Marianne Faithfull en 1976, à Londres ©Getty - Photo by Gijsbert Hanekroot/Redferns)
Marianne Faithfull en 1976, à Londres ©Getty - Photo by Gijsbert Hanekroot/Redferns)
Marianne Faithfull en 1976, à Londres ©Getty - Photo by Gijsbert Hanekroot/Redferns)
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Résumé

La décennie 1970 est cruelle pour Marianne Faithfull. La chanteuse disparaît presque totalement de la vie publique. C'est dans ce moment de fragilité et d'instabilité que sa voix se sculpte, trouve ses graves, assume le rauque. Là, elle choisit ce qu'elle veut chanter, le blues qui vient des tripes.

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L'engrenage se met en place dès l'été 69. Comme dans une tragédie. Le 3 juillet, Brian Jones, un des fondateurs des Rolling Stones, très proche du couple que forment Jagger et Marianne, est retrouvé mort dans sa piscine, noyée après avoir absorbé une grande quantité d'alcool et de barbituriques. Suicide, accident, meurtre. Les hypothèses courent toujours. Son décès, en tout cas, choquera Marianne profondément. Elle fait une tentative de suicide alors qu'elle est en Australie pour une tournée des Rolling Stones à son retour en Angleterre. Les tabloïds anglais sont évidemment là pour l'accueillir. Silhouette frêle, sourire figé, la voix est douce quand elle parle de sa fatigue, de vivre, puis de la cure et de la gentillesse des infirmières. Mais l'accalmie est de courte durée. En 1970, elle quitte Mick Jagger, perd la garde de son fils Nicholas, alors âgé de cinq ans. Elle se retrouve seule, tandis que les Rolling Stones, eux, poursuivent leur route florissante.

Marianne la chanteuse disparaît presque totalement de la vie publique. Sa voix s'est éteinte. Elle ne monte sur scène qu'une fois, le 19 octobre 1973, au Marquis Club pour la chaîne de télévision NBC. En tenue de bonne sœur, cornette blanche et longue tunique noire. Elle chante "I got you babe" le tube de Sony and Cher. À ses côtés, une créature mythique, crinière rousse, longue dans la nuque, face de vampire, le corps maigre vêtue d'un corset en plumes noir et beauté de cuirasse à talons. C'est David Bowie.

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La voix tremble un peu devenir très grave, mais sans le rauque encore. Marianne, sur la vidéo, n'a pas l'air à l'aise, raide dans son costume, les bras ballants, le visage fermé. À côté, Bowie est tout en souplesse, il danse avec ses choristes, regarde les musiciens, les interpelle. À la fin, elle recule carrément, se met en retrait, collée à la batterie pendant toute la dernière minute. Bowie et Faithfull ont le même âge. Et pourtant, l'une paraît une vieillerie de la pop, lui et le new thing, la star qui monte et révolutionne le rock.

Marianne Faithfull et David Bowie (1947 - 2016), lors de l'émission, 'The 1980 Floor Show' for the NBC 'Midnight Special' TV show, 20/10/ 1973
Marianne Faithfull et David Bowie (1947 - 2016), lors de l'émission, 'The 1980 Floor Show' for the NBC 'Midnight Special' TV show, 20/10/ 1973
- Photo by Jack Kay/Daily Express/Getty Images

Au début des seventies. Marianne Faithfull, elle, vit dans les rues de Soho. Elle dort parfois chez sa mère, dans des chambres d'amis, prêtées un soir, le plus souvent dans des squats remplis de camés. Elle se pique. Elle a cru pouvoir vivre la drogue comme une expérience romantique, en artiste comme dans Le Festin nu de William Burroughs, le grand poète américain qu'elle rencontrera plus tard. Dans une interview en 1967, elle parlait d'ailleurs du LSD comme d'une clé pour ouvrir grandes les portes de la perception.

Mais dans le réel en 1972, loin des idéaux baudelairiens, Marianne Faithfull est une sans abri, comme des centaines d'autres à Londres. Des décennies plus tard, elle chantera dans une composition signée Nike Cave, le desperanto, la langue du désespoir, celle qui est partout, dans les ongles, dans les cheveux, dans la bouche comme la drogue.

Les tentatives répétées de son entourage pour l'obliger à suivre des programmes de désintoxication échouent. Mais parfois, Marianne Faithfull émerge et on entend à nouveau sa voix. Le producteur Mike Leander l'a fait venir en studio et lui fait enregistrer des morceaux qui formeront plus tard un album intitulé Rich kid blues. Le titre dit cette misère singulière, le blues du gosse de riche.

Le photographe saisit la fumée de la cigarette de Marianne Faithfull, tandis qu'elle pose dans une robe d'Ossie Clark en 1973.
Le photographe saisit la fumée de la cigarette de Marianne Faithfull, tandis qu'elle pose dans une robe d'Ossie Clark en 1973.
© Getty - Photo by David Redfern/Redferns)

En 1976, Marianne Faithfull fait paraître un album que personne n'attendait : Dreamin' My Dreams. C'est le début de la Renaissance. Une renaissance qui a un nom, l'Irlande, ou le single bat des records de popularité, se hissant même pendant plusieurs semaines à la première place des classements locaux. La chanson est signée Allen Reynolds, compositeur et producteur, grand nom des studios de Memphis et de Nashville. "Dreaming my dreams" devient un hymne pour l'Irlande alors que la trêve décrétée entre l'IRA, organisation nationaliste très puissante, et le gouvernement britannique, prend fin et que violences et assassinats reprennent.

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Programmation sonore

The Rolling stones - I got the blues
David Bowie and Marianne Faithful - I got you babe
David Bowie - Rock 'n' roll suicide
Archive itw de Marianne Faithfull, en 1967
William s. Burroughs - The Exterminator
Marianne Faithfull

Références

L'équipe

Zoé Sfez
Zoé Sfez
Zoé Sfez
Production
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Lucile Commeaux
Production déléguée
Laurence Malonda
Réalisation
Moneghetti Merryl
Moneghetti Merryl
Merryl Moneghetti
Collaboration