Marché carbone en Chine
Marché carbone en Chine ©Getty - szjphoto
Marché carbone en Chine ©Getty - szjphoto
Marché carbone en Chine ©Getty - szjphoto
Publicité

Cet été, la Chine a inauguré le plus grand marché du carbone mondial. Le but affiché ? Réduire drastiquement les émissions polluantes du pays.

Il est parfois des transitions majeures qui passent… "pratiquement" inaperçues. Des transitions qui charrient pourtant - théoriquement - de puissantes promesses de transformation comme l’inauguration par la Chine, cet été, du plus grand marché du carbone au monde.

Son but affiché est de réduire drastiquement les émissions polluantes du pays et l’enjeu est de taille car la Chine est le premier pollueur de la planète et parce que le nouveau dispositif lancé par Beijing devrait concerner un septième des émissions mondiales de carbones causées par la combustion d’énergies fossiles.

Publicité

Concrètement ce nouveau marché donne à l’ensemble des autorités provinciales du pays la possibilité de fixer des quotas d’émission de gaz à effet de serre pour les centrales thermiques. Pour dépasser ces quotas et polluer plus, les entreprises devront faire l’acquisition de droits à polluer auprès de celles qui polluent moins. Oui, "des droits à polluer" à l’instar de véritables titres financiers.

Mais si ce marché est une initiative inédite, il n’est pas tout à fait nouveau en Chine, comme l’explique Jean-François Huchet, économiste spécialiste de l’Économie chinoise, directeur de l’INALCO, et auteur de La crise environnementale en Chine, (2016) aux presses de Sciences Po.

À la fin de l’année 2020, Xi Jinping avait annoncé vouloir atteindre la neutralité carbone en 2060. Lors de son lancement le 16 juillet dernier, le nouveau marché du carbone est apparu comme l’illustration du volontarisme chinois en matière environnementale contre le prétendu conservatisme des provinces et des entreprises qui ont longtemps redouté l’impact négatif de ce nouveau dispositif sur la croissance et la stabilité sociale.

À ce stade, cependant, l’impact réel de ce nouveau marché du carbone est à relativiser. D’abord, parce que le prix fixé pour le carbone est bas. Lors de la première transaction, ce prix a été établi à 6,80 dollars la tonne contre 17 dollars aux États-Unis et 36 dollars au sein de l’Union européenne. À relativiser, aussi, car son champ d’intervention demeure restreint. Pour l’heure, il ne concerne "que" 2.162 producteurs chinois d’électricité. Mais n’inclût pas le secteur de l’aviation et de la pétrochimie, comme annoncé.

Pour Jean-François Huchet, il faudra donc que le prix du carbone augmente, pour accélérer la transformation du modèle chinois et que d’autres secteurs - plus de secteurs - soient concernés. Une promesse d’ores et déjà énoncée par les dirigeants du régime qui jurent que "10 000 entreprises émettrices", entreront bientôt dans le giron du marché. Il faudra donc suivre de près l’actualité de ce marché, dont l’objectif est clair : aider la Chine à gagner la course internationale à la Transition.

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production