Pourquoi le MI6 se met à l’espionnage climatique ?

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MI6 ©AFP - Andrew Milligan
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Les services de sa Majesté ont révélé il y a quelques mois, qu’une mission supplémentaire leur avait été dévolue : l’espionnage climatique.

"Nous allons soutenir la cause la plus importante, et pour notre pays et pour la planète." Mais qu’est-ce que Richard Moor, patron du MI6 - les services de renseignements extérieurs britanniques - pouvait bien alors évoquer ? Le terrorisme ? La cyberguerre ? Un belligérant lointain, puissant ou menaçant ? Eh bien non. Le principal sujet à l’ordre du jour : le réchauffement climatique.

En effet, alors que la COP26 débutera à Glasgow dans deux semaines, les services de sa Majesté ont révélé il y a quelques mois, qu’une mission supplémentaire leur avait été dévolue. L’espionnage climatique. Le but ? Vérifier que les plus gros pollueurs du monde, notamment la Chine, l’Inde, la Russie et le Brésil, tiennent effectivement leurs engagements climatiques et ne trafiquent pas leurs résultats. Lors d’une interview radiophonique, Richard Moore, anciennement connu sous le matricule "agent C", a ainsi ajouté que "lorsque les gens prennent des engagements en matière de changement climatique, c'est peut-être à nous (les services secrets) de nous assurer que ce qu'ils font réellement correspond à ce qu'ils ont signé." Dans le studio, l’interviewer s’est paré de son plus beau sourire malicieux pour poser la question des méthodes. Et demander au patron de l’agence de renseignements si ses "agents seraient postés dans des champs à côté des usines, afin de mesurer leurs émissions ?" Si le chef des services est demeuré évasif, le rédacteur en chef du magazine scientifique EPSILON, Vincent Nouyrigat, auteur d’un article fouillé, passionnant, sur le sujet de l’espionnage climatique, nous explique que les services de renseignements gouvernementaux s’appuient en fait sur la technologie spatiale.

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Pour de nombreux services de renseignements autour de la planète, la nature est depuis longtemps un objet de surveillance et d’intérêt. En effet, on sait que la fonte des glaces, la montée des eaux, les méga feux, les tornades, les sécheresses, peuvent entraîner des déséquilibres géostratégiques majeurs. Et que les grandes puissances du monde, et notamment l’armée française, suivent de très près ces phénomènes. Par le passé, le défi du climat a même incité des services ennemis à se rapprocher. Ainsi un documentaire intitulé « Espions pour la planète », diffusé par Arte depuis 2016, raconte comment, à l’aube de la détente, en 1992, le jeune sénateur Al Gore a fait pression pour permettre aux services russes et américains de lancer un programme conjoint - du nom de Médéa - en vue d’analyser ensemble des données recueillies par satellites dans les zones arctiques. Dont les Américains pressentaient, déjà, qu’elles souffraient du réchauffement climatique. Cette mission a permis de réaliser des progrès immenses, suspendus par l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine et de George W. Bush. Alors aujourd’hui, ces techniques d’espionnage n’intéressent pas uniquement les gouvernements. Loin de là. Investisseurs, grandes entreprises, associations, scientifiques… Tous ont intérêt et veulent savoir si les engagements climatiques de leurs partenaires, de leurs cibles, de leurs homologues sont respectés. VINCENT NOUYRIGAT nous explique en quoi l’espionnage vert est devenu, pour une large somme d’acteurs, un véritable levier d’action.

Bien sûr, les révélations du MI6 sur ses activités nouvelles et écologiques ne surviennent pas par hasard. Dans deux semaines environ, la COP 26 se tiendra à Glasgow, en Ecosse. Mais la Chine, l’Inde, la Russie émettent encore des doutes quant à leur venue potentielle. Et quant à leur participation aux négociations multilatérales. Conduisant la reine Elizabeth II à sortir de sa légendaire réserve. En lançant, alors que son micro était resté allumé : « Extraordinaire, n’est-ce pas ? J’ai entendu parler de la COP... » « Nous ne connaissons que les personnes qui ne viennent pas… » Cela dit, sa Majesté a raison de s’agacer. Car contrairement à ce que Nancy SINATRA chante en ouverture d’un opus de James BOND sorti en 1967. On ne vit pas deux fois. A l’instar de la terre. Pour qui la première sera sûrement la dernière.

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