voilà ce qu'il reste de l'Elysée depuis la victoire des collapsologues à la présidentielle de 2022
voilà ce qu'il reste de l'Elysée depuis la victoire des collapsologues à la présidentielle de 2022
voilà ce qu'il reste de l'Elysée depuis la victoire des collapsologues à la présidentielle de 2022 ©Getty -  Luis Diaz Devesa
voilà ce qu'il reste de l'Elysée depuis la victoire des collapsologues à la présidentielle de 2022 ©Getty - Luis Diaz Devesa
voilà ce qu'il reste de l'Elysée depuis la victoire des collapsologues à la présidentielle de 2022 ©Getty - Luis Diaz Devesa
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Résumé

La France est-elle la patrie de la collapsologie ? C'est que laisse entendre une étude publié par l'IFOP et la Fondation Jean Jaurès.

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Nous sommes en février 2022. Bientôt la présidentielle. A la surprise générale, la gauche n’a pas réussi à surmonter ses divisions. L’épidémie de candidatures, pire qu’en 2002, lui enlève toute chance de figurer au second tour. La droite, d’où qu’elle vienne, ne va pas mieux : les affaires judiciaires la privent de compétition. C’est un boulevard pour Emmanuel Macron.

Mais voici qu’apparaît celui que personne, pas même Alain Duhamel, n’avait vu venir : Pablo Servigne est candidat. Le théoricien de l’effondrement n’a aucun mal à obtenir les parrainages d’élus, les sondages lui promettent un score à deux chiffres, plus les semaines passent, plus les instituts révisent leurs prévisions à la hausse, les éditorialistes paniquent : la France va-t-elle élire le premier président collapsologue ?

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Et pourquoi pas ? Pourquoi ne le ferait-elle pas, puisqu’une large majorité de Français considère que ‘’la civilisation telle que nous la connaissons va s’effondrer dans les années à venir’’ ? C’est le résultat surprenant d’une enquête d’opinions, publiée hier par l’institut IFOP et la Fondation Jean Jaurès, où il apparait que deux personnes sur trois parmi celles interrogées sont d’accord avec cette idée que ‘’la civilisation telle que nous la connaissons va s’effondrer dans les années à venir’’ (je répète la phrase, c’est ainsi qu’elle a été soumise à l’échantillon).

Et on peut tirer de ces résultats quelques enseignements.

D’abord, sur l’incroyable propagation de cette théorie de l’effondrement, au point qu’un institut de sondages et un think tank, tout ce qu’il y a de plus sérieux, en fasse un objet d’études. Qui aurait cru que la collapsologie deviendrait une catégorie dans les grilles d’analyse des opinions politiques ?

Alors certes, les auteurs de l’enquête précisent que le terme ‘’collapsologie’’ (qui manque encore de notoriété) n’a pas été employé, histoire d’obtenir un taux maximum de réponses. Mais cette idée d’un probable (et non pas seulement possible) effondrement de la société résonne directement avec les thèses développés par Pablo Servigne (ou encore Yves Cochet), d’autant que la première cause identifiée par les sondés est bien liée au réchauffement climatique et à l’épuisement des ressources.

On peut voir dans les résultats de cette enquête, non pas une victoire de la collapsologie, mais le triomphe du déclinisme, un indice supplémentaire de la pente glissante sur laquelle se trouve le pays. D’autant qu’un tiers des personnes interrogées considère que l’effondrement ne sera pas soudain mais se manifestera par ‘’une dégradation progressive des conditions de vie actuelles’’. Bref, il s’agirait d’une forme de neurasthénie, adossée à l’idée que la France n’est plus ce qu’elle était et ne sera plus jamais ce qu’elle fut.

Mais on peut tout autant (c’est le charme des théories) avancer l’hypothèse inverse. Et si, plutôt que de caractériser un état dépressif profond, cette conviction d’un effondrement inéluctable témoignait, si ce n’est d’un regain d’optimisme, du moins d’une capacité nouvelle à se projeter dans l’avenir : la collapsologie comme horizon politique, comme nouvelle utopie ?

L’enquête de la Fondation Jean Jaurès permet de défendre cette lecture. On peut  y lire que ‘’’l’adhésion au scénario d’un effondrement de la civilisation est nettement plus prégnant parmi les électorats des formations radicales ou contestataires, de droite comme de gauche’’. ‘’76 % des Insoumis, 74% des sympathisants du RN mais également 71% de ceux des Républicains font ce diagnostic, qui est également partagé par 61% des sympathisants socialistes’’. Il n’y a que chez les sympathisants LREM que ce diagnostic ne franchit pas la barre des 50%.

Bref, l’adhésion à la théorie de l’effondrement est d’autant plus forte que vous aspirez à changer de système, la crise climatique servant d’élément déclencheur. De là imaginer une alliance rouge-brun-rose-bleu à la prochaine présidentielle, c’est sans doute un rien prématuré. Pablo Servigne ne sera pas candidat à la présidentielle en 2022. Par conséquent, il ne sera pas non plus Président. Mais – pure hypothèse – si jamais cela devait arriver, souvenez-vous : c’est moi qui l’avais dit en premier.

par Hervé Gardette

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L'équipe

Hervé Gardette
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Hervé Gardette
Production
David Jacubowiez
Réalisation