Terry Jones sur un plateau de tournage en février 1978
Terry Jones sur un plateau de tournage en février 1978 ©Getty -  Mirrorpix
Terry Jones sur un plateau de tournage en février 1978 ©Getty - Mirrorpix
Terry Jones sur un plateau de tournage en février 1978 ©Getty - Mirrorpix
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Terry Jones laisse en héritage cet état d’esprit toujours hilare et léger, surtout avec les choses graves. Mais dans une époque qui craint la montée des fanatismes de toute sorte, sa disparition vient spécifiquement nous rappeler qu’il n’est de meilleure arme pour les combattre que l’absurde.

« Tu es poussière, tu redeviendras poussière, fais pas la gueule ! » c’est ainsi que se termine « La Vie de Brian » tandis qu’une vingtaine de crucifiés chantent en chœur qu’il faut regarder la vie du bon côté, et sifflotent gaiement sous un soleil assassin. À l’annonce de la mort de Terry Jones co-fondateur des Monty Python et réalisateur de cette comédie mythique, cette scène finale fait figure d’épitaphe.

Il n’est de meilleur arme pour combattre les fanatismes que l’absurde

« La vie est une chose drôle, la mort une mauvaise blague / Tu verras tout cela n’est qu’un show / Garde le moral il le faut, de toute façon c’est toi qui riras bien à la fin » philosophe encore l’un des crucifiés. Terry Jones, mort à 77 ans des suites d’une maladie dégénérative rare, nous laisse en héritage cet état d’esprit toujours hilare et léger, surtout avec les choses graves. Mais ma théorie c’est que dans une époque qui craint la montée des fanatismes de toute sorte, sa disparition vient spécifiquement nous rappeler qu’il n’est de meilleure arme pour les combattre que l’absurde. 

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Connu comme auteur, réalisateur et performer, Terry Jones était aussi un historien médiéviste. Son ami, Michael Palin, rencontré à Oxford, avec qui il formera la première mouture de ce que seront Les Monty Python, évoquait hier en lui rendant hommage ce « comédien complet de la Renaissance ». Car en plus des films écrits et réalisés, des documentaires et des sketchs pour la télévision, Terry Jones a aussi publié une vingtaine de livres pour enfants comme des ouvrages sur le Moyen Âge, ou encore un essai sur la guerre contre le terrorisme.

Démonter les ressorts d’une soumission aveugle à des dogmes

Au-delà de cette figure complète et multiple, se dessine une ambition d’ensemble : démonter les ressorts d’une soumission aveugle à des dogmes. Et ce par l’absurde. A sa sortie en 1979, "La vie de Brian" est considéré comme blasphématoire et rencontrera une série d’interdictions. Mais le film, qui raconte la vie du voisin de naissance de Jésus, né dans l’étable d’à côté, n’est pas un film contre le catholicisme. Il interroge l’humain qui se fanatise. 

Terry Jones endosse d’ailleurs le rôle de vielle matrone qui tente de dégager les disciples de son fils, rassemblés devant la fenêtre, en leur clamant « Ce n’est pas le Messie, c’est seulement un vilain petit garçon ! ».

Quant à la chanson finale "Always look on the bright side of life" elle consiste aussi à moquer la suspension du jugement critique. C’est le jusque boutisme des préceptes qui est toujours visé. 

"Every Sperm is Sacred !"

"Le sens de la vie", autre comédie culte des Monty Python dont Terry Jones assure seul la réalisation, en est une autre illustration. A nouveau grimé en vieille mère, il y joue l’épouse d’un catholique dans une maison pauvre remplie d’enfants du sol au plafond, et met bas un énième rejeton en faisant la vaisselle... Le père a perdu son emploi et s’apprête à livrer ses progénitures comme cobayes à des laboratoires pharmaceutiques tout en continuant de célébrer l’interdiction des rapports sexuels en dehors de la reproduction. Car "chaque goutte de sperme est sacrée".

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A travers toute son œuvre, Terry Jones n’aura eu de cesse de démonter, par le ridicule, la croyance à la lettre en quelque doctrine que ce soit. Ouvrant grand la voie à la liberté intérieure des spectateurs et des lecteurs. Et ça oui, c’est sacré !

par Mathilde Serrell

1h 00