Pôle Emploi ©AFP - DENIS CHARLET
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Résumé

Les agences de Pôle Emploi en Île-de-France ont mis en place un "plan d'action sécurité". Pourquoi ?

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Le jeudi 30 septembre 2021 - soit 24 heures avant l’entrée en vigueur de la réforme de l’Assurance chômage - a été révélée l'information selon laquelle les agences de Pôle Emploi en Île-de-France ont mis en place un "plan d'action sécurité". Le but ? Éviter de possibles agressions de leurs agents. Comment ? D’abord, par la généralisation des caméras de surveillance. Ensuite, par la commande de 695 bracelets d'alerte et d’une centaine de boîtiers dotés d'une sirène et d'un flash pour permettre aux agents de signaler une agression qui les viserait. Ces kits sont destinés en priorité à la Seine-Saint-Denis, puis à Paris. Alors, selon Elisabeth Borne, la ministre du Travail, ce plan sécurité n’a rien à voir avec la très controversée réforme de l’Assurance chômage parlant même d’amalgame scandaleux. Il faut dire que la question de la sécurité des agences de Pôle emploi est un sujet récurrent, en particulier depuis le meurtre par balles, le 28 janvier dernier, d’une conseillère qui travaillait dans une antenne de Valence, dans la Drôme. Jean-Marie Pillon, sociologue à l’Université Paris Dauphine, a travaillé sur de nombreuses questions et terrains liés à Pôle Emploi, il nous explique que la sécurisation des agences est une transition de fond.

Au fond, la tendance structurelle qui vise à renforcer les dispositifs de sécurité des agences n’est ni infondée, ni indépendante des réformes du marché du travail mises en œuvre ces dernières années. Elle n’est pas infondée, car les tensions se multiplient. D’ailleurs, les syndicats de Pôle Emploi sonnent régulièrement l’alerte sur le climat anxiogène qui règne au sein des agences. Mais elle n’est pas non plus indépendante des politiques du marché de l’emploi, qui ne cessent de durcir l’accès aux droits ou de diminuer le montant et la durée des allocations chômage. Jean-Marie Pillon nous explique justement comment les tensions naissent au sein des agences.

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Dans ce domaine-ci, précis, et indépendamment de tout jugement porté sur ses motifs et ses effets macroéconomiques, il est clair que la dernière réforme de l’Assurance chômage ne devrait pas arranger les choses. Loin de là, puisque plus d’1 million de chômeurs devraient voir leur allocation mensuelle diminuer prochainement. Face à cela, les agents de Pôle Emploi sont eux aussi en première ligne. Jean-Marie Pillon nous décrit l’étau dans lequel ils sont pris ; entre l’insécurité qui effraie et l’empathie, la solidarité, qui affleurent. 

Encore une fois : indépendamment du fond et de la nécessité, ou pas, des réformes engagées sur le marché du travail depuis des années, il est inquiétant que la réponse à l’anxiété, l’incompréhension, la défiance croissante envers l’État et les personnes chargées d’incarner et de défendre sa politique sociale, prennent la forme de dispositifs sécuritaires. Car au guichet et sur le terrain, là où les réformes prennent vie, une chose est certaine ; il n’y aura et il n’y a déjà que des perdants. 

Références

L'équipe

Quentin Lafay
Production
Anna Pheulpin
Collaboration