France Culture
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*Dans son livre Photos-Souvenirs, * Benoît Grimalt se livre à un exercice qui consiste à dessiner de mémoire la dernière photo de sa pellicule avant développement. Drôle et très simple, le projet du photographe-dessinateur donne aussi matière à réfléchir sur la perception des images, la mémoire, et plus largement sur l’acte photographique.

Photo issue du live "Photos-Souvenirs"
Photo issue du live "Photos-Souvenirs"
- Benoît Grimalt

*Photos-Souvenirs. * C’est le titre du livre du photographe Benoît Grimalt. Ce livre qui ressemble presque à un livre pour enfant, on peut le découvrir au Salon Polycopies qui, en marge de Paris Photo et de ses mastodontes, rassemble 38 éditeurs indépendants de livres photos venus du monde entier.

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Photos-Souvenirs alterne le dessin et la photographie, et se présente comme le compte-rendu d’un exercice qu’il s’est imposé à lui-même, comme une contrainte artistique. Cet exercice consistait à dessiner de mémoire la dernière photo de sa pellicule, avant développement. Sur une première page on voit apparaître le dessin, légendé et daté, on tourne la page, et on découvre la photo correspondant au dessin réalisé de mémoire.

Dessin issu du live "Photos-Souvenirs"
Dessin issu du live "Photos-Souvenirs"
- Benoît Grimalt

Mémoire défaillante, ou sélective

Cela donne des images qui ne se recoupent pas tout à fait, dont la composition varie. En novembre 2010 à Blankenberge (en Belgique), Benoît Grimalt se souvenait avoir photographié sur la plage deux personnes promenant un chien. Lorsqu’on tourne la page pour voir la photo effectivement prise ce jour-là, on s’aperçoit qu’il y a en réalité trois personnes dans le cadre. L’une promène le chien près du bord de la mer, les deux autres regardent en retrait. Par contre, l’emplacement de la ligne d’horizon dans le cadre, l’inclinaison de celle du rivage, les proportions entre les aplats que forment le ciel, la mer et le sable se recoupent parfaitement entre le dessin et la photo. Comme si, ce qui avait occupé l’attention du photographe et marqué sa mémoire, c’était le décor, plus que ceux le traversaient.

A Bruxelles, en mai 2012, sa mémoire lui joue encore des tours. Benoît Grimalt s’y reprend à deux fois pour le dessin. Vraisemblablement, ce qui le tracasse, c’est l’homme en bleu qui montait sur le trottoir au moment où il a déclenché la photo. Premier dessin : l’homme projette la jambe gauche pour monter sur le trottoir. Second dessin : il lance la jambe droite. Le verdict tombe avec la photo : l’homme est déjà sur le trottoir. Le photographe a appuyé sur le déclencheur plus tard qu’il se souvenait l’avoir fait.

Dessin issu du live "Photos-Souvenirs"
Dessin issu du live "Photos-Souvenirs"
- Benoît Grimalt

**L’image que l’on avait en tête **

Cette question de l’image d’avant et de l’image d’après était au centre d’une nouvelle de l’écrivain argentin Julio Cortazar intitulée Les Fils de la Vierge (1959), qui a plus tard inspiré Michelangelo Antonioni pour son film *Blow-Up * (1967). Et c’est pour ces questions qu’il soulève que ce petit livre, *Photos-souvenirs, * se révèle passionnant. Il met en question le moment décisif, fatal parfois où le photographe appuie sur le déclencheur. Il montre comment une photographie ne correspond pas toujours à l’image que l’on avait en tête. Et surtout, il dit à quel point nous n’avions pas toujours conscience de ce que nous avons vu et photographié.

Benoît Grimalt dit que « souvent, on pense que les photographes voient tout dans leurs photos. Mais en réalité, c’est faux. Ils voient une ou deux choses dans le cadre que l’ils composent, le reste leur échappe ».

Photo issue du live "Photos-Souvenirs"
Photo issue du live "Photos-Souvenirs"
- Benoît Grimalt

A travers ces dessins enfantins et ces photos argentiques, à la fois banales, non–spectaculaires, et belles, le photographe repose les grandes questions auxquelles se confrontent tous ceux qui tentent de capter une image. Et ce faisant, il construit aussi une série de micro récits poétiques et drôles sur la mémoire, sur le temps d’avant et le temps d’après.

Benoît Grimalt, Photos-Souvenirs (2015 Editions Poursuite). 71 pages.

Salon « Polycopies » des éditeurs de livres-photos, jusqu’au samedi 14 novembre, péniche Concorde Atlantique, Port Solferino, Paris.

Dessin issu du live "Photos-Souvenirs"
Dessin issu du live "Photos-Souvenirs"
- Benoît Grimalt
Photo issue du live "Photos-Souvenirs"
Photo issue du live "Photos-Souvenirs"
- Benoît Grimalt