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Dans la vie politique il y a des couacs, on en parlait hier à propos de Jean-Marc Ayrault, ils sont spectaculaires, ils font du bruit, ils déchaînent les moqueries. Et puis il y a des fautes. Des loupés tellement catastrophiques qu’ils font baisser la voix. Il s’avère de plus en plus que l’affaire Mohamed Merah pourrait faire partie de ces dysfonctionnements tragiques.

Demain le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou se rendra à l’école juive Ozar Hatorah de Toulouse, accompagné de François Hollande, là même où le 19 mars dernier un enseignant et trois enfants ont été assassinés.

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L’express.fr et le site de Libération publient des extraits de l’audition par le juge Christophe Teissier de deux policiers toulousains, le brigadier qui a négocié avec le tueur, et son supérieur hiérarchique.

Ces témoignages font ressortir une différence de point de vue entre la direction régionale du renseignement intérieur de Toulouse, et la direction centrale alors dirigée par Bernard Squarcini, un très proche du pouvoir de l’époque.

La divergence remonte à l’été 2011. Les Toulousains envisagent de transmettre à la justice le dossier Merah, qu’ils considèrent comme dangereux. Ils rédigent une note à leurs supérieurs parisiens, mais n’obtiennent aucune réponse.

A l’automne, la Direction centrale envoie deux policiers pour interroger Merah après son retour du Pakistan. Conclusion : Paris demande à Toulouse d’alléger la surveillance.

Paris envisage même de transformer Merah en indicateur. Toulouse refuse.

Le 15 mars, jour de la tuerie de Montauban, où Merah abat deux parachutistes, le chef de la direction régionale propose de participer aux réunions des enquêteurs. « On me répond que ce n’est pas nécessaire », explique-t-il au juge. Dommage car ce jour là on visionne les images tournées par la caméra de vidéosurveillance, et il connaît Merah, il le reconnaitra clairement quelques jours plus tard sur ce film.

Ce même 15 mars le policier toulousain fait remarquer à sa direction centrale que le régiment de Montauban revient d’Afghanistan, on lui répond que « les choses ne peuvent pas être aussi simples que cela ». Le 16 il transmet deux notes, l’une sur la piste de l’ultra-droite, comme on le lui demande, l’autre sur la piste salafiste, avec 6 noms compatibles, dont celui de Mohamed Merah. Le 17 mars la direction centrale lui répond que le document sur le salafisme doit être mis en attente.

Le 19 mars les enfants et leur enseignant sont massacrés.

Maintenant imaginez. Imaginez que la gauche ait été au pouvoir. Les mêmes faits auraient inévitablement déclenché un procès en laxisme et en incompétence. Cela ne prouve surtout pas que le pouvoir de l’époque ait été responsable, cela dit seulement qu’en politique il y a d’un côté l’insignifiance des polémiques, et de l’autre la complexité parfois tragique des événements.

Références

L'équipe

Hubert Huertas
Production
Caroline Bennetot
Collaboration