Aliments, Fourrage, Fibres : thème de la Journée mondiale 2020 de lutte contre la désertification
Aliments, Fourrage, Fibres : thème de la Journée mondiale 2020 de lutte contre la désertification ©Getty - Malte Mueller
Aliments, Fourrage, Fibres : thème de la Journée mondiale 2020 de lutte contre la désertification ©Getty - Malte Mueller
Aliments, Fourrage, Fibres : thème de la Journée mondiale 2020 de lutte contre la désertification ©Getty - Malte Mueller
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Ce 17 juin a lieu la Journée mondiale de lutte contre la désertification et la sécheresse, sous l'égide de l'ONU. L'occasion d'évoquer notre rapport à ce phénomène et aux déserts.

De mémoire, il s’appelait Paul. A l’entendre, il avait à peu près tout vu et tout connu, et passait son temps à expliquer à nos guides touaregs l’histoire de leur peuple. Un soir, lors d’un bivouac dans le désert mauritanien, Paul tomba en extase devant un bol de soupe, la quintessence selon lui de la culture culinaire locale. Manque de chance, c’était de la soupe en sachet, importée d’un pays asiatique. Monsieur ‘jesaistout’ en eut le bec cloué.

La fascination qu’exercent les déserts sur notre imaginaire (en particulier les déserts de sable) confine parfois à la condescendance. Le voyageur en quête de lui-même aura tendance à en faire le sanctuaire d’une prétendue authenticité, un lieu de répit et de repos qui ne tient pas toujours compte de ce que signifie vraiment vivre dans une zone désertique.

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La désertification, qui désigne le processus d’appauvrissement des terres et leur transformation en zones arides, a d’ailleurs été pensée, à l’origine, avec ce mélange de hauteur et de mépris pour les populations locales. Elle va même être un outil de la politique coloniale en Afrique du nord. C’est ce qu’on apprend dans le décidément indispensable ‘’Dictionnaire critique de l’anthropocène’’ (PUF).

Car ce sont les populations indigènes, et leurs pratiques agricoles pastorales, à base de déboisement ‘’par la hache et par le feu’’, qui sont rendues responsables du phénomène. La désertification apporte en quelque sorte la preuve de leur sous-développement, leur incapacité à valoriser des terres rendues inutiles. Les puissances occidentales sont là pour réparer les dégâts et promouvoir la reforestation, et l’idée de forêt primaire. ‘’Un vocabulaire de géographie physique, ensuite repris par l’écologie,…utilisé au service d’un projet à la fois colonial et européo-centré’’.

Comme l’indique encore Frédéric Alexandre, l’auteur de l’article du Dictionnaire, la lutte contre la désertification va prendre une autre dimension dans les années 70 avec la récurrence des épisodes de sécheresse au Sahel. ‘’Elle devient le principal problème écologique mondial’’. Ce ne sont alors plus les populations locales qui sont mises en cause mais les variables climatiques (qui n’enlèvent rien d’ailleurs aux causes anthropiques) : c’est ce qui va conduire l’ONU à en faire un de ses principaux objectifs lors du Sommet de la Terre à Rio de Janeiro, en 1992.

Cette année, le slogan de la Journée mondiale de lutte contre la désertification est le suivant ‘’Aliments. Fourrage. Fibres’’. Elle vise à sensibiliser le public contre la surconsommation de produits alimentaires et vestimentaires, laquelle entraine une surexploitation des terres déjà fragiles et leur dégradation ‘’à un rythme non viable’’.

’D’après le rapport spécial du GIEC ‘Changement climatique et terres émergées’ publié en août 2019, l’augmentation des zones désertifiées s’est établie autour de 9% entres les années 1980 et 2000. Ce qui semble indiquer que les déserts froids sont en voie de réduction tandis que la plupart des déserts chauds ont commencé leur processus d’extension’’. Ces précisions, on les doit au paléoclimatologue Gilles Ramstein, dans le dernier numéro de la revue de géographie Reliefs, justement consacrée aux déserts 

On y apprend que le plus grand désert au monde n’est pas de sable mais de glace : l’Antarctique, 14 millions de km2 ; que l’onymacris unguicularis, un scarabée endémique du désert du Namib, en Namibie, se sert tous les matins de ses pattes arrière pour faire le poirier et recueillir quelques gouttelettes de rosée qui vont l’aider à tenir la journée ; que le plus ancien récit d’expédition dans le désert remonte à Hérodote, dans l’Antiquité.

Et on peut aussi y lire cette interrogation sur l’origine des paysages du Sahara consignée par l’exploratrice Isabelle Eberhardt, dans un de ses carnets de voyage, au tournant du 20e siècle : ‘’pays d’illusions, de reflets, de visions et de fantômes, pays d’irréel et de mystère, souvenir encore intacts des origines océaniques de la planète, ou plaies de lente désintégration, lèpres, gangrènes prématurées éclatant déjà à la face de la Terre…Qui sait ?’’

L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
David Jacubowiez
Réalisation