Affiche datant de la Guerre Froide
Affiche datant de la Guerre Froide
Affiche datant de la Guerre Froide ©AFP - Leemage
Affiche datant de la Guerre Froide ©AFP - Leemage
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Résumé

Si des sources au sein des service de renseignement américains reconnaissaient préparer une cyberattaque d'envergure contre la Russie, le statut de cette offensive reste très problématique.

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La chaîne de télévision NBC qui l’a révélé vendredi. Selon plusieurs sources provenant des renseignements américains, l’administration Obama préparerait une cyberattaque de taille contre la Russie, en représailles de la supposée interférence russe dans l’élection américaine (je vous rappelle par exemple la fuite, via Wikileaks, de mails piratés sur les serveurs du Parti Démocrate, dont nous avons déjà parlé ici).

Selon ces sources, la Maison Blanche aurait demandé à la CIA de proposer des hypothèses pour une cyber attaque clandestine et massive, qui pourrait perturber le Kremlin. On n’a pas plus de détails sur la nature des opérations, mais il semblerait que des portes aient déjà été ouvertes, que des cibles aient été identifiées et qu’on aurait déjà mis la main sur des documents révélant les manières de faire de Vladimir Poutine (une source a parlé de documents montrant la fuite de capitaux hors de Russie organisée par Poutine et les oligarques qui lui sont proches)...

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Cela pose plusieurs questions.

Pourquoi une telle fuite ? On peut imaginer plusieurs hypothèses. Soit cette annonce sert de menace et permet à l’administration Obama de dire qu’elle est prête à frapper, même si elle espère ne pas devoir le faire. Soit des gens au sein de l’administration Obama - ou des services de renseignement - n’ont pas envie que cette offensive ait lieu et l’empêche en l’annonçant. Puisque si une telle attaque avait lieu, après avoir été annoncée, ce serait un acte de guerre caractérisé. Ce qui nous amène à une deuxième question.

Pourquoi de telles attaques n’ont-elles pas déjà eu lieu ? Sans doute les Américains ont-ils déjà tenté des choses contre les Russes (ils l’ont déjà fait contre l’Iran avec l’aide des Israéliens, en inoculant un cybervirus dans les centrales nucléaires iraniennes), ils doivent sans doute surveiller les réseaux russes comme ils surveillent les réseaux du monde entier (même si c’est sans doute plus compliqué les Russes ayant un Internet plus fermé que le nôtre). Mais officiellement, les Etats-Unis n’ont jamais cyberattaqué les Russes. Or, si elle devait avoir lieu, la cyberattaque dont nous parlons serait quasi officielle. Et, les Américains rechignent à officialiser la cyberguerre. On sait que deux fois au moins - lors de l’intervention en Libye, et plus tard en Syrie - l’hypothèse de cyber-frappes avait été envisagée comme compléments aux opérations militaires classiques. Or les deux fois, cette hypothèse avait été rejetée, tant pour des raisons opérationnelles (ce type d’attaques prennent beaucoup de temps et nécessitent une longue préparation, contrairement à ce qu’on pourrait croire), que pour des raisons plus géo-stratégiques : les Américains ne voulaient pas être les premiers à déclarer une cyberguerre. Et ces raisons sont celles qu’on sent poindre à nouveau quand est évoquée la possibilité de cette nouvelle cyberattaque. Une attaque américaine contre les réseaux russes ouvrirait une boîte de Pandore à la fois technique et juridique, dont on ne sait pas très bien quelles conséquences elle pourrait avoir. Comme le dit un officier de la CIA à NBC : “On a les moyens de mettre le foutoir dans leurs réseaux, mais il faut s’attendre à ce qu'ils aient les moyens de faire bien pire”.

Tout cela en dit autant sur l’état de tension des rapports entre la Russie et les Etats-Unis que sur le statut étrange de ce qui se passe dans les réseaux. Qu’une cyberguerre froide se déroule sur Internet, oui, sans doute. Mais si tout le monde a l’air bien content de pouvoir surveiller à son gré, voire de lancer quelques opérations de piratage en loucedé, personne ne semble prêt à faire sortir cette nouvelle guerre de la clandestinité. Pas plus les Russes, qui nient systématiquement toutes les attaques qu’on leur prête, que les Américains donc. D’où des déclarations assez étranges. Interrogé hier soir par la télévision américaine, le vice-président Joe Biden a confirmé que les Etats-Unis étaient prêts à envoyer un message à Poutine, et qu’ils le feraient au moment opportun, avec la force nécessaire. Quand le journaliste lui a demandé si les Américains sauront que le message a été envoyé, il a eu cette réponse très étrange : “J’espère pas”.