Barbara chez elle en 1963
Barbara chez elle en 1963 ©Getty - Daniele Darolle/Sygma via Getty Images
Barbara chez elle en 1963 ©Getty - Daniele Darolle/Sygma via Getty Images
Barbara chez elle en 1963 ©Getty - Daniele Darolle/Sygma via Getty Images
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Lorsqu’on s’approche de Barbara, on s’approche de l’intime, et donc, toujours un peu de soi-même. Mais, de la ritournelle à la berceuse, il y a bien un tralala propre à Barbara…

C'est peu, c'est rien, de tout petits zinzins

Il y a peut-êtr un lien entre chantonner et débuter sa carrière… Barbara a mis du temps, après les années de bohème et de dèche entre Paris et Bruxelles, l’accession lente à l’horaire de Minuit au cabaret parisien de l’Ecluse,  à s’assumer en tant qu’autrice compositrice interprète…
Dans sa chanson Pierre, en 1964, Michel Portal est au saxophone, il double la façon rêveuse avec laquelle Barbara fredonne la fin d’une histoire d’amour pleine de quiétude et ces quelques notes sont pareilles à un sillon de parfum. Elles planent dans l’air et disent - exactement comme le fait une fragrance - un peu de qui elle est… Quand on la questionnait trop - justement - sur qui elle était, elle répondait souvent : "Je suis une femme qui chante". Comme si elle affirmait avec six petits mots une façon précise d’être au monde. Vivre en chantant. Comme si la musique sortait d’elle sans qu’elle le cherche. Elle chante juste des chansons, des petits zinzins comme elle dira par exemple, en 1970, avec les mots que Jean-Jacques Debout lui écrit sur un air à trois temps : C’est peu, c’est bien, c’est une rengaine à mid.

Histoire d'exil et de guerre : un tralala propre à Barbara

Le philosophe Gilles Deleuze, dans son Abécédaire de 1988 avec Claire Parnet peut nous aider à soutenir l’hypothèse suivante : Barbara fait tralala car elle a été trimballée, enfant, loin de sa maison, et puis loin d’une autre maison, et encore une fois, repartir. Marseille, Roanne, Le Vésinet, Poitiers, Blois, Préau, Chateauroux, Tarbes, Chassereuil, Grenoble, Saint Marcelin. "La guerre nous avait jeté là », raconte-t-elle dans la chanson Mon enfance en 1968. "Nous vivions comme des hors la loi et j’aimais cela quand j’y pense ». Une phrase qui résonne avec ces quelques mots de ses Mémoires  interrompus « Quand on a 9 ans, la guerre c’est aussi parfois traverser l’horreur en jouant. »
Elle et sa famille craindront les arrestations comme les délations, et les enfants voient les choses depuis leur enfance. Barbara fait tralala peut-être parce qu’ elle est encore l’enfant qui a eu peur sans le savoir, le son de sa propre voix recréé un chez soi qu’elle transporte où elle veut. Avant qu’elle ne pose ces valises à Précy sur Marne, antre et jardin qui seront sa vie à partir de 1973, elle vivra une vie nomade.

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Mais cette histoire de déplacement remonte bien avant la seconde guerre mondiale puisque deux autres figures essentielles à sa vie portent l’exil d’une partie de sa famille. C’est Esther et Granny. Sa mère et sa grand-mère. Avec la première elle a eu une relation contrastée, parfois ombrageuse, faite de ruptures et de retrouvailles, d’amour et de rancoeur notamment liée à la blessure terrible du crime incestueux du père. Avec la seconde, c’est l’amour toujours. Ah que j’aimais ma grand-mère écrit-elle au début de ses Mémoires … Esther est née à Tiraspol, Moldavie, en 1905. Harvana, à Zlatipol, Ukraine, en 1878, c’était l’Empire russe. " Hava était toute menue, écrit encore Barbara, avec des pomettes hautes, des grands yeux noirs, des mains très fines. Elle sentait le miel et me préparait des pâtisseries aux blonds raisins de Corinthe, des strudels aux pommes et aux noix pilées. Elle me consolait de tout. Je grimpais sur ses genoux, me calais au creux de son épaule : « Je suis ta préférée Granny ? Raconte quand tu étais en Russie, quand tu es venue à Paris, quand Maman était petite »"  La grand mère Brodsky meurt en 1946, l’immense tristesse qu’elle ressent rapproche Barbara de sa propre mère.
Après son enterrement au cimetière de Bagneux, elle voit surgir Granny de partout, vivante à tout jamais.
" Granny prépare des Kirkles, Granny me donne une petite poupée russe, une boîte, un sac, Granny m’emmène au jardin d’Acclimatation, me raconte des histoires de loups, prépare du mouton aux amandes et des beignets aux fruits, elle ne parle que le russe, je la vois avec ses amies, cheveux blancs nattés autour de la tête, pommettes légèrement rosies. Elles portent autour de leur cou des rubans de velours, Granny m’apporte un gâteau au noix truffé de Smyrne. Granny m’embrasse, porte des boucles d’oreille en crystal, Granny me chante une berceuse..."

À lire aussi : Barbara ou l'art total

La playlist

  • Pierre par Barbara
  • Le Zinzin par Barbara
  • Kolyskova de Dakhabrakha
  • Berceuse ukrainienne issue du Polyphonic Project
  • Le Bois de Saint-Amand de Barbara
  • Les Berceaux par Birds On a Wire d'après Gabriel Fauré
  • La Solitude de Barbara
  • Du bout des lèvres de Barbara

Les archives

  • Gilles Deleuze (Abécédaire, 1988, avec Claire Parnet)

Les extraits de film

  • Barbara, film de Mathieu Amalric, sorti en 2017, avec Jeanne Balibar dans le rôle titre

Les lectures

Pour prolonger

En bonus

"Du bout des lèvres" / Reprise par Ludo Pin, à l'occasion d'un spectacle hommage à Barbara.

2 min

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Générique de l'émission : Une petite cantate par Jeanne Cherhal et Bachar Mar Khalife

En partenariat avec le magazine Rolling Stone