Barbara sur scène au théâtre du Châtelet à Paris en février 1987
Barbara sur scène au théâtre du Châtelet à Paris en février 1987 ©AFP - Patrick Hertzog
Barbara sur scène au théâtre du Châtelet à Paris en février 1987 ©AFP - Patrick Hertzog
Barbara sur scène au théâtre du Châtelet à Paris en février 1987 ©AFP - Patrick Hertzog
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Barbara nourrissait un goût de l’absolu et une exigence terrible au travail. La passion est un mot religieux et c’est la métaphore qu’elle a le plus utilisée pour évoquer sa vie d’artiste : "J’ai pris le voile", disait-elle.

La tension entre la puissance, l’absolu et le rien, voilà ce qui anime Barbara. Dans l'introduction de la version live de Lily passion, elle évoque des forces qui nous échappent, telluriques, aériennes, amoureuses. Plus que son désespoir ou sa mélancolie tant commentée, on peut ressentir chez elle une source de vitalité qui semble inépuisable. Elle était morte plusieurs fois, c’est elle qui le disait, elle avait donc plusieurs fois décidé de revivre. De là, peut-être cette façon très à elle de célébrer l’existence.

Chapeau bas !

Chapeau bas est une, si ce n’est LA première chanson qu’elle écrit pour la chanter, en tout cas elle la chante à la radio en 1958 avant qu’elle ne figure sur un disque. C'est une façon de rendre grâce. Elle y relie son émerveillement devant la lumière, l’éclat, un voilier, la nature... à l’amour. Ceci est un tout, et elle veut le prendre en ouvrant grand les paumes. Une fois encore le vocabulaire religieux n’est pas loin, mais avec l’ironie qui la caractérise, Dieu et Diable se cachent peut-être derrière la beauté, à moins que cela ne soit le désir ?

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Fût-elle innocence ? Fût-elle démence ?

Barbara est une grande brûlée. Les choses l'atteignent avec force. À son amant Luc Simon, entre 1962 et 1964, elle écrit un jour qu’elle a "la maladie de la peau". Et quand elle dit cela, il faut entendre l'évocation de son immense sensibilité. Dans le beau livre portrait que lui consacre Valérie Lehoux, des pages pudiques sont consacrées à une blessure que Barbara aurait eue à la poitrine, recouverte toujours par plusieurs couches de tissus noirs... En dehors du mystère planant sur le drame, c’est une métaphore que l’on peut attraper au vol pour dire que tout était, chez elle, ouvert au niveau du cœur.
Dans la chanson L'Amoureuse, en 1968, Barbara demande si cela relève de l’innocence ou de la démence ? Probablement un peu des deux.

Pantin merveille ou sa plus belle histoire d'amour

Celles et ceux qui ont vu Barbara en concert en parlent encore les yeux encore mouillés : "Moi j’y étais, j’étais à ce concert, et c’est inoubliable !". Notamment en parlant de Pantin. Une série de vingt-cinq concerts donnés à l’automne 1981, sous un chapiteau – la vie nomade toujours – la chanteuse avait installé une roulotte dans laquelle elle vit pendant la durée des représentations. Si elle exige un prix raisonnable pour les billets, tout ce qu’il se passera là-bas sera déraisonnable. Pour parler des concerts elle évoque un état second, un état d’hypnose et, outre les médicaments qu’elle a longtemps consommés en quantité, il faut voir son corps fin vaciller quand la foule chante, et la rappelle à l'infini pour le croire. On la dirait portée par un souffle puissant. C’est là sa plus grande passion et c’est émouvant de savoir que tant de jeunes gens se pressaient à ses concerts, tous différents mais tous aimantés.

Barbara a dit plusieurs fois de son public qu’il l’avait accouché et elle a très fréquemment utilisé la métaphore inverse, l'idée qu’elle ait pu être une mère pour la jeunesse qu'elle qualifiait d'orpheline et qui venait la voir. Barbara meurt sans enfant en 1997, dans ses Mémoires interrompus, elle écrit quelques lignes déchirantes sur son ventre resté glacé. C’est peut-être une passion qui lui aura manqué, celle d’avoir un enfant à elle. Ou pas...
Elle a eu autre chose, elle a vécu sa plus belle histoire d'amour, celle d'avec son public.
La passion arrache et confisque de la vie. Dans un double mouvement elle y propulse autant qu'elle vous en extrait, elle vous en fait voir les merveilles et empêche d’en ignorer les astres sombres. La chanson Soleil noir, chantée à Pantin, en parlait très bien.

À lire aussi : Devenir Barbara

La playlist

  • Berlin extrait de Lily passion, spectacle musical créé par Barbara et Gérard Depardieu en janvier 1986
  • Chapeau bas de Barbara
  • L'Amoureuse de Barbara
  • La Vie d'artiste de Léo Ferré
  • Le public chantant lors du concert à Pantin en 1981
  • À mourir pour mourir de Barbara
  • Soleil noir de Barbara
  • Non, je ne regrette rien d'Édith Piaf

Les archives

  • Quotidien pluriel émission diffusée sur France Inter le 1er juillet 1987

Les extraits de films

  • Documentaire de Guy Job diffusé sur France en 2007

Les lectures

Pour prolonger

Générique de l'émission : Une petite cantate par Jeanne Cherhal et Bachar Mar Khalife suivie d'une archive de la RTS de 1965

En partenariat avec le magazine Rolling Stone