Laëtitia derrière son étal de marché sur la Grande Place de Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais)  ©Radio France - Marine Beccarelli
Laëtitia derrière son étal de marché sur la Grande Place de Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais) ©Radio France - Marine Beccarelli
Laëtitia derrière son étal de marché sur la Grande Place de Montreuil-sur-Mer (Pas-de-Calais) ©Radio France - Marine Beccarelli
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Résumé

"Je suis cordonnière-couturière de cuir, mais les gens aiment mieux dire cordonnier." Autour des étals du marché de Montreuil-sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, chacune cherche sa place. Qu’est-ce qu’un travail et comment on le choisit ? Qu’est-ce qu’on gagne, quand on gagne sa vie ?

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À Montreuil-Sur-Mer, dans le Pas-de-Calais, il n’y a ni plage, ni littoral. Contrairement à ce que son nom indique, Montreuil est une petite ville de l’intérieur des terres, à 17km du Touquet et de la Côte d’Opale. Il n’y a pas la mer mais l’humidité des marais en contrebas de la colline sur laquelle elle est perchée. Et puis il y a les touristes, qui arpentent les ruelles de cette ancienne cité médiévale.

Tous les samedis matin, la Grande Place s’anime autour des étals du marché. Aujourd’hui c’est l’été, mais une pluie fine a découragé certains exposants de déballer leur marchandise.

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Ce n’est pas le cas de Sophie, éleveuse de chèvres, qui fabrique et vend son fromage, ni de Laëtitia, qui tient le stand de fruits et légumes à côté avec son "tyran" de mari. Comme chaque samedi, Pierrette vient faire ses courses pour la semaine et les passants l’interpellent. Ici, tout le monde la connaît. En bordure du marché, la terrasse couverte du Caveau s’anime et Clémentine, la patronne, s’active derrière le bar. Des groupes de copines viennent boire un verre ou déjeuner. C’est le week-end, on prend son temps et les langues se délient. Au bout de la rue, Laurence travaille le cuir et accueille les clients dans sa cordonnerie. Sandrine profite d’une journée avec ses petites filles sans penser à la fin prochaine de son CDD.

Elles ont une trentaine d’années, 56 ou 81 ans. Qu’elles soient commerçantes, employées administratif ou qu’elles ne travaillent plus, elles ont toutes, à un moment donné, cherché leur place, parfois sans y arriver.

Comment trouver sa place ? Qu’est-ce qu’un travail et comment on le choisit ? Faire ses preuves, ça veut dire quoi ? Qu’est-ce qu’on gagne quand on gagne sa vie ? Pourquoi on parle de temps libre quand on ne travaille pas ?

Je ne sais pas où elle est ma place, je ne sais pas. J’ai une place dans mon entreprise mais ce n'est pas forcément ma place, parce qu’au mois de décembre je n'y serai peut-être plus. (…) Il y en a qui disent que vous choisissez votre vie ? Moi je n'ai pas choisi la mienne.

Mon rêve quand j’étais gamine, c’était d’être dans l’armée. J’ai été victime de misogynes. A l’armée c’était terrible, vraiment. Je me suis fait démolir la main par un fou. Ce jour-là, c’est moi qui commandais le peloton. J’ai levé la main pour démarrer tous les camions. Un des gars a démarré en trombe et m’a fauchée. Ma main a été happée, bousillée. Il a fait ça délibérément. 

Je suis la 6e génération à reprendre l’entreprise familiale. Beaucoup m’attendaient au tournant. Je suis la première fille de ma lignée. Avant, ça a toujours été des hommes, et des grands hommes. Même les habitants, même ceux que j’ai toujours connus, parce que j’ai grandi dans cette ville, ont douté de mes capacités. (...) On m’a dit plusieurs fois : "Toi, t’es qui pour parler ?", "Toi, t’es une serveuse", sur un ton… T’es rien, quoi. 

Remerciements : Merci à Juliette Medelli, Sandrine, Laurence, Clémentine, Elodie, Pierrette, Laëtitia, Isabelle, Célestine, Annabel, Sophie, Françoise.

Un podcast de Marine Beccarelli, Léa Capuano, Pauline Chanu et Maïwenn Guiziou. Réalisé par Annabelle Brouard. Prise de son additionnelle : Ollivia Branger

Références

L'équipe

Léa Capuano
Production
Pauline Chanu
Production
Maïwenn Guiziou
Production
Annabelle Brouard
Réalisation