Le Désespéré est un tableau du peintre français Gustave Courbet réalisé entre 1843 et 1845
Le Désespéré est un tableau du peintre français Gustave Courbet réalisé entre 1843 et 1845
Le Désespéré est un tableau du peintre français Gustave Courbet réalisé entre 1843 et 1845 ©Getty -  Leemage
Le Désespéré est un tableau du peintre français Gustave Courbet réalisé entre 1843 et 1845 ©Getty - Leemage
Le Désespéré est un tableau du peintre français Gustave Courbet réalisé entre 1843 et 1845 ©Getty - Leemage
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Résumé

En cette époque trouble pour la vérité et les libertés, Courbet peut nous être d’un puissant secours. Profitons de son bicentenaire pour l’inviter à converser à la table de notre temps.

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Gustave Courbet a deux fois cent ans et il est bien vivant !

Le président de la République Emmanuel Macron s’est rendu à Ornans, la ville natale de Courbet en Franche-Comté, où Yan Pei Ming, grand artiste franco-chinois, présente une exposition de peintures en dialogue avec celles de Courbet. Et un banquet, organisé près du Musée d’Orsay à Paris par l’historien de l’art Thomas Schlesser et le psychiatre Yves Sarfati, à invité toute la journée l’esprit de Gustave Courbet à s’asseoir à la table de notre temps. Mais que peut-il nous raconter aujourd’hui ? 

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Courbet, en cette époque trouble pour la vérité, est un allié puissant. Il invite à ne jamais détourner le regard sur les choses, à les affronter telles qu’elles sont. Le trou béant de « L’enterrement à Ornans », l’œuvre qui le révélera au grand public en 1849, incarne cette recherche de la vérité qui prime toujours sur le beau.

Et si son tableau le plus célèbre, « L’Origine du Monde », cette peinture d’un sexe de femme en gros plan, cristallise aujourd’hui la question de la censure des images par les robots filtreurs, c’est que les représentations de Courbet continuent de faire apparaître les limites de notre liberté. 

Sa « Baigneuse » glorifiée avec ses imperfections choquait déjà hier, bien avant le scandale généré par ces fesses massives que filme un Kéchiche en plan large pendant des heures. Comme tous les avant-gardistes, Courbet emprunte ce chemin de la vérité. La femme n’est pas l’objet du regard, c’est un sujet avec lequel on entre en empathie. Elle n’est pas soumise à l’idéalisation de l’artiste. Elle est l’expression d’une identification. On fait dire à Flaubert « Madame Bovary, c’est moi », mais Courbet va plus loin : en féministe avant l’heure, la Femme c’est lui !

Inviter Courbet dans notre époque, c’est aussi rappeler ce qu’est l’engagement par rapport à la posture des idéaux. C’est convoquer un héros qui n’aura rien sacrifié de ses convictions républicaines. Un engagement moral mais aussi un courage physique : en 1871, à 52 ans, Courbet devient l’égérie de la Commune de Paris au nom du peuple et de la liberté, et se bat quand on écrase les valeurs qui fondent la république. Quitte à être emprisonné, ostracisé, et à voir son œuvre discréditée par ses engagements politiques. Quitte à devoir s’exiler en Suisse où il mourra, tous ses biens saisis, ainsi que ses tableaux. Courbet n’a peur de rien. 

Refusant tous les honneurs même au sommet de sa gloire, il écrit « j’espère vivre de mon art pendant toute ma vie sans m’être jamais éloigné d’une ligne de mes principes, sans jamais avoir menti un seul instant à ma conscience, sans même avoir jamais fait de la peinture large comme la main pour faire plaisir à qui que ce soit ». Avec Courbet, l’œuvre et l’homme font corps.

Courbet est enfin visionnaire dans son rapport à la nature, en ce qu’il nous invite à passer un nouveau pacte avec le vivant. Sa « Biche morte » peinte en 1857 ou son « Chêne de Flagey » de 1864 sont autant d’autoportraits de l’artiste. Courbet revendique une empathie avec la nature devenue une entité qui n’est pas au service de l’homme mais avec laquelle celui-ci compose et dialogue.

Pour toutes ces raisons, les courbétiens et les courbétiennes se réunissent aujourd’hui, dans la tradition de partage humaniste des banquets républicains, et vont multiplier les happenings, dont une joyeuse parade à dos d’âne, arrosée de cognac, jusqu’au Musée d’Orsay. Leur mot d’ordre ? Panthéoniser Courbet ! Et en effet, si aucun artiste n’a encore sa place parmi les hommes et femmes illustres de la Nation, Courbet, grand défenseur de la République mériterait certainement d’y entrer !

Références

L'équipe

Mathilde Serrell
Production
David Jacubowiez
Réalisation