Les deux candidats proposent une politique de l'offre, financée par l'austérité et l'augmentation de la TVA.  ©Maxppp - ERIC FEFERBERG
Les deux candidats proposent une politique de l'offre, financée par l'austérité et l'augmentation de la TVA. ©Maxppp - ERIC FEFERBERG
Les deux candidats proposent une politique de l'offre, financée par l'austérité et l'augmentation de la TVA. ©Maxppp - ERIC FEFERBERG
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Résumé

A. Juppé et F. Fillon ont le même programme économique: réduire les impôts et les cotisations des entreprises. Seule l'ampleur de la baisse diffère. 28 milliards € pour le premier, 50 pour le second, financés en partie par une augmentation de la TVA. Prendre aux pauvres pour donner aux riches ?

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Le cadrage budgétaire... c'est important. C'est toujours un peu sujet à caution tout de même, je le dis d'emblée. Car pour chaque montant estimé de telle dépense ou tel allègement de charge, il y a toujours une inconnue, c'est la croissance.

Pour les hypothèses de croissance, François Fillon table sur une croissance toujours montante qui passerait d'1.3% en 2017 à 2.3% à la fin de son mandat. Alain Juppé est plus prudent, et fait deux scénarios, le plus optimiste projetant la croissance du PIB à 2% en 2022.

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La question, c'est de savoir si les idées des deux candidats sont financées ou si elles vont déboucher sur une augmentation de notre déficit.

Il y a un dossier intitulé cadrage financier sur le site de François Fillon 2017, mais c'est Alain Juppé qui est le plus précis dans ses éléments chiffrés. La trajectoire économique et financière de son programme est à la fin d'un document intitulée "5 ans pour l'emploi".

Je ne reviens pas dans le détail de leurs mesures (vous les trouverez résumées ici dans cet article du Figaro) tous les deux promettent une politique de l'offre. C'est la politique du gouvernement actuel depuis 2013, mais eux veulent aller plus loin et plus fort.

Qui dit politique de l'offre, dit allègement des impôts et des cotisations pour les entreprises, assortie d'une baisse d’impôts pour les ménages qui paient notamment l’impôt sur la fortune. Concrètement, cela veut dire moins d'argent dans les caisses de l'Etat et des organismes sociaux.

François Fillon y va un peu plus fort que son adversaire sur tous ces allègements, il estime que cela représentera 50 milliards de rentrées fiscales ou sociales en moins par an. Alain Juppé 28 miliards.

Mais comme tout deux disent vouloir en même temps réduire le déficit de l'Etat, c'est mathématique, il va falloir trouver des Paul, pour alléger les impôts des Pierre.

Qui va financer ces baisses d'impôts?

La sphère publique pour commencer: tout deux ambitionnent 100 milliards d'économies sur le quinquennat (85 à 100 pour Alain Juppé). Mais ces économies prendront du temps avant de se concrétiser.

Dans l'immédiat, leur plan c'est donc d'augmenter la TVA. 2 point de plus pour François Fillon, ce qui rapporterait 17 milliards de rentrées fiscales, un point pour Alain Juppé, ce qui ferait moitié moins.

C'est une TVA sociale, même si le nom n'a plus le vent en poupe. C'est le le pari qu'en faisant financer la protection sociale par la TVA, on va améliorer la compétitivité des entreprises françaises et désavantager les produits "made in l'étranger"

C'est aussi le principe des petits ruisseaux qui font les grandes rivières. La TVA représente déjà la moitié des recettes de l'Etat.

Côté équilibre des comptes publics, peut être que cela suffira.. A condition, à condition, et c'est la grande inconnue pour tous les deux, que cette augmentation de TVA n'ait pas d'effet récessif, c'est à dire qu'elle ne conduise pas les ménages à moins consommer.

Inquiétude sur la croissance

La consommation reste le moteur de la croissance en France. Beaucoup d'économistes attribuent d'ailleurs la faible croissance du quinquennat Hollande au fait qu'il ait fait financer par les ménages sa politique de compétitivité pro-entreprise. Voir ici, un précédent billet sur un récent rapport de l'OFCE : Quand les ménages financent la compétitivité des entreprises.

Mais cette fois ce sera différent veut croire l'équipe de François Fillon qui pense que les entreprises ne répercuteront pas forcément la hausse de TVA dans les prix. Dans un tweet, il est même allé jusqu'à dire que s'il voulait augmenter la TVA, c'était pour redonner du pouvoir d'achat aux français. Oui.

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Quels français? C'est ça la question. Plus on est riche, moins on dépense en TVA en pourcentage, des études le montrent. Voir ici une étude universitaire menée sous la direction Thomas Piketty en 2012 (page 35 et 36 notamment)

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Les deux candidats à la primaire se défendent de vouloir prendre aux pauvres pour donner aux riches, pour reprendre l'expression utilisée par le très libéral Alain Madelin (bref ministre des finances d'Alain Juppé en 1995) au sujet du programme d'Alain Fillon.

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C'est vrai que ni Alain Juppé, ni François Fillon ne prévoient d'augmenter la TVA qui resterait à 5.5% pour les produits alimentaires, l'énergie et les produits culturels. Voir ici le détail des différents taux de TVA et à quels produits ils s'appliquent.

A la différence d'Alain Juppé, François Fillon veut aussi augmenter de deux points la TVA intermédiaire, qui concerne "les produits agricoles non transformés, le bois de chauffage, les transports de voyageurs, la restauration, les travaux d'amélioration du logement, les droits d'entrée dans les musées, zoo.."

En tout cas, leur programme valide l'orientation prise par le président Hollande, qui lui aussi a augmenté la TVA pour financer l'allègement des impôts et cotisations pour les entreprises.

Eux disent que ça n'aura rien à voir, parce qu'ils iront plus loin et plus fort. François Hollande parlait d'un choc de compétitivité, donc là ce serait le vrai choc avec François Fillon le candidat qui dit la vérité aux Français, et le super choc avec Alain Juppé le candidat qui a la super pêche!

Rien à voir...

Références

L'équipe

Marie Viennot
Production
Catherine Petillon
Journaliste
Annabelle Grelier
Journaliste
Anne-Laure Chouin
Journaliste
Marie Viennot
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Anne-Laure Jumet
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