mais où est passé mon vélo ?
mais où est passé mon vélo ?
mais où est passé mon vélo ? ©Getty - Warut Chinsai / EyeEm
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Résumé

Elisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire, veut profiter des circonstances pour ''installer une culture du vélo en France''.

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Vous vous souvenez du sketch de Pierre Desproges dans lequel il raconte sa haine des cintres ? Des cintres tels des ‘’vampires’’, ‘’accrochés à leur tringle dans la pénombre hostile’’, et qui refusent obstinément de lâcher leurs proies. ‘’Le cintre est un loup pour l’homme’’ dit Desproges. Je serais tenté d’ajouter que c’est aussi, parfois, le cas du vélo.

Il faut habiter en immeuble pour avoir déjà vécu l’expérience traumatisante qui consiste à récupérer le sien dans le local qui lui est dédié. Quelle que soit la configuration des lieux, il y a une loi d’airain qui veut que le local à vélos est toujours trop petit. Y retrouver sa bicyclette, l’extirper du fatras sans attraper le tétanos relève de l’exploit…qu’il faudra renouveler au moment du retour.

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Mobilité douce mais dur redémarrage  

A condition que le départ ait eu lieu, ce qui suppose d’avoir échappé à cette autre malédiction qui veut qu’un vélo immobile n’est pas épargné par les crevaisons. Une fois rendu à l’air libre, vous allez devoir affronter les incivilités des automobilistes, l’agressivité des piétons, et le sens si particulier qu’ont les autres cyclistes du code de la route. Raison pour laquelle la notion de ‘mobilité douce’ associée –entre autres- à cette pratique me parait pour le moins inadéquate.

La ‘mobilité douce’ appartient à la novlangue du développement durable. Le ‘’Dictionnaire critique de l’Anthropocène’’, à paraitre début juin aux éditions du CNRS, lui consacre une de ses entrées. Comme le relève l’auteur de l’article, Matthieu Adam, le recours à ce vocabulaire aseptisé contribue à dépolitiser le sujet, à en faire un objet consensuel : ‘’pourtant, les intérêts, capacités et possibilités d’un individu à privilégier la marche, le vélo ou la trottinette varient selon son genre, son âge, son état de santé, ses capitaux économiques, culturels et sociaux et les territoires et les lieux habités’’.

La "culture du vélo" face à son chemin de croix 

Peut-être avez-vous, comme moi, songé à vous acheter un vélo à assistance électrique, de façon à échapper à la promiscuité dans les transports en commun tout en conservant les bienfaits de votre douche matinale. Vous ne trouverez pas grand-chose, de neuf et de fiable, à moins de 800 euros. Certes, les collectivités locales mettent la main à la poche, jusqu’à 500 euros en Ile de France, ce n’est pas rien, mais ce n’est quand même pas donné.

Bien sûr, on peut s’équiper pour beaucoup moins cher, sans passer par l’électrique, et en ayant recours au marché de l’occasion. Mais cela ne suffit pas à lever tous les obstacles à une véritable démocratisation du vélo : ‘’faute d’aménagements et en raison de leurs situations géographiques, les quartiers populaires sont souvent peu cyclables et mal reliés au lieu de travail’’. Il sera intéressant à ce sujet de voir si l’urbanisme tactique, déjà évoqué dans cette chronique, profite aussi aux habitants des banlieues.

Élément de distinction sociale (tout autant que de distanciation), la bicyclette peut aussi, dans certains cas, être un objet de discrimination pour celui qui le possède, ce qui est paradoxal mais pas contradictoire. Ainsi, comme le note encore le ‘’Dictionnaire critique de l’Anthropocène’’, ‘’en Chine, où le vélo est resté le mode de déplacement le plus répandu jusqu’à la fin des années 70, il est encore le ‘véhicule du pauvre’’’ tandis que la voiture ‘’demeure synonyme de réussite’’.

Invitée hier sur France Info, Elisabeth Borne, la ministre de la Transition écologique et solidaire, veut profiter des circonstances liées à l’épidémie pour ‘’installer une culture du vélo en France’’. On ne peut que souscrire à une telle ambition. Mais les conditions sont encore loin d’être toutes réunies : la ‘culture du vélo’ est un parcours d’obstacles.

par Hervé Gardette 

À réécouter : La crise sanitaire va-t-elle développer l’usage du vélo ?

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L'équipe

Hervé Gardette
Hervé Gardette
Hervé Gardette
Production
David Jacubowiez
Réalisation