Erik Killmonger au Museum of Great Britain dans BlackPanther - X
Erik Killmonger au Museum of Great Britain dans BlackPanther - X
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Résumé

La question dépasse les frontières du rapport remis au président Macron et traverse la pop culture. Mais comment les musées tentent-ils d’y répondre?

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Vous souvenez-vous de cette scène dans les vingt premières minutes du film Black Panther sorti l’année dernière ? Elle se déroule au « Museum of Great Britain », avatar Marvel du British Museum de Londres. Même si architecturalement à l’extérieur il s’agit du High Museum of Art d’Atlanta, mais passons, nous sommes dans la fiction.

Dans cette scène, Erik Killmonger, fils du prince N’Jobu, et ennemi juré de Black Panther s’associe au trafiquant Ulysses Klaue pour récupérer une arme légendaire du Wakanda. Avant leur casse, voici comment se déroule la visite d’Erik Killimonger avec la conservatrice du musée…

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La question de la restitution des biens culturels africains se présente alors dans l’imaginaire hollywoodien comme une discussion assez caricaturale entre deux sortes de méchants : la conservatrice condescendante et l’anti-héros qui veut prendre sa revanche. 

Autant dire que l’équation ainsi posée tue le débat. Mais elle reflète, à sa manière et transposée dans la culture populaire, la montée irrépressible de ce questionnement. Il s’étend au-delà des frontières du rapport remis aujourd’hui au président français sur le retour des œuvres du patrimoine africain. 

En Allemagne et au Canada les musées sont déjà avancés dans ce processus. Au Royaume-Unis mais aussi particulièrement en Belgique l’amorce est plus lente. La réouverture, en décembre après 5 ans de travaux du musée de Tervuren, ex-Musée royal d’Afrique centrale rebaptisé « Africa Muséum », concentre à ce titre de nombreux enjeux. 

Dans un pays où l’expression « tout ça ne nous rendra pas le Congo » est tout à fait courante, le retard en matière de restitution des « trésors coloniaux » a été pointé par différentes associations comme des personnalités du monde artistique et universitaire. Avec ces milliers d’objets d’art ancien congolais, rwandais ou burundais, rapportés ou acquis dans un contexte « colonial », le musée tente de répondre par des restitutions d’archives, des numérisations, des prêts ou des transferts temporaires. Mais la restitution physique et définitive de certaines œuvres ne peut pas indéfiniment être contournée. 

D’ailleurs pour la première fois un débat participatif intitulé « Restitution des biens culturels africains : question morale ou juridique » a été organisé au parlement francophone bruxellois en octobre. Avec l’ambition de proposer des amendements qui permettront des restitutions concrètes et pourront être adoptés par d’autres parlements. 

Enfin dans l’extrait de Black Panther, aussi caricatural soit-il, la conservatrice restait très évasive sur les œuvres, leur contexte, et leur provenance. Aussi tant que les modalités et possibilités de retour continuent de se définir, l’Africa Museum, doit se confronter à la question de la mise en récit.  

Le nouveau musée est-il véritablement devenu un musée de l’Afrique, un musée de l’image belge de l’Afrique ou un musée de la colonisation ? Comment la période coloniale a-t-elle été intégrée dans la nouvelle scénographie ? Autant de problématique qui agitaient un récent débat à Bruxelles et nourrissent de plus en plus la démarche de nombreux musées. 

Références

L'équipe

Mathilde Serrell
Production
David Jacubowiez
Réalisation