on a fait dire beaucoup de choses au coronavirus
on a fait dire beaucoup de choses au coronavirus
on a fait dire beaucoup de choses au coronavirus ©Getty - dowell
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Résumé

La Fondation Jean Jaurès publie une étude qui remet en cause la grille de lecture sur la propagation du coronavirus en raison des conditions démographiques et sociales. L'occasion de revenir sur certains raccourcis énoncés pendant l'épidémie.

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Il y aurait un travail intéressant à faire, qui consisterait à relire les tribunes et chroniques écrites depuis le début de la crise du coronavirus (y compris celle-ci bien sûr) pour passer au tamis des connaissances d’aujourd’hui les vérités énoncées hier, de manière parfois un peu péremptoires.

Faisons un peu d’autocritique : qu’est-ce que j’ai bien pu vouloir dire en écrivant cette phrase, le 27 mars dernier : ‘’le Covid 19 (à l’époque, on disait encore ‘le’) ne vient pas de nulle part. Il est consubstantiel à notre modernité’’ ? Affirmation assénée sans véritable preuve, je l’admets. Le trajet du virus n’était pas encore reconstitué que déjà, son origine était donnée pour certaine, certains allant jusqu’à y voir le signe d’une vengeance non pas divine mais terrestre, ce qui relève d’un même niveau de religiosité.

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Dans cette recherche des causes parfois au doigt mouillé, la mondialisation a souvent été mise en avant, par ceux qui la combattent. Effet d’opportunité mais après tout, ils auraient eu tort de se gêner : les révolutions démarrent aussi sur des concours de circonstances.

Reste qu’on ne dispose pas d’un travail de fond pour déterminer si la mondialisation est véritablement en cause dans l’émergence du coronavirus. Ce qui ne veut pas dire que l’inverse est vrai. L’argument selon lequel il faudrait écarter cette hypothèse au prétexte que des épidémies, il y en a eu avant la mondialisation, par exemple au Moyen-Age, cet argument ne tient pas davantage.

Prenez le changement climatique : l’histoire géologique nous enseigne que le climat de la Terre a connu dans le passé des épisodes de réchauffement, sans que l’espèce humaine y soit pour quelque chose. Pour autant, ça ne permet pas d’en déduire que les bouleversements climatiques actuels n’ont rien à voir avec les activités humaines.

La différence fondamentale, c’est que l’impact des activités humaines sur le climat est documenté et démontré. Il y a un consensus scientifique, comme en témoignent les rapports du GIEC. Nous ne sommes pas ici dans le domaine de l’opinion mais dans celui des faits, lesquels ont besoin de temps et de données fiables pour être établis.

C’est ce qui rend particulièrement instructive l’étude qu’a publié hier la Fondation Jean Jaurès, ‘’L’épidémie et son terrain social’’. Pour cette étude, le démographe Hervé Le Bras est parti du présupposé, largement répandu, que le coronavirus a d’autant mieux circulé qu’il rencontrait des conditions démographiques et sociales favorables. Explication qui parait logique…mais démentie par les faits.

Prenez par ex la densité de population, considérée comme un facteur aggravant. Cartes à l’appui, Le Bras montre qu’on ne peut pas établir de corrélation entre le niveau de cette densité et la létalité du virus. Idem pour la proportion de personnes âgées sur un territoire, censée là aussi favoriser la propagation de la maladie. Or il s’avère que 1) c’est dans les départements les plus âgés que l’épidémie a le moins sévi, 2) que si 82% des personnes tuées par le coronavirus ont plus de 70 ans, cette même tranche d’âge représente 77% des décès en temps normal. C’est un peu moins, mais un peu seulement.

Et ce qui vaut pour la démographie vaut aussi pour le social. Ainsi le présupposé qui voudrait que le virus a particulièrement frappé dans les zones les plus pauvres. Là encore, fausse piste : ‘’la carte de la pauvreté n’a pas de rapport avec celle de la fréquence des décès dus à la Covid-19’’. ‘’En conclusion’’ écrit Hervé Le Bras, ‘’il est vain de chercher le ressort de l’épidémie dans des facteurs habituels étudiés en sciences sociales. L’épidémie a sa logique spatiale propre et doit être étudiée en tant que telle’’

Cette petite leçon de méthodologie démontre, s’il en était besoin, qu’il faut se méfier des explications qui relèvent de l’évidence. Celle-ci ne résiste pas toujours à l’examen des faits. Et c’est valable dans tous les domaines : l’écologie n’échappe pas à la règle.

Références

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
David Jacubowiez
Réalisation