Guy Bedos (2016)
Guy Bedos (2016) ©AFP -  JOEL SAGET
Guy Bedos (2016) ©AFP - JOEL SAGET
Guy Bedos (2016) ©AFP - JOEL SAGET
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« Faire du drôle avec du triste » telle aura été l’épitaphe médiatique de Guy Bedos. Cette formule, la sienne, apparaît en effet comme la clef de voute qui sous-tend tout son parcours d’acteur, d’auteur et d’humoriste.

Elle guidera sans doute, aussi, la cérémonie d’adieu en forme de music-hall, qui est organisée pour lui aujourd’hui à l’église de Saint Germain des Prés à Paris.

« Faire du drôle avec du triste » permet certes d’épouser avec justesse « la ligne » de Guy Bedos, mais pour définir ce qu’il aura apporté et ce qui manque cruellement aujourd’hui je dirais plutôt qu’avec d’autres il a su incarner une morale, sans moralisme. Voilà ma théorie.

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Bien sûr, « le rire de résistance » qu’il revendiquait, combinait ce mélange de chaleur et de coup de froid comme un pistolet. Pas si éloigné du rire samouraï du journal Hara-Kiri qui fend la poire autant qu’il tranche le bide. Ce constat « lucidaire » de l’état du monde, de la gravité de la situation économique, sociale, et politique, il l’aura fait en cabotinant sur le fil de ses interventions, sketchs, spectacles et revues de presse. Comme en 1983 avec « le chagrin fiscal » sa complainte virulente du chef d’entreprise.

Quand dans ce même sketch il évoque encore ce couple « d’immigrés ou d’émigrés on ne sait pas trop d’où ils viennent ni où ils vont » qui a l’heureuse discrétion "d’accepter un salaire pour deux" : le rire se propage sur une ligne de crête féroce qui n’encourage pas pour autant la haine de son personnage. Il est question de morale et d’éthique bien sûr, seulement jamais de « faire la morale ». Bedos n’a pas d’humanité de rechange à proposer, ni de clans à opposer. Simplement, certains états de fait qui doivent être encaisser. Comme il l’écrivait dans « Je me souviendrai de tout » paru chez Fayard en 2015 « ma carrière d’humoriste est un succès, ma vie de citoyen utopiste, un échec ».

Dans le faux éloge funèbre que fait Pierre Desproges à Guy Bedos pour ses 20 ans de carrière, en 1986, Desproges imagine ce que l’on retiendra de Bedos, et de son statut « d’homme de gauche ». On y entend, d’un même coup de plume, les positions assumées de Bedos comme les dénigrements et les caricatures dont il a fait l’objet.  

A voir se bidonner dans les fauteuils, Guy Bedos et son grand ami Jean-Loup Dabadie - parti tout juste avant lui l’attendre au paradis – on comprend comment ce rire de « Guy, Jean-Loup, Pierre et les autres » ouvrait un espace non sectaire où s’exerce la liberté de conflit et de désaccord_._ Dépassant toute posture idéologique et collective pour assumer une subjectivité tranchante, c’était une morale sans moralisme.

Par Mathilde Serrel

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