France Culture
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L’exposition « Le Havre en noir et blanc » de Bernard Plossu au Musée d’Art Moderne André Malraux du Havre à débuté samedi. Elle rassemble une centaine de photographies en petits et moyens formats. Une vision personnelle de la ville et de l’architecture de Perret. Le regard clair, et sans artifice d’un grand photographe.

Sans titre, octobre 2013, photographie argentique. Le Havre.
Sans titre, octobre 2013, photographie argentique. Le Havre.
- Bernard PLOSSU (1945)

Avec Bernard Plossu (photographe voyageur grenoblois né en 1945 au Vietnam), Le Havre, parfois c’est l’Amérique. En noir et blanc, il saisit une colline qui surplombe la mer sur laquelle est posée une large route dont les voies ascendantes et descendantes sont séparées par un terre-plein central planté d’une végétation dont le feuillage pointu fait croire à la chaleur. Au bord de la route, du côté amont, des villas et des réverbères. Sur la photo le ciel est gris très clair, on l’imagine dégagé. Au centre d’une ligne horizontale traversant l’image, au centre de la route qui descend vers la mer, on voit un skate-border. En contre-bas, plus petit sur la droite, on aperçoit un joggeur.

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Cette image, ce pourrait être une vision de Los Angeles ou San Francisco. C’est Le Havre.

L’architecture du centre-ville reconstruit par Auguste Perret soumise au droit à l’image

Seule une vingtaine de clichés représentant l’architecture d’Auguste Perret (1874-1954) sont rassemblés dans cette exposition intitulée « Bernard Plossu, Le Havre en noir et blanc » et présentée au, très beau, musée d’art moderne André Malraux. D’abord parce l’architecture de Perret est soumise à un droit à l’image. C’est pour la même raison que l’on va voit finalement peu, notamment dans le film d’Aki Kaurismaki *Le Havre * (2011), mais aussi dans le beau film de Valérie Mréjen et Bertrand Schefer *En ville * (2011).

sans titre, octobre 2013, photographie argentique. Le Havre.
sans titre, octobre 2013, photographie argentique. Le Havre.
- bernard PLOSSU (1945)

En ce qui concerne Bernard Plossu et la relative sous-représentation de l’architecture de Perret dans la centaine de photographies que rassemble cette exposition, l’explication est aussi ailleurs.

Ce n’est pas que Perret n’intéresse pas le photographe. Au contraire, il aime son humanisme, l’aspect banal (au sens d’anti-spectaculaire, de simple) de son architecture, lisible, échappant aux pièges esthétiques. Mais le regard de Bernard Plossu n’est pas fasciné. En témoigne cette photo où il tronque la tour del’Hôtel de Ville. Plossu désacralise, sans désinvolture mais avecune sorte « d’honnêteté revendiquée » , comme il dit.

**Une « honnêteté revendiquée » **

Partout dans Le Havre, Bernard Plossu photographie ce qu’il voit, sans effet, sans artifice, sans raconter autre chose que ce que la ville dit. Et ce qu’il aime par dessus tout, cela reste les « paysages intermédiaires » comme le dit avec finesse Aude Mathé,qui signe avec Annette Haudiquet, directrice du MuMa (musée d’art moderne André Malraux) les textes du catalogue de l’exposition. Le terme *« paysages intermédiaires » * fait écho à *La Modification * (1957)de Michel Butor, écrivain et ami cher de Plossu. On peut aussi le rattacher au livre de Georges Perec *Espèces d’espaces * (1974).

Comme ces auteurs, Bernard Plossu compose une œuvre à partir de fragments, ici de la ville du Havre, qu’il a saisis avec son Nikon argentique muni (comme c’est le cas depuis 35 ans) d’un objectif 50 mm, *« parce que c’est un objectif qui montre les choses comme elles sont, il n’y a aucune déformation », * dit-il.

Sans titre, mars 2014, photographie argentique. Le Havre.
Sans titre, mars 2014, photographie argentique. Le Havre.
- Bernard PLOSSU (1945)

Toujours dans cette optique, avec Annette Haudiquet, il a choisi pour cette exposition de procéder à un accrochage qui fonctionne par associations libres, sans organisation chronologique ou géographique. C’est au visiteur d’associer, de rapprocher les photos, et aussi de s’en approcher, d’ailleurs. Car si Bernard Plossu aime les grands espaces, il aime aussi les tout petits formats. Il dit que *« lorsqu’on rentre vraiment dans les photos miniatures, on les grave dans la mémoire et elles restent. Alors que les grands formats vous giflent et s’oublient ». * Et son exposition au Havre lui donne raison.

[Exposition "Bernard Plossu, Le Havre en noir et blanc",](http://www.muma-lehavre.fr/fr/expositions/bernard-plossu-le-havre-en-noir-et-blanc "Exposition "Bernard Plossu, Le Havre en noir et blanc"") jusqu’au 28 février 2016 au MuMa (Musée d’Art Moderne André Malraux), Le Havre.

Sans titre, octobre 2013, photographie argentique. Le Havre.
Sans titre, octobre 2013, photographie argentique. Le Havre.
- Bernard PLOSSU (1945)