L'écran partagé, interface symbolique des relations sociales pendant le confinement ©Getty - Leo Patrizi
L'écran partagé, interface symbolique des relations sociales pendant le confinement ©Getty - Leo Patrizi
L'écran partagé, interface symbolique des relations sociales pendant le confinement ©Getty - Leo Patrizi
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Résumé

L'écran partagé ou "split-screen" tient sa revanche, et s’impose comme la forme idoine de la crise que nous traversons, et plus largement, de notre époque. Mathilde Serrell en fait son éloge dans sa Théorie du jour.

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Séparés mais ensemble, tel est l’esprit de cette matinale, où nous expérimentons, en version audio, l'une des formes les plus représentatives de cette période de confinement : j’ai nommé le « split-screen » ou l’écran divisé.

Un procédé vieux comme le cinéma...

Vieille comme le cinéma, cette technique de découpage de l’image en différentes cases a connu un âge d’or à la fin des années 60 et au début des années 70. C’était à l’époque de « L’Affaire Thomas Crown » puis du générique de la série « Amicalement Vôtre ». Le réalisateur Brian de Palma en a même fait un de ses gimmicks. Seulement, avec le temps, le split-screen était devenu une forme assez ringarde.

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Le réalisateur Michel Hazanavicius ayant achevé de ridiculiser le procédé dans « Le grand détournement » où l’écran est divisé entre deux acteurs qui sont côte à côte dans la même pièce. 

Mais l’écran partagé tient sa revanche, et ma théorie c’est qu’il s’impose comme la forme idoine de la crise que nous traversons, et plus largement, de notre époque.

Séparés mais ensemble, les musiciens de l’orchestre national de France ont enregistré un « Boléro » de Ravel depuis chez eux, qui tourne à des centaines et des centaines de milliers de vues sur Youtube depuis 3 jours. Chacune et chacun avec son instrument apparaît dans un compartiment de l’écran qui se subdivise à mesure la partition progresse. D’abord 4 puis 6 puis 8 puis 9 puis 10, 14, 20, 35, les musiciens se retrouvent réunis à 48 dans une même image pour une explosion symphonique en mosaïque. 

... Mais symbole de l'époque que nous traversons

C’est certainement une des plus belles réussites du genre, tandis que sur Internet se répand une épidémie créative de vidéos en s_plit-screen_ : des potacheries improvisées en multi-visio-conférence à l’élaboration d’improbables prouesses synchronisées. En voyant la vidéo de jeunes danseurs exécutant une chorégraphie où chacun prolonge la jambe ou le bras de son camarade, d’un carré de l'écran à un autre, j’ai eu des envies pour notre équipe… Mais je me suis retenue. 

Reste que le confinement a re-popularisé le split-screen et démocratisé son usage créatif car c’est peut être la plus fidèle traduction en image de ce que nous vivons : une « séparation reliée. ». Les _gamer_s l’expérimentent depuis longtemps, et de nouveaux arrivants le découvrent pendant le confinement, avec les jeux vidéo en mode multi-joueurs. 

Au vrai, ces vitraux vidéos et virtuels témoigneront demain de l’épidémie que nous avons traversé , mais aussi de l’esprit de notre temps : morcelé et connecté. Dispersé et rallié.

Références

L'équipe

Mathilde Serrell
Production
David Jacubowiez
Réalisation