Juan Gabriel Vásquez, Karim Kattan. Flammes

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La littérature peut-elle être une "chanson contre l’incendie" ? En compagnie de l'écrivain colombien Juan Gabriel Vasquez, une salle des machines placée sous le signe de l'art de la nouvelle, des voix multiples des victimes d'une guerre civile et de l'écriture envisagée comme une quête de vérité.

Qu’est-ce qu’un territoire pour un romancier ? Comment l’écriture de fiction peut-elle devenir le lieu d’une recherche de sens ? Pour répondre à ces questions, et à bien d'autres encore, Mathias Enard s'entretient avec Juan Gabriel Vásquez, auteur notamment de Les dénonciateurs (2008), L’Histoire secrète du Costaguana (2010), Le bruit des choses qui tombent (2012) ou encore Le corps des ruines (Prix Roger Caillois, 2015). L'écrivain colombien ouvre son écritoire dans cette Salle des machines, pour évoquer notamment son travail de novelliste et la façon dont la littérature peut rendre compte des traces laissées dans la mémoire par les 50 ans de guerre civile qui a déchiré son pays.

Quand j'avais une vingtaine d'années, je voyais la Colombie comme un endroit mystérieux, plein d'ombres. Je pensais alors que le fait de ne pas comprendre mon pays était un obstacle pour écrire. Puis j'ai mûri et j'ai découvert au contraire que cette incompréhension était la meilleure raison pour le faire. A partir de là, j'ai écrit 3000 pages sur la Colombie et je continuerai, j'imagine, jusqu'à ma mort. Je suis d’accord avec Kundera quand il dit que la seule raison d'être du roman, c'est de dire ce que lui seul peut dire. Et ces choses sont indispensables pour la compréhension de notre monde. En Colombie en particulier, après un demi siècle d’un conflit destructeur, on essaie de regarder en arrière pour comprendre ce qui s'est passé. C’est là que le rôle d'un écrivain de fiction, mais aussi d’un journaliste, d’un historien, devient plus essentiel que jamais. Il y a des mémoires et des récits contradictoires dans un pays comme comme la Colombie. Comment peut-on ouvrir un espace où toutes les histoires auraient le droit d'exister? C'est je crois un des rôles possibles de la littérature. 

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Les neuf nouvelles de Chansons pour l’incendie irradient cette lumière étrange des choses qui brûlent ou qui blessent. En Colombie, en Espagne ou à Paris, chacune d'elles révèle le jeu du destin, mais aussi une sorte de biographie intime de leur auteur. Juan Gabriel Vásquez revient au cours de cet entretien sur la façon dont il les a conçues :

J'aime la capacité de la nouvelle à nous faire réfléchir sur le hasard. Il est une circonstance si fragile, si éphémère que la nouvelle est plus douée que le roman pour capturer son irruption dans nos vies. Je crois aussi qu'elle est un genre particulièrement doué pour capturer une forme de vérité. Je vois la fiction comme une forme de d'éclairer le mystère de la vie. Mes personnages, souvent, rencontrent des gens mystérieux, des gens qui ont un secret, et ils sont obsédés par ces secrets. Chaque nouvelle est une sorte d'enquête. Envisager les autres comme un mystère, ça fait partie pour moi de la raison pour laquelle on lit et on écrit des libres. Parce qu’on pensé que la littérature va aider à révéler ces vérités cachées. 

Juan Gabriel Vásquez revient enfin sur la façon dont il envisage rôle de littérature, en particulier dans un pays comme le sien.

Je suis d’accord avec Kundera quand il dit que la raison d'être du roman, c'est de dire ce que lui seul peut dire. Et ces choses sont indispensables pour la compréhension de notre monde en général. Et en Colombie en particulier, parce qu'on essaie de regarder en arrière pour comprendre ce qui s'est passé. C’est là que le rôle d'un écrivain de fiction, mais aussi celui d'un journaliste, d’un historien, deviennent plus essentiels que jamais. Dans un pays qui a vécu 50 ans de guerre civile cohabitent des mémoires et des récits contradictoires. Comment peut-on ouvrir un espace où l'histoire de chacun aurait le droit d'exister ? C'est là un des rôles possibles de la littérature. 

  • Juan Gabriel Vásquez, Chansons pour l'incendie, Seuil (traduit de l'espagnol par Isabelle Gugnon)
La Grande table culture
27 min

Le message de Karim Kattan

On se souvient qu’autrefois, dans les paquebots et les cargos, de magnifiques transmetteurs d’ordres en cuivre faisaient résonner les instructions de la passerelle jusqu’aux entrailles du navire.

Je pense souvent à toi, toi, le personnage par excellence évanoui dans ton secret. Presque une fois par jour, je t'imagine portant sur le monde un regard de douce incompréhension. Toi qui choisis de tout refuser car l'amour n'est qu'une embûche, un scandale à ton sommeil. Quand l'amour de ta vie te supplie, tu dis “Désolée, mais non”. Et à la fin, sans bruit, tu quittes le texte comme une danseuse trébucherait, avec le calme des gens qui n'ont rien à prouver, qui sont rendus à la pleine force de leur altérité. Dans l'écriture de ce roman, j'essaye de mimer quelque chose de ton échappée belle, pirouette, saut dans le vide. Se soustraire au regard des autres, se soustraire au texte qui veut expliquer, dire, réduire, marteler. Se soustraire : voilà parfois l’unique tâche de qui écrit, pour mieux retrouver la délicatesse de ta retraite, la complexité de ton incompréhension, la vitalité de ton existence.

A toi, le personnage par excellence évanoui dans ton secret...

2 min

  • Karim Kattan, Le Palais des deux collines, Elyzade

Le caillou dans les poches

Née en Nouvelle-Zélande, Katherine Mansfield s’installe à Londres dès 1903 pour étudier au Queen’s College. Emportée par la tuberculose à l’âge de 34 ans, elle est une des nouvellistes les plus importantes du début du XXe siècle.

Les Nuits de France Culture
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