de remettre ** L’Amour existe pour quelques temps sur Dailymotion, afin de le rendre accessible à tous. * **

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