Le clarinettiste Artie Shaw et l'humoriste Robert Benchley, 1940, New-york
Le clarinettiste Artie Shaw et l'humoriste Robert Benchley, 1940, New-york ©Getty - Michael Ochs Archives
Le clarinettiste Artie Shaw et l'humoriste Robert Benchley, 1940, New-york ©Getty - Michael Ochs Archives
Le clarinettiste Artie Shaw et l'humoriste Robert Benchley, 1940, New-york ©Getty - Michael Ochs Archives
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La clarinette, avec ses trois octaves, ne cesse de se réinventer. Elle a longtemps fait figure de parent pauvre du répertoire, adorée de Mozart mais peu servie en concertos, hyper utilisée dans le jazz mais détrônée par le saxophone ténor... Petite célébration avec ornement !

La clarinette est un instrument en pleine adolescence, qui n’a pas atteint l’âge mur, celui que l’on entend sous le bec virtuose de Yom, un instrument qui incarne une certaine idée de la liberté aussi. Elle ouvre l’une des plus grandes pièces symphoniques du XXème siècle, la Rhapsodie in Blue de Gershwin.

L'écriture de Rhapsodie in blue

Quand on ferme les yeux, la Rhapsodie in blue de Gerswhin évoque immédiatement le New-York des années 20, celui où tout était possible. La rencontre entre le jazz et la musique classique s’opère grâce au génie de Gershwin. Cette rhapsodie  qui fête ses 98 ans cette année est une idée; non pas de Gerswhin mais de Paul Whiteman, musicien génial du jazz qui fut le premier à mettre sur pied un orchestre de jazz symphonique dans les années 20. Il a à cœur de faire se rencontrer les deux mondes. Il repère Gershwin, songwriter génial, sans formation classique, et lui commande un concerto jazz. L’idée reste au point mort pendant deux ans jusqu’à ce que Whiteman, volontairement ou pas, décide de lui forcer la main en annonçant triomphalement dans les journaux qu’une nouvelle pièce allait bientôt voir le jour. Cinq semaines seulement avant la date du concert, Gerswhin n’a rien écrit, et ne sait pas ce qu’est un concerto. Alors aidé par l’orchestrateur Ferdé Grofé, il finit par écrire à toute vitesse cette rhapsodie où il improvise les parties de piano et dessine des  partitions d’ensemble qui font déjà une grande place à la clarinette.

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La clarinette comme un éblouissement

« J’étais hier soir à l’Opéra de Mannheim – J’étais assis au-dessus de l’orchestre – Il y avait tout un ensemble d’instruments à vent – Parmi ceux-ci, deux clarinettes – Père, vous ne pouvez imaginer la beauté du son de la clarinette ! […] Si seulement nous avions aussi des clarinettes ! »  écrit le jeune Mozart à son père, le terrible Leopold en 1778. Le compositeur est sous le charme de ce petit instrument rare qui vient d’être mis au point par les facteurs Denner à Nuremberg. Car à l’origine il y avait le chalumeau, cet étrange instrument, au bec en bois, dont l’origine remonte sans doute à l’antiquité, mais qui s’utilise surtout dans la musique populaire et dans la musique baroque. Même si Vivaldi, déjà adepte du chalumeau, est le premier à être séduit par la clarinette, c’est bien Mozart qui s’en amourache et lui donne ses lettres de noblesse, en lui offrant un concerto très célèbre, des quintettes, et puis a la fin de sa vie, douze duos pour clarinette, pleins de tendresse.

Le souffle du clarinettiste Colin Stetson

Colin Stetson revendique des influences aussi variées que Bach, les débuts du métal, Jimi Hendrix, les premiers Gospel… Et le son unique qu'il produit avec la clarinette s'en ressent !  Il a une maîtrise spectaculaire de la respiration circulaire grâce à laquelle il peut souffler plusieurs dizaines de minutes en continu. Cette technique, très utilisée par les souffleurs de verre à l'origine, demande un entrainement soutenu. Elle consiste à conserver en permanence une réserve d'air sous pression, indépendamment de la respiration, équivalent à la poche d'une cornemuse. Quand, à force de souffler, les réserves d'air dans les poumons deviennent faibles, on gonfle légèrement les joues (tout en continuant à souffler) pour constituer une réserve. Ensuite, lors d'une inspiration brève par le nez, on expulse l'air contenu dans la cavité buccale en vidant les joues. Une fois les poumons remplis, on reprend l'expiration par la bouche. Une fois cette technique maîtrisée, il est possible de souffler de l'air sans décoller les lèvres du bec pendant plusieurs heures. Chez Colin Stetson elle est combinée à un jeu de percussion sur les touches de son instrument et à une capacité à produire une ligne mélodique avec sa voix, qui lui permet de produire une palette de sons totalement nouveaux.

Programmation musicale et archives

  • George Gershwin, Rhapsodie in blue, composé en 1924, par l'orchestre Philharmonique de Los Angeles dirigé par Léonard Bernstein, 1983
  • Archive : Nicolas Baldeyrou sur les évolutions de l'instrument, dans "Fabrication maison", France Musique, 2013
  • Michel Portal et Paul Meyer interprètent les Polonaises K487 des douze duos pour clarinette de Mozart en 1998
  • Archive : Michel Portal qui parle de son choix pour la clarinette, dans "Le quotidien est ailleurs", France Inter, 1985
  • Rhapsodie pour clarinette de Claude Debussy interprété par Carlos Ferreira, Concert du nouvel An de l’Orchestre National de France, sous la direction de Cristian Macelaru, 2022
  • Archive : Michel Lethiec sur la capacité de la clarinette à “chanter”, dans "papier à musique", France musique, 2001
  • Artie Shaw, Nightmare, 1936
  • Michel Portal, Tenoras, 1980
  • Istanbul Oriental Ensemble, Roman Oyun Havasi, 1996
  • David Krakauer et Abraham Inc, Tweet Tweet, 2009
  • Archive : Yom sur l'embouchure, dans "Summertime", France Inter, 2013
  • Colin Stetson, Between water and wind, 2017
  • Nicolas Baldeyrou sur la richesse de la clarinette, dans "Fabrication maison",  France Musique, 2013
  • Quatuor Vendôme, Feux d'artifice : II. Ténébreux, composé par Karol Beffa, 2011
  • Andrea Nagy et Holst Sinfonietta Ensemble interprètent en 2010 New-York Counterpoint pour clarinette et bande magnétique, composé par Steve Reich en 1985

L'équipe

Zoé Sfez
Zoé Sfez
Zoé Sfez
Production
Doria Zénine
Réalisation
Lou Quevauvillers
Collaboration
Vivian Lecuivre
Réalisation