Face au retour supposé de la pudeur, faut-il défendre la nudité ?

Lac et nu
Lac et nu ©Getty - Johner Images
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Dans son dernier ouvrage, Sophie Fontanel, romancière, journaliste, spécialiste des enjeux de mode, raconte avoir vécue nue, plusieurs jours durant. Et décrit cette expérience en poésie.

On connaît l’idée selon laquelle la pudeur aurait le vent en poupe. Sur les réseaux sociaux, elle est administrée, stigmatisée ou proscrite : on parle bien sûr de la nudité féminine. C’est toujours elle que l’on régente et que l’on contrôle. En parallèle, dans la "vraie vie", la tendance semble s’étendre dans une direction analogue. La nudité n’a pas la cote. Elle serait asymétrique, imposée par le marché, le capitalisme, les injonctions nombreuses et les diktats multiples. Elle aurait perdu de sa valeur subversive. Elle se trouverait emportée par d’autres pratiques, l’extinction progressive et éprouvée des séances de bronzage, par exemple. 

Ode à la nudité

Au même moment, un livre paru aux éditions Seghers il y a 6 jours fait grand bruit. Il est signé Sophie Fontanel. Il s’intitule Capital de la douceur, un hommage appuyé et sincère au recueil de Paul Éluard. Cet ouvrage peut être lu de mille et une façons. Mais il peut l’être, notamment, comme une ode en vers à la nudité, un éloge doux et humain au dénudement. Le récit se déroule sur une île de la Méditerranée, entre Port-Cros et Porquerolles, où des nudistes se partagent le territoire avec des militaires. Aux premiers, 5% du territoire. Le reste est occupé par l’armée. "Est-ce difficile de se dénuder ?" C’est la question que j’ai posée à Sophie Fontanel, romancière, journaliste, spécialiste des enjeux de mode et qui raconte, justement, avoir vécu nue, plusieurs jours durant. 

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L'autrice note une hausse de la difficulté de se mettre à nue. Si elle est interdite "par prévention sur les réseaux sociaux, pour éviter une invasion de la pornographie", Sophie Fontanel remarque qu'elle devient du coup "de moins en moins possible ailleurs".

Sophie Fontanel le confesse ; elle aussi, autrefois, raillait avec légèreté les camps naturistes. Ces excentricités rares, hors du temps, réfugiées auprès des marges. Aujourd’hui cependant, l’expérience est vécue, traversée. L’autrice relate la valeur thérapeutique, émancipatrice de la nudité, "de pouvoir (se) mettre nue dans des conditions où on n'est pas jugé, où mon corps n'allait pas être jugé comme un objet sexuel", car "personne n'est là en train de détailler votre corps et surtout, il n'y a aucun assaut".

La pratique se répand en France

Sachez par ailleurs, qu’une autre tendance est à l’œuvre dans l’hexagone. Les pratiques naturistes prennent de l’ampleur. Ainsi en 2018, le nombre de naturistes a augmenté de 17%. En Europe, les Français sont d’ailleurs les premiers à s’y adonner. Et notre pays est la première destination touristique mondiale en la matière. Alors, allons-nous nous dénuder ? Rappelons surtout, qu’il existe mille et une manières de le faire. Par-delà même le fait d’ôter ses vêtements, il suffit parfois de se démaquiller, de retirer ses bijoux, d’écrire, de monter sur scène ou de chanter, pour se dénuder. Comme l’entonne Clara Luciani dans sa chanson Nue.

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Le Journal de la philo
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