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CD audio -  Ilaria Baggio / EyeEm
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Résumé

Il en va du CD comme de certains autocrates dont le règne n’en finit plus de s’achever : on le savait moribond depuis une dizaine d’années mais cette fois le compact disque semble passer officiellement, l’arme, ou plutôt le laser, à gauche.

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Ma théorie, c’est que si le CD est déjà mort il entre dans une phase de zombification tout à fait intéressante et révélatrice.

Un article du journal Rolling Stone annonçait hier que les ventes de vinyles aux Etats-Unis étaient entrain de dépasser celles de CD pour la pour la première fois depuis 1986. Selon les chiffres de la RIAA, la puissante Recording Industry Association of America, tous les indicateurs confirment à terme que le nombre de disques vinyles écoulés et de recettes générées par ce support vont supplanter les ventes et revenus du CD. D’un côté la part des vinyles progresse sensiblement de l’autre celle des CD décroit irrémédiablement. CQFD.

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Evidemment ces chiffres deviennent dérisoires, dès lors que l’on fait entrer dans l’équation le streaming, c’est à dire l’écoute de la musique sur des plateformes en ligne, qui représente 62% des recettes de l’industrie musicale, contre 4% pour les disques.

Du  reste, dans ce crépuscule des supports physiques de la musique, le vinyle se taille une niche solide sans oublier le retour de la cassette audio ! De Taylor Swift à Kanye West de Morrissey à Arcade Fire, de la BO de Bohemian Rhapsody, biopic du groupe Queen, au dernier album de Madonna, toutes les grandes sorties se sont fait à la fois en CD, vinyles, et cassette.

Dans ce trio le « ringardissime » CD a donc à terme peu de chance de s’en sortir. D’un côté le vinyle bénéficie de son statut d’objet de collection même si comparé à des vinyles d’époque il n’apporte aucun grain supplémentaire, et qu’il a aujourd’hui une dimension presque décorative - on affiche ces vinyles dans son salon comme on expose ses livres de table basse. De l’autre la cassette profite d’un retour en grâce à la fois dans les réseaux underground de diffusion et dans la pop culture. 

Le film « Les Gardiens de la Galaxie », a ainsi relancé la cassette avec une scène inaugurale devenue culte. Avec son équipement ultra sophistiqué, le héros, Star-Lord, vient de se débarrasser d’une bande de gus gus sur une planète X, son casque désactivé, il enfile ses écouteurs et appuie sur le bouton play de son walkman cassette (enfin de son baladeur comme on disait dans le temps…)

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Après avoir poussé des milliards de consommateurs à racheter toute leur discothèque sur CD, au prétexte que le son était plus « performant », après avoir imposé cet objet assez laid, au livret bien moins lisible et aux pochettes d’époque massacrées par le reformatage, l’industrie du disque rejoue donc le match à l’envers. Ce sont les classiques des Beatles ou de Bowie qui se vendent le plus en vinyles tandis que les cassettesbénéficient d’un effet polaroïde, promouvant le charme si cool du vintage.

Voir l’esthétique vinyle et dans une moindre mesure la démocratique cassette prendre leur revanche a quelque chose de réjouissant, comme une réparation de l’Histoire. Mais le CD zombie pourrait bien revenir ! Car c’est sur ce support que sont sortis nombre d’albums à la fin des années 90 qui n’ont pas leur équivalent en cassette ou vinyle. Le CD vivra donc à son tour, et vit déjà sur certains sites, son stade de mort vivant «collector ».

Au final, l’observation de ce crépuscule des supports physiques dont je parlais tout à l’heure, nous conduit à une conclusion, la dématérialisation totale de la musique n’adviendra pas. D’une part parce que les marchands de l’industrie trouveront toujours un nouveau vieux support à vendre, d’autre part parce que, comme chez Beckett, l’homme a besoin de se raccrocher à sa dernière bande.

Références

L'équipe

Mathilde Serrell
Production
David Jacubowiez
Réalisation