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Frédéric Pierru et Odile Henry coordinateurs de « Le conseil de l'Etat [1]. Expertise privée et réformes de services publics » Collection Actes de la recherche en sciences sociales (Seuil) Résumés français Philippe Bezes État, experts et savoirs néo-managériaux Cet article se propose d’analyser les processus de production, de diffusion et de légitimation des idées et techniques néo-managériales à l’œuvre en France depuis les années 1970. Il met l’accent sur les différents rôles joués par les experts (universitaires, consultants, hauts fonctionnaires, organisations internationales), en précisant leurs positions dans l’État, leur influence et la légitimité, fluctuante mais croissante sur le long terme, dont bénéficient leurs recettes inspirées du New Public Management. L’article identifie quatre périodes contrastées, de la Rationalisation des choix budgétaires (RCB) dans les années 1970 à la Révision générale des politiques publiques des années 2000, caractérisée par un rôle majeur et inédit des cabinets de consultants privés. Odile Henry Un entrepreneur de réforme de l’État : Henri Fayol (1841-1925) Cet article analyse la trajectoire globale d’Henri Fayol, entrepreneur de réforme de l’État lors de la Première Guerre mondiale, mais aussi concepteur d’outils de gestion industrielle, théoricien du commandement et de l’autorité et enfin promoteur infatigable des activités de conseil auprès des directions administratives des entreprises privées et de l’État. Il met en évidence les causes structurales du caractère limité des applications de la doctrine d’Henri Fayol à l’État et identifie les conditions qui permettent, vingt ans plus tard, aux ingénieurs et patrons spécialistes de rationalisation d’être admis en tant que conseils en réforme de l’État. L’individualisme libéral partagé par Fayol et ses disciples est une des dimensions explicatives de l’effacement, à la fin des années 1920, de ce courant. La dé-liaison entre critique libérale et critique gestionnaire de l’État apparaît ainsi comme une des conditions de l’intervention, au sein de l’État, d’experts issus de l’État et ensuite placés au service des intérêts privés.Daniel Benamouzig Du grand soir au clair-obscur Depuis quelques années, la prise en charge des dépenses de santé par la Sécurité sociale se réduit sous l’effet d’un transfert de charges vers les assurances complémentaires et les assurés sociaux. Cet article compare le contexte dans lequel est intervenu un recours accru aux acteurs privés en matière d’assurance maladie au cours de deux périodes, caractérisées par un débat controversé dans les années 1980 et par un débat plus discret dans les années 2000, alors même que le recours aux acteurs privés est alors plus net. Ce paradoxe est expliqué à partir des positions relatives des principaux acteurs impliqués dans ces débats, notamment les acteurs publics et privés de l’assurance maladie et les experts économiques, qu’ils soient administratifs ou académiques. Le rapprochement de ces différents acteurs dans un nouveau complexe institutionnel réduit l’espace des différends, auparavant moins circonscrit. Engagé par des acteurs administratifs et développé dans un cadre institutionnel à dominante publique, le recours aux acteurs privés apparaît en définitive sous la forme d’une privatisation bureaucratique, dont il reste à savoir si le caractère bureaucratique favorise ou contient au contraire les effets d’une privatisation en clair-obscur.Sylvain ThineDu militant au managerDans le rapport qu’il consacre, en 1994, à la France de l’an 2000, Alain Minc défend l’idée de rationalisation des entreprises publiques non seulement pour maximiser leur productivité mais aussi pour contrôler les flux financiers liés au processus de privatisation. L’analyse de la trajectoire de Bernard D., ancien syndicaliste et élu local, cadre dans une entreprise publique, montre que si le rôle des agents externes à l’entreprise tels que les consultants – vecteurs de rationalisation –, est déterminant dans ces transformations, celui des agents locaux peut être tout aussi significatif. Ainsi, l’action des consultants doit notamment son efficacité et sa légitimité à l’aide d’agents qui incarnent la culture technique « maison ». Faisant carrière, Bernard D., qui réactive d’anciennes dispositions acquises lors de ses activités militantes et de ses mandats d’élu local, participe à la diffusion des préceptes techniques rationnalisant et de leurs conséquences sur l’organisation du travail dans l’entreprise.Philip Schlesinger Expertise, politiques publiques et économie créative : le cas britanniqueCet article analyse le rôle des experts dans le débat public sur les politiques de soutien aux industries créatives au Royaume Uni. La première section offre un panorama de l’émergence de cette expertise gouvernementale et du développement des think tanks, dans le contexte plus large d’une sociologie des intellectuels. Elle analyse le développement d’une expertise propre au New Labour qui s’opposait au conservatisme thatchérien dans la lutte pour le contrôle de l’ordre du jour des politiques publiques. La deuxième section illustre la croissance de la « génération politique » du New Labour et l’essor d’un groupe d’experts dans le champ des médias, de la communication et de la culture, et analyse les différentes trajectoires qui ont mené ces experts jusqu’au gouvernement. La dernière section, basée sur des entretiens, met en lumière les jeux de pouvoir qui se cachent derrière l’élaboration des politiques du New Labour en direction des industries créatives. Elle prend en considération l’impact des changements ministériels sur le processus politique, illustre la façon dont les rivalités entre administrations augmentent la complexité du processus, et montre comment une expertise liée au service public peut être mobilisée pour neutraliser une expertise extérieure. La conclusion passe en revue les implications de cette analyse.Bruno Cousin et Sébastien ChauvinL’économie symbolique du capital socialÀ partir de plusieurs exemples portant sur la sociabilité des classes supérieures (notamment une étude sur les grands cercles milanais, dont les Rotary clubs), cet article développe une analyse relationnelle du capital social, attentive à la valeur distinctive de sa forme. En effet, les conditions inégales d’accumulation du capital social sont au principe d’une relation de domination symbolique entre les diverses manières de le mettre en œuvre, de l’entretenir et de se le représenter. Après avoir passé en revue les principales théories du capital social – qu’elles relèvent de la network analysis, d’une sociologie du « culturel », ou de tentatives d’articulation entre les deux – et montré comment elles ont négligé cette dimension relationnelle de leur objet, nous présentons les avantages heuristiques d’une approche sensible au fait que les manières de décrire (et de légitimer) le lien social sont elles-mêmes des armes symboliques dans l’accumulation et l’entretien du capital social.

Références

L'équipe

Sylvain Bourmeau
Production
Arthur Bedouin
Collaboration
Bruno Sourcis
Réalisation