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Résumé

Une salle des machines consacrée aux traces laissées par le passé, de Moscou à Reims en passant par Buenos Aires, à la mémoire des filles et petites-filles, aux formes grâce auxquelles la littérature s’empare du souvenir, et où l'on croise André Gide, Pierre Herbart et un Poilu de la Grande Guerre.

avec :

Cécile Vargaftig (scénariste et écrivaine), Johanna Krawczyk (scénariste et romancière), Anne Maurel (écrivaine et spécialiste de la littérature du XIXe siècle).

En savoir plus

Première partie. Entretien avec Cécile Vargaftig

Traversée des mémoires, visite aux fantômes, chevauchée dans la bibliothèque de son autrice, En URSS avec Gide est le journal d’un voyage politique, intime et littéraire à la fois au cœur d'un XXe siècle brûlant. Petite-fille d’émigrés russes, fille d'un poète communiste, Cécile Vargaftig refait le voyage d'André Gide en URSS en 1936, comparant les souvenirs des écrivains qui l'accompagnaient, et les siens dans la Hongrie des années 1980, pour essayer de comprendre une époque, et ce pan de l'histoire qu'a représenté le stalinisme.

Ce livre est un livre de deuil, j’avais besoin pour faire le deuil de mon père d'accomplir ce voyage. C’était très fort de traverser ces années 30, l’année 1936 en particulier, avec des événements comme le Front populaire, la guerre d’Espagne, etc. d'explorer les trajectoires d’écrivains méconnus comme Eugène Dabit ou Pierre Herbart, ou celles de Gide ou d'Aragon. Chemin faisant, j’ai eu l’impression d’être, peut-être pas leur contemporaine, mais de partager leurs doutes, leurs espoirs, leurs désillusions. Mais le passé n’est intéressant que s’il transforme le présent. Si on se retourne vers le passé, si on regarde les autres, ce n’est pas pour les juger mais plutôt pour essayer de les comprendre, et de partager quelque chose avec eux.

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  • Cécile Vargaftig, En URSS avec Gide, Arthaud

À réécouter : André Gide

Seconde partie. Entretien avec Anne Maurel

Si, de son grand-père, Anne Maurel a hérité le goût des livres et celui de la marche, il ne demeurait cependant dans sa mémoire qu'au travers de quelques menues images. Blessé en 1918, cette gueule cassée a, par la suite, exercé l’emploi de cantonnier et mené une vie sans histoires jusqu’à sa mort en 1973. La fille du bois raconte ce qui, un demi-siècle après la disparition de celui dont toutes les traces matérielles de l'existence se sont effacées, a rendu ce récit nécessaire. Des coïncidences troublantes ; des échos unissant, à travers le temps et l’espace, sa voix à d’autres ; des survivances déposées sur les paysages. Une enquête sur non pas l'un de "Ceux de 14" mais sur l’énigme d'une présence toujours vive.

Ce livre n'est ni un récit de la mort de mon grand-père en 1973 ni celui de mon voyage en Argentine en 2006 où je le "retrouve" d'une certaine façon, mais une façon de raconter des traces de sa vie, imperceptibles, arrivées jusqu’à moi par le flux du temps. Mon grand-père était un homme silencieux. Comme beaucoup de soldats, il avait vécu quelque chose de si violent qu’il ne mettait pas de mots dessu. Et puis il avait entendu la langue de la propagande, il se méfiait des mots. On a assez peu parlé de la découverte de la lecture dans les salles d’hôpitaux pour les mutilés de la face et pour les gazés de la Première Guerre mondiale. Empêchés de parler, le visage tenu bandé pendant une très longue convalescence, la plupart d’entre eux ont constitué une sorte de monde par la lecture. Je pense que mon grand-père, que ses blessures avaient rendu sourd d’une oreille, avait trouvé dans les livres un monde bruissant de voix, une compagnie… Ce paysan breton, qui avait été très peu à l’école, avait ainsi acquis un goût des textes dont je n’ai compris la profondeur que plus de trente ans après sa mort. 

  • Anne Maurel, La fille du bois, Verdier

À lire aussi : La véritable histoire de "Nadja" de Breton

Le message de Johanna Krawczyk

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Papa, c'est moi. Je t’attends, comme d’habitude, enfant docile. Seule sur le ponton, j’imagine des passants festifs : des grands, des petits, des rabougris. Ils dansent, exultent, et la nuit tombe. Tu me fais une farce, papa ? Je m’assois en tailleur, sur cette passerelle gelée, je compte mes doigts dans un sens, dans l’autre, je respire et étouffe tout à la fois. Je t'attends, mais cela fait plus de trente ans que je suis seule sur cette passerelle, avec tes silences pour partenaires. Ils construisent des petits murs ici et là, un peu partout autour de moi. Des murs en feu devenus des barrages infranchissables. Je faiblis et… sept carnets apparaissent. Sept journaux intimes. Vais-je enfin accéder à ta vie en Argentine papa, avant elle, la dictature, celle que tu n’as plus jamais osé nommer tant elle t’a transformé en un jardin ravagé ? Savoir va-t-il me délivrer?

Johanna Krawczyk, "Papa, c'est moi..."

1 min

  • Johanna Krawczyk Avant elle, Héloïse d’Ormesson

À réécouter : Eduardo Halfon, Juan Sasturain, Shane Haddad. Filiations

Le caillou dans les poches

Dans Retour à Reims, le sociologue Didier Eribon revient sur le territoire de son enfance et s’interroge sur ses origines sociales. En partant de son histoire familiale, Didier Eribon interroge les transformations de la société française. Comment d'anciens militants de gauche de la classe ouvrière en sont-ils venus à voter pour le Front National ? Comment se sont opérés ces déplacements ? Ce texte important, entre enquête sociologique et récit personnel, reparaît en livre audio, lu par Irène Jacob.

  • Retour à Reims, de Didier Eribon, lu par Irène Jacob (Audiolib)

À réécouter : Didier Eribon, écrire les vies déviantes

Références

L'équipe

Mathias Énard
Production
Céline Leclère
Collaboration
Charlotte Roux
Réalisation
Agnès Cathou
Réalisation