"Prenez votre trophée et cassez-vous" : l'acteur Ricky Gervais aux Golden Globes 2020
"Prenez votre trophée et cassez-vous" : l'acteur Ricky Gervais aux Golden Globes 2020
"Prenez votre trophée et cassez-vous" : l'acteur Ricky Gervais aux Golden Globes 2020 ©Maxppp - EPA/MAXPPP
"Prenez votre trophée et cassez-vous" : l'acteur Ricky Gervais aux Golden Globes 2020 ©Maxppp - EPA/MAXPPP
"Prenez votre trophée et cassez-vous" : l'acteur Ricky Gervais aux Golden Globes 2020 ©Maxppp - EPA/MAXPPP
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Résumé

S’il est un signal à retenir des Golden Globes 2020, les récompenses remises par l’Association de la presse étrangère à Hollywood, ce n’est pas tant la défaite de Netflix que la victoire des Anglais.

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Sur 34 nominations, cinéma et séries confondus, la plateforme qui partait favorite, a certes dû se contenter seulement de deux prix. Mais si le sacre de Netflix n’a pas eu lieu, en revanche, la cérémonie a incontestablement couronné les Britanniques. Et à travers eux, les Golden Globes se sont faits, non plus l’antichambre, mais l’antidote des Oscars. Voilà ma théorie. 

Le premier effet antidote des Anglais s’est d’abord fait sentir sur le plan de la cérémonie elle-même, animée pour la 5e et dernière fois sur la chaîne américaine NBC par l’humoriste britannique Ricky Gervais. Créateur de The Office, la série anglaise qui a porté le malaise et la "gênance" au rang d’art suprême, Ricky Gervais n’était pas là pour bousculer gentiment le gratin hollywoodien installé devant des seaux à champagne. Dans son monologue d’introduction — le plus corrosif peut-être de l’histoire du genre — Ricky Gervais, une bière fraîche posée devant lui, avait la ferme intention de voir l’assistance avaler son hypocrisie de travers. 

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Clou de l'anti-spectacle : demander aux lauréats d’éviter les fameux discours engagés, trophée à la main, car ceux-ci ne sauraient sauver l’industrie de ses contradictions.

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Le silence final est celui de la censure du f word, « fuck », pour « go fuck yourself » (« allez vous faire foutre » en bon français), des mots interdits à la télévision américaine. 

Mais l’animation caustique de Ricky Gervais n’est pas le seul antidote anglais aux Oscars que l’on peut voir dans cette cérémonie des Gloden Globes.

Le biopic sur Elton John "Rocket Man" , qui a apporté deux nouvelles récompenses aux Britanniques, constitue l’opposé du biopic sur Queen, récompensé aux derniers Oscars, au sens où l’homosexualité y est cette fois abordée frontalement. 

Dans les catégories reines - meilleur film dramatique et meilleur réalisateur - c’est encore une fois un Anglais et pas des moindres qui l’a emporté (devant Martin Scorsese). Souvenez-vous, Sam Mendes, récompensé pour son film 1917, est bien le réalisateur qui aura su merveilleusement saisir toute l’hypocrisie de la société américaine dans American Beauty.

Parmi ces victoires anglaises, on pourrait encore citer Olivia Coleman pour son rôle dans la série The Crown, mais surtout le triomphe de Phoebe Waller Bridge. L’actrice et réalisatrice a été deux fois récompensée pour sa série "Fleabag". Dérangeante, féroce et autocritique, elle est un antidote en soi à tous les modèles de séries et d’héroïnes "marketées féministes". La même Phoebe Waller Bridge s’est d’ailleurs vue confier l’écriture du prochain James Bond. 

Preuve que ces Golden Globes sont la parfaite illustration de ce que peuvent faire les Anglais pour le patient hollywoodien.

par Mathilde Serrell