This photograph taken on May 28, 2021 shows the new TotalEnergies logo during its unveiling ceremony, at La Defense on the outskirts of Paris.
This photograph taken on May 28, 2021 shows the new TotalEnergies logo during its unveiling ceremony, at La Defense on the outskirts of Paris. ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
This photograph taken on May 28, 2021 shows the new TotalEnergies logo during its unveiling ceremony, at La Defense on the outskirts of Paris. ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
This photograph taken on May 28, 2021 shows the new TotalEnergies logo during its unveiling ceremony, at La Defense on the outskirts of Paris. ©AFP - Christophe ARCHAMBAULT
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Pour compenser en arbres le carbone qu’elle émet, la société TotalEnergies aurait besoin selon Oxfam d’une superficie équivalente à celle du Rwanda d’ici à 2050.

Vous connaissez, nous connaissons tous ces programmes. Depuis une poignée d’années, ils sont portés hauts par les Etats et les très grandes entreprises. Comme étendards de leur volontarisme, leur détermination, dans la lutte contre le réchauffement climatique. Présentement, plus de 120 pays à travers le monde se sont ainsi engagés à atteindre l’objectif "zéro émission nette" à l’horizon 2050. Les États-Unis, la Chine ; certains pays de l’Union européenne, dont la France, par exemple.

Un objectif réalisable ? 

Dans le même temps, un cinquième des 2 000 plus grandes sociétés cotées en bourse dans le monde se sont également fixé des objectifs "zéro émission nette". Ainsi British Airways, Mars, Unilever, Citigroup, BlackRock, Shell et BP. Alors bien sûr, sur le papier… chapeau bas. Car les ambitions affichées sont méritoires, positives, elles vont plutôt dans le bon sens, etc., etc., on connait la musique et la suite.

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Il y a quelques semaines, cependant, la branche britannique d’Oxfam a publié un rapport sur l’arrière-boutique et la réalité concrète, effective, de ces programmes, en analysant notamment leur impact sur la planète, sur l’équité foncière et alimentaire des populations à travers le monde, traduit en français, il s’intitule Pas si net. Elise Naccarato, responsable de campagne climat pour Oxfam France, nous décrypte la phase moins verte, plus sombre, de ces programmes.

Dans la droite ligne du rapport d’Oxfam, formulons quatre limites – c’est un euphémisme – que les programmes zéro émission nette portent en eux-mêmes. Premier problème : "net". Car ce terme soulève déjà une question lourde. Et effectivement : entre "zéro émission" et "zéro émission nette", le gouffre est abyssal. Le premier signifie que l’on ne pollue plus, du tout. Le second que l’on compense. Pour simplifier : dans la seconde option, polluons autant qu’on veut tant qu’on plante des arbres. Ou son équivalent : fumons tant qu’on veut tant qu’on mange des pommes.

Problème numéro deux : ces programmes semblent totalement irréalistes. Un seul exemple : pour compenser en arbres le carbone qu’elle émet, la société TotalEnergies aurait besoin selon Oxfam d’une superficie équivalente à celle du Rwanda d’ici à 2050.

Troisième problème : la compensation par la plantation massive d’arbres mettrait en danger la sécurité foncière alimentaire de millions de personnes. Selon Oxfam toujours, "en Inde, des terres traditionnelles ont été réquisitionnées aux fins de boisement et les communautés qui exploitaient légalement ces terres ont été expulsées de force et laissées sans abri." Et selon le GIEC, le boisement à grande échelle est susceptible d’entraîner une hausse du prix des denrées alimentaires d’environ 80 % d’ici 2050.

On s’en doute ; ces programmes zéro émission nette sont l’arbre qui cache la forêt.  Plus largement, ils révèlent le trouble, le frein premier et politique de la transition écologique. Les pouvoirs, les institutions, les acteurs mondiaux rechignent à prendre tout à fait leur part. La communication paravent plutôt que l’action véritable. Cela au moins a le mérite d’être net. 

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Anna Pheulpin
Collaboration