Des bénévoles de l'association "La Tente des Glâneurs".
Des bénévoles de l'association "La Tente des Glâneurs". ©AFP - PHILIPPE HUGUEN
Des bénévoles de l'association "La Tente des Glâneurs". ©AFP - PHILIPPE HUGUEN
Des bénévoles de l'association "La Tente des Glâneurs". ©AFP - PHILIPPE HUGUEN
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Dès les années 1970, les spécialistes, les chercheurs, ont annoncé la fin des marchés. Pourtant, malgré un déclin indubitable, ils survivent. Comment l'expliquer ?

On les appelle les marchés de plein vent, mais c’est un abus de langage. Beaucoup prennent place dans des halles et des lieux couverts. On les nomme aussi marchés forains, pour raconter qu’ils viennent de l’extérieur, de l’au-delà des bourgs et des villages. Toutefois, le cœur de leur transition ce matin ne sera pas sémantique. Ouvrons le premier chapitre, triste chapitre, celui du déclin. Dès les années 1970, les spécialistes, les chercheurs, ont annoncé la fin des marchés. De ces marchés alimentaires qui s’implantent chaque vendredi, chaque samedi, dans les villes et les villages de France.

La fin des marchés ? 

Comment pourraient-ils résister à la modernisation agricole ? Alors que leur rôle était capital dans l’approvisionnement alimentaire des ménages jusque dans les années 1950-1960 comment pourraient-ils faire face à l’implantation par milliers des grandes surfaces, des petites supérettes, des commerces de détail ? L’obsolescence des marchés semblait programmée. En réalité, elle était très largement engagée. Mais pas dans l’ensemble des territoires, comme nous l’explique Pascale Hebel, directrice du pôle Consommation et entreprise du CREDOC : le Centre de recherche pour l'étude et l'observation des conditions de vie.

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Aujourd’hui, environ 8 000 marchés qui se tiendraient dans 6 000 communes. Ainsi, alors qu’une bonne part des communes françaises organisaient leur marché à l’aube du siècle dernier, c’est le cas de seulement 17 % d’entre elles, désormais. Un chiffre à mettre en miroir des 13 000 grandes surfaces, des 8 000 supérettes et des 20 000 épiceries qui parsèment notre territoire. Pourtant, le marché survit, et en particulier dans les grandes villes. Pourquoi ?

Le marché : lieu de vie et de rayonnement 

D’abord, parce qu’ils représentent dans l’imaginaire urbain un lien fort avec le monde agricole. Et donc avec la qualité des produits, le goût du local, l’exigence éthique, qui résonnent avec les aspirations contemporaines. Ensuite, parce qu’ils sont des lieux de socialisation, des lieux de flânerie et de rencontres, des moments sanctuarisés, instants où l’on "va faire son marché", pour faire ses courses et se mêler aux autres. Dans le même temps, parce que les marchés restent des endroits de transmission, forts, de plats et de traditions multiculturels. Enfin, parce que les élus ont compris qu’un marché attractif, c’est-à-dire un marché qui compte des clients nombreux et des producteurs qui viennent de loin, aidait leur ville à rayonner. Toutefois, malgré cette utilité sociale, le déclin est structurel, et il est accéléré par la pandémie. Alors que les crises, comme l’explique Pascale Hebel, ont longtemps été, paradoxalement, des moments de rebond pour les marchés. 

Et si l’on a beaucoup parlé des clients, ce long déclin est surtout assumé par les producteurs, les travailleurs. Selon les profils et les corporations, tous ne sont pas logés à la même enseigne.

Les marchés sont sans doute la forme la plus ancienne de commerce. Une forme qui a résisté aux soubresauts de l’Histoire. Une forme qui n’a cessé de se moderniser, face à la transformation des moyens de locomotion, la nécessaire gestion du froid, la conservation des aliments, les exigences des consommateurs. Une forme où la vie fourmille, où la rencontre se passe entre les territoires, et que les politiques publiques, locales, devraient sauver et continuer de soutenir, coûte que coûte.

L'équipe

Quentin Lafay
Quentin Lafay
Quentin Lafay
Production
Anna Pheulpin
Collaboration