et si la ville était plus accueillante que la campagne pour les animaux sauvages ? ©Getty - DamianKuzdak
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Résumé

Des animaux sauvages en liberté en pleine ville ? Ce fut l'une des surprises du confinement. Mais n'est-ce pas là une situation amenée à s'amplifier, s'interroge la philosophe Joëlle Zask dans son dernier ouvrage ?

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C’est bien ma veine ! Moi qui avais prévu de me démarquer de mes contemporains en passant des vacances écologiquement responsables, voilà que le coronavirus a tué dans l’œuf mes velléités de distinction. Cet été, les Français ont massivement délaissé l’avion et les destinations lointaines pour goûter aux joies de la campagne et du localisme, démonétisant par la même occasion les récits singuliers que je comptais tirer de mes congés pour alimenter cette chronique.

J’aurais mieux fait de rester en ville. D’autant que celle-ci aurait davantage répondu à mon appétit de vie sauvage, si j’en crois du moins le dernier livre, passionnant, de Joëlle Zask : ‘’Zoocities. Les animaux sauvages dans la ville’’, publié aux éditions Premier parallèle.

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Joëlle Zask est philosophe, nous lui avons décerné le prix Pétrarque en juin dernier pour son précédent ouvrage, ‘’Quand la forêt brûle’’, publié alors que la forêt amazonienne et une partie de l’Australie étaient ravagées par des incendies. Cette fois, c’est dans une autre actualité que s’inscrit son nouveau livre : celle du confinement, qui fit resurgir au printemps, dans des villes en partie désertées par les humains, des créatures qu’on croyait appartenir à un monde sans béton. Ici des canards, ailleurs un puma, une biche ou des renards : bestiaire improbable, dont la présence inattendue venait nous rappeler qu’en temps ordinaire, la vie sauvage ne s’accorde guère avec le rythme des citadins, et que pour que la première reprenne ses droits, il faut que les seconds s’effacent.

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Sauf que, nous dit Joëlle Zask, c’est un peu plus compliqué. Non seulement il y a toujours eu des animaux sauvages en ville - des rats, des pigeons, des fourmis- mais ils sont de plus en plus nombreux. On apprend ainsi qu’à Paris, plus de 1500 espèces ont été recensées, dont ‘’des mammifères, des reptiles, des crustacés et même des méduses dans la Seine’’. Pour nombre d’animaux, la ville est un sanctuaire.

C’est que celle-ci, loin d’être toujours hostile, peut se montrer généreuse pour nos amies les bêtes : ‘’abondance de nourriture et d’eau, températures plus clémentes, abris bien dissimulés, moins de prédateurs que dans les écosystèmes naturels’’. Mieux : en ville, il n’y a pas de chasseurs ! Les animaux y ‘’circulent bien plus librement que dans certaines zones agricoles ou campagnardes, où ils butent sur des clôtures électrifiées, des autoroutes infranchissables’’. Sans parler des pesticides. Résultat : par un curieux chassé-croisé, alors qu’homo-sapiens aspire à une vie plus champêtre, l’animal sauvage vient chercher refuge en milieu urbain.

Oui mais du coup, le reste-t-il, sauvage ? C’est une des questions intéressantes posées par cet essai. La présence d’animaux en ville vient heurter notre conception – fantasmée - de la nature et du monde animal, car ‘’une fois adapté à la vie urbaine’’ écrit Joëlle Zask_, ‘’l’animal que nous admirons dans l’exercice de son libre arbitre sylvestre tend à devenir à nos yeux un être dégénéré, qu’il nous arrive même de mépriser…L’urbanisation le pervertit_.’’ 

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Autrement dit, tant que l’animal reste à distance, dans son milieu supposément naturel, nous sommes prompts à nous émerveiller, à souligner sa noblesse. Mais qu’il vienne vivre parmi nous et le voilà destitué, transformé en nuisible. Au mieux, il nous dégoûte, au pire, il nous effraie.

Or il va bien falloir trouver un moyen de cohabiter, car cette proximité est appelée à durer. Plus la ville se déploie, plus elle a besoin de ressources pour le faire, plus elle va les puiser dans la nature, plus celle-ci se dégrade…et plus les animaux sauvages en sont réduits à venir tenter l’aventure en ville. Pour répondre à ce défi, Joëlle Zask défend l’idée, dans ‘’_Zoocitie_s’’, d’une cité multispéciste, capable de ménager la vie humaine aussi bien que la vie animale.

On serait tenté d’ajouter que ce qui vaut pour nos relations avec la vie sauvage vaut aussi pour la communauté des humains. Essayez de remplacer, dans ce texte, le mot ‘animal’ par celui d’’étranger’, vous verrez : le parallèle est troublant.

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Hervé Gardette
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