« La cicatrice de Bethléem » nouvelle intervention du plus célèbre anonyme du street art
« La cicatrice de Bethléem » nouvelle intervention du plus célèbre anonyme du street art
 « La cicatrice de Bethléem » nouvelle intervention du plus célèbre anonyme du street art ©AFP - AHMAD GHARABLI
« La cicatrice de Bethléem » nouvelle intervention du plus célèbre anonyme du street art ©AFP - AHMAD GHARABLI
« La cicatrice de Bethléem » nouvelle intervention du plus célèbre anonyme du street art ©AFP - AHMAD GHARABLI
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Résumé

Quoi qu’on pense de l’œuvre ou de son message ma théorie c’est que comme toutes celles de Banksy elle remplit la fonction de rituel solidaire.

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Esprit de Noël es-tu là ? En cette fin de décennie plutôt sombre et tendue, une image peut-elle redonner espoir ? Bien sûr il y aura toujours une vidéo de chaton pour consoler les foules sur Internet, ou encore l’un des innombrables détournements de « Baby Yoda », le « trop meugnon » personnage d’une série dérivée de Star Wars, qui provoque l’attendrissement général. 

Mais tandis qu’une œuvre d’art en hommage aux migrants vient être volontairement incendiée à Poitiers, on n’aurait pu imaginer terminer l’année sur une note plus humaniste. 

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Vendredi, l'anonyme le plus célèbre du street art, Banksy, y est justement allé de son intervention symbolique, dévoilant une nouvelle oeuvre à Bethléem, la ville de Cisjordanie où serait né Jésus selon la tradition chrétienne. Et ma théorie, c’est quoi que l’on pense de la dite l’œuvre ou de son message, elle remplit comme souvent avec lui cette fonction de rituel solidaire. 

Sur un plan esthétique, ce que Banksy a appelé "la cicatrice de Bethléem" est somme toute assez kitsch. Des mini pans de murs de bétons gris, où apparaissent quelques graffitis délavés en faveur de la paix, entourent une scène de crèche : Jésus, Marie, Joseph, le bœuf et l’âne. Au-dessus de leur tête, un trou d’obus en forme d’étoile transperce cette reproduction du mur érigé par Israël dans les Territoires Palestiniens. 

Exposée dans le hall de l’hôtel « Walled Of » que le street artist a ouvert au pied du mur à Bethléem, cette crèche « artiviste » (contraction d’art et d’activisme) porte donc la voix des Palestiniens, et se conçoit, ainsi que le rappelait le gérant de l’hôtel, comme un « modèle de résistance grâce à l’art », la Cour internationale de justice ayant déclaré illégale la construction de ce mur en 2004. 

Aussitôt apparue, l’œuvre cumule des centaines de milliers de likes et fait le tour de journaux. On n’y découvre pas l’engagement de Banksy en faveur d’une cause nouvelle, il défend celle des Palestiniens de longue date, et on n’y admire pas non plus une proposition formelle révolutionnaire. Pourtant, cette image se partage et se commente comme un événement. Il en va de même du banc de sans abris que Banksy a récemment transformé, à coup de pochoirs, en traîneau du père de Noël, ou de cette petite fille qu’il a représentée engloutie dans les eaux de Venise, brandissant des fumigènes de détresse. Pourquoi un tel écho ?

C’est que comme chaque fois, les œuvres de Banksy échappent au critère esthétique, elles sont là pour formuler en image ce qui ne tourne pas rond, et existe pour que les regardeurs communient dans ce constat. Banksy, c’est la prise de conscience ritualisée. 

On ne peut pas dire que cela fasse progresser l’entendement, on ne peut pas dire non plus que ça change le monde, et on pourra même acter qu’il a été récupéré par le marché spéculatif qu’il croyait dénoncer. Peu importe, sa fonction est autre. C’est celle de donner la sensation de ne pas être indifférent au sort de nos semblables, ou à certaines dérives du monde. Le problème c’est qu’aussitôt formulé et ressenti, le message ne bouscule pas autant qu’il conforte. Comme si l’alerte se suffisait en elle-même et indéfiniment jusqu’au prochain coup.