Quand la foule viendra t-elle à se précipiter de nouveau devant la machine à pop corn ? Peut-être qu'une partie de la réponse vient des plateformes numériques ©AFP - Philippe LOPEZ
Quand la foule viendra t-elle à se précipiter de nouveau devant la machine à pop corn ? Peut-être qu'une partie de la réponse vient des plateformes numériques ©AFP - Philippe LOPEZ
Quand la foule viendra t-elle à se précipiter de nouveau devant la machine à pop corn ? Peut-être qu'une partie de la réponse vient des plateformes numériques ©AFP - Philippe LOPEZ
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Résumé

On ne sait toujours pas quand les cinémas rouvriront. Ce que l’on sait en revanche, c’est que les plateformes numériques font le plein. Néanmoins, avant d’être rivaux, le cinéma et les plateformes sont aussi complémentaires. Alors le seront-ils pour sortir le cinéma de cette mauvaise passe ?

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Quand rouvriront les salles de cinéma ? Chaque mercredi qui passe, avec son lot de sorties en berne, l’inquiétude grandit dans le secteur. Et autant dire qu’après avoir été un très beau titre de film, l’idée d’une reprise «  Fin août, début septembre » aurait des allures de cauchemar.

Côté chiffres, pour être plus prosaïque, on sait déjà, que les 1200 cinémas privés, qui ne reçoivent pas d’aides, évaluent leurs pertes d’activité fin mai à 300 millions d’euros. Une grande enquête du Monde sur les lieux culturels précise que les cinémas d’art et d’essai, qui eux perçoivent des subventions, vont à leur tour plonger dans le rouge si la quarantaine des salles obscures se prolonge dans les mois à venir.

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Quand organique et numérique ne vont pas l’un sans l’autre 

Pendant ce temps-là, si on l’on réfléchit en système binaire, ce sont les plateformes qui ramassent la mise, à commencer par Netflix. Sauf qu’un des points mis en lumière par cette crise, c’est la complémentarité entre « organique » et « numérique », et dans le cas précis entre réseaux de cinéma et services de vidéo à la demande. Pour faire simple l’idée d’un grand remplacement des uns par les autres peut être dépassée, à certaines conditions. Voilà ma théorie.

J’en veux pour preuve cette incroyable annonce : un partenariat signé entre le distributeur MK2 et Netflix prévoit d’intégrer 12 des 21 films de François Truffaut dans le catalogue de la plate-forme dès ce week-end. D’ici la fin de l’année les œuvres (parfois complètes) de Claude Chabrol, Charlie Chaplin, Jacques Demy, David Lynch, Xavier Dolan ou encore Michael Haneke viendront également enrichir l’offre patrimoniale, jusqu’ici assez peu fournie de géant de la vidéo à la demande. Même si de grands classiques comme les films de Miyazaki viennent d’y faire leur entrée remarquée.

Fortifier encore Netflix alors que les 2000 salles de cinéma du territoire sont prises à la gorge, cela pourrait paraître au minimum contre intuitif si ce n’est provocateur.

Vers une complémentarité encadrée ? 

Pourtant cet accord de diffusion n’enlève, au fond, rien aux salles dont les recettes ne se bâtissent pas sur ce fond cinématographique justement. Un tel accord permet en revanche de valoriser l’engagement historique des cinémas MK2, d’offrir une nouvelle fenêtre de transmission au patrimoine cinématographique et de renflouer aussi, au passage, la trésorerie de ce distributeur de films exigeants. Plus d’initiés à la cinéphilie c’est aussi plus de spectateurs potentiels dans les salles pour les sorties à venir.

D’ailleurs pour l’après covid, faute de gros blockbusters prévus, en raison des nombreux reports, « le succès des salles reposera surtout sur des films français de qualité » estime François Aymé, président de l’Association Française des Cinémas d'Art et d'Essai dans l’enquête du Monde que j’évoquais plus haut. Le saut argumentatif est peut-être un peu rapide mais oui les salles ont besoin de cette culture cinématographique française pour vivre. L’accord Netflix/MK2 va dans ce sens.

Reste cette condition essentielle : parvenir à faire « contribuer les plates-formes à la diversité culturelle et à la création indépendante dans les pays où elles proposent leurs services et en tirent des ressources » comme l’a souligné la Société civile des auteurs-réalisateurs-producteurs dans une tribune. 

Une complémentarité encadrée voilà la clef.

par Mathilde Serrell

58 min