Un robot lors d'un combat organisé à Moscou en février 2016 ©AFP - Nikita Shvetsov / ANADOLU AGENCY
Un robot lors d'un combat organisé à Moscou en février 2016 ©AFP - Nikita Shvetsov / ANADOLU AGENCY
Un robot lors d'un combat organisé à Moscou en février 2016 ©AFP - Nikita Shvetsov / ANADOLU AGENCY
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Résumé

Faut-il interdire le combat de robots ? C'est une des questions que l'on se pose, si on envisage un peu différemment notre rapport au machine.

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A la lecture de ""Révolutions animales" - qui vient de paraître aux éditions des liens qui libèrent - je n’ai cessé au fil des pages de penser à la question de notre rapport avec les machines. Je sais qu’à première vue, ça peut sembler étonnant de comparer notre rapport à des êtres vivants, à notre rapport avec des machines - qui ont été fabriquées par nous. Mais je ne pense pas que ce soit complètement absurde, et pour plusieurs raisons.

D’abord, il me semble que c’est l’histoire de l’éthologie qui nous invite à établir ce rapport. On connaît l’apport essentiel des primatologues japonais qui, au début des années 1960 ont été les premiers à parler de culture animale quand ils ont observé des phénomènes d’invention et de transmission de ces inventions chez les macaques. On sait que ce n’est pas un hasard que ce soient des Japonais qui aient osé cette audace intellectuelle. Cela a à voir avec leur rapport à la nature, qui fait de l’homme un élément parmi d’autres des êtres vivants, sans caractère spécifique qui le distingue ontologiquement des autres vivants. C’est grâce à ce regard qu’ils ont pu voir chez les grands signes des comportements qu’on ne pouvait pas voir si ‘on considérait que la culture était le propre de l’homme. Or, on le sait, les Japonais ont un statut à part dans la robotique. Si du point de vue technique, la robotique japonaise n’est pas forcément plus avancée que les autres, elle se distingue par son intérêt pour les robots androïdes, les robots qui ressemblent de plus près à des hommes. Ce qui provoque partout ailleurs un grand trouble pose moins de question au Japon. Or, quand on essaie de comprendre pourquoi - et c’est ce que nous explique un passionnant ouvrage qui vient de sortir aux Belles Lettres “L’Age d’or de la robotique japonaise” - on s’aperçoit que c’est ce même rapport culturel à la nature et à l’environnement qui est essentiel : qu’un être artificiel puisse ressemble à un être humain, qu’on puisse épouser une poupée ou pleurer la mort d’un robot ne trouble pas les Japonais puisque nous appartenons à un ensemble commun.

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La question n’est donc pas de savoir si le robot pense ou ne pense pas, sent ou ne sent pas. Il est là, nous cohabitons, au plus près, sans pour autant qu’il nous menace dans une spécificité humaine qui n’est plus la question obsédante. Mais du coup, cela pose une question tout à fait passionnante : comment nous comporter avec eux.

Un cas est à mon sens emblématique. Le combat de robots.

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Faire combattre des robots est devenu une activité commune dans les écoles d’ingénieurs du monde entier, et même un spectacle télévisé aux Etats-Unis ou en Russie : s’affrontent dans une arène remplie de pièges des robots fabriqués pour ça, plus terrifiants les uns que les autres (certains sont dotés de perceuses qui traversent leurs adversaires, d’autres des rasoirs qui pénètrent leurs congénères et les découpent, il y a même des robots stars...). Tout ça devant un public qui crie et saute de joie quand un robot est réduit en miette. De très rares personnes, comme le chercheur en informatique Jean-Gabriel Ganascia, se sont émus de cette pratique et appellent même à son interdiction. Mais ce qui est intéressant, c’est qu’on ne peut pas utiliser les mêmes arguments que pour l’interdiction des combats de coq ou de la corrida. On ne peut pas postuler que les robots sont des individus, qu’ils ressentent quelque chose, - et même à imaginer des progrès gigantesques dans l’intelligence artificielle - ce sera toujours une question de savoir de quel droit il faut doter des machines que nous fabriquons. En revanche, on peut interroger notre propre cruauté, redoublée dans le combat de robots puisqu’il ne s’agit plus de profiter des qualités d’êtres de la nature - comme dans le cas du taureau - mais de créer des objets dans le seul but qu’ils se détruisent les uns les autres. On peut s’interroger donc, ou attendre qu’il se passe quelque chose, comme il y a deux ans, quand pendant un combat de robots organisé par une école d’ingénieurs de Mumbaï, un morceau de robot violemment éjecté par son adversaire robot a blessé grièvement un jeune spectateur. Il est difficile de ne pas voir là un signe, non ?