Exposition Mobile Immobile - Mairie de Pierrefitte-sur-Seine
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Résumé

Une exposition « Mobile/Immobile » s’ouvre à point nommé aux Archives nationales.

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Depuis le début du XIXème siècle l’essor de la vitesse, la démocratisation et l’accélération des déplacements ont profondément modifié nos sociétés, nos territoires et nos modes de vies. Une transformation accentuée de plus belle par le développement des outils du numérique et de la communication instantanée.

Paradoxalment ce « tournant de la mobilité » est longtemps resté un impensé des sciences sociales. Quels impacts ont eu ces changements sur les relations entre les hommes ? Que savons-nous de la mobilité contemporaine, de son histoire et de son avenir ?

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Pour être à même de débattre et de comprendre les choix collectifs auxquels nous sommes confrontés il fallait les éclairer, c’est tout l’enjeu de cette exposition « Mobile/Immobile » qui ouvre demain aux Archives Nationales à Paris. Le fruit de sept années de recherches entre art et science menée par le think tank « Vies mobiles ».

Le principe de cette exposition est d’associer chercheurs et artistes pour mettre en forme des conclusions d’enquête mais aussi passer des commandes qui rendent visibles tous ces questionnements.

Le travail du photographe Vincent Jarousseau, que j’avais déjà évoqué au début de la crise des gilets jaunes, va s’attacher par exemple à la mobilité des travailleurs à Denain dans le nord post industriel de la France. Ce sont ceux qui ne peuvent trouver de travail que mobile, comme Tanguy tout juste sorti de son BTS de maintenance industrielle qui parcourt en moyenne 500 kilomètres chaque nuit pour livrer deux tonnes de pain ou de brioche. 

Ceux qui subissent cette injonction à la mobilité mais qui ne peuvent pas bouger, pour des raisons financières, familiales, de santé, de permis ou tout simplement faute d’opportunités. 

Et enfin ceux qui ont trouvé dans l’ancrage territorial de meilleures solutions. Une façon de déconstruire l’image d’un travailleur purement récalcitrant aux nouveaux canons de l’auto-entrepreneur mobile. Vous savez celui à qui il suffit de traverser la rue…

La mise en récit d’une enquête sur les travailleurs hyper mobiles sous forme de bande dessinée, va quant à elle mettre à jour cette tension : la mobilité des uns dépend de l’immobilité des autres. Il faut que quelqu’un reste, par exemple dans le cadre d’une famille, pour que la mobilité soit possible.

Ce principe de Janus traverse toute l’exposition. On y voit comment l’histoire de la mobilité s’est accompagnée très vite de son contrôle à mesure que les possibilités de déplacement s’accéléraient. De la première circulaire sur les vagabonds nomades en 1908 à la situation des migrants aujourd’hui. Certaines populations et certaines classes subissent une ségrégation de la mobilité. 

Quelle mobilité pour demain ? Dans l’exposition, des utopies, comme la généralisation du mode de vie des néo nomades, côtoient des formes plus cauchemardesques. Le film de science fiction « Sleep Dealer » imagine l’embauche de travailleurs étrangers, ouvriers du bâtiment ou femmes de ménage, qui exécutent leur tâche à distance grâce à un système de réalité virtuelle. Mais ce qui en ressort, c’est que la mobilité de demain doit passer par une réflexion démocratique plutôt que d’être confisquée par la technique.

Une vaste étude menée en outre aux Etats-Unis, au Japon, en Turquie, en France, en Allemagne et en Espagne démontre que les attentes des populations se trouvent du côté de la décélération… Reste à l’organiser, et à saisir la fin du pétrole (dont dépend à 95% la mobilité) comme une chance !