France Culture
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ça fait 9 jours que je suis complètement accro... et en manque de sommeil...Comme paraît-il plus de deux millions et demi de téléspectateurs qui ont suivi les 6 premiers jours, la première semaine de ce débat parlementaire sur LCP-Assemblée Nationale... sans parler de plusieurs milliers d'autres qui le suivent quotidiennement en vidéo en direct sur internet...Au-delà du fait d'avoir eu la chance de m'être rendu physiquement à l'Assemblée, quand je ne peux pas, je suis aussi, comme les utilisateurs de Twitter, un accro au Hashtag DirectAN... ce mot clé qui accompagne chaque tweet de député ou de citoyen...et qui nous rend tous un peu résident en tribune de l'hémicycle du 126 rue de l'Université...Tiens, vous avez remarqué cette phrase... Elle met au même niveau le député de la nation et le citoyen...C'est le grand changement qu'apporte ce réseau social...Ils sont 312 sur 577 députés à être présent sur ce réseau...En France, 5 millions et demi d'utilisateurs...Twitter n'est pas la France mais le réseau pèse de plus en plus...Et si la retransmission télévisée d'abord des questions au gouvernement il y a 30 ans puis des débats en séance ou en commission grâce à la chaîne parlementaire depuis 13 ans ont contribué à changer progressivement le travail parlementaire...Là nous avons basculé dans quelque chose de différent...Il n'y avait aucun de ces outils il y a 15 ans par exemple pour le débat du PACS...Les députés vivaient en vase clos... Aujourd'hui, chaque français peut participer d'une certaine façon aux travaux parlementaires... il peut interpeller tel ou tel député... ou se contenter tout simplement de lire... les avis des uns et des autres, les infos brutes, les opinions ou les coulisses offertes par les journalistes dans les tribunes de presse... bref, dans la relation journaliste et politique, le citoyen s'invite dans le jeu pour former un triangle...Ni rose, ni noir contrairement à certaines paroles maladroites et récentes d'un député de l'opposition dans ce débat...Mais une NOUVELLE relation démocratique frappée du sceau de la transparence...Faut-il s'en féliciter, visiblement non si l'on en croit deux députés UMP Gérald Darmanin, 30 ans, quasi benjamin de cette assemblée, et son collègue Guillaume Larrivé, 36 ans... qui ont déposé hier soir une proposition de modification du règlement intérieur de l'Assemblée visant à interdire l'utilisation de Twitter par les députés pendant les séances...En 9 jours, 80 heures de discussion, Twitter est devenu un gimmick dans les prises de parole des députés de l'opposition, de multiples rappels au réglement de la part de l'UMP s'appuyant sur le réseau pour tantôt s'indigner d'un gazouilli émis par un député de l'autre bord... ou tantôt l'empoigner pour en faire un argument à verser au procès verbal, au compte-rendu très officiel des débats parlementaires...Mais à droite, ils sont pris au piège de leur logique et de leur rhétorique...Aux députés de l'opposition qui demandent un référendum sur le mariage et l'adoption pour les couples homosexuels, à ces députés qui en appellent au peuple et à la rue, aux mêmes qui s'insurgent contre l'absence de débat dans le pays, ils devraient plutôt louer les avantages de Twitter ou des retransmissions télévisées ou sur internet que de se préoccuper de modifier leur réglement...N'était-ce pas ainsi savoureux de les voir au piège de leurs propres contradictions, quand le président du groupe UMP Christian Jacob interpelle cette nuit, peu avant minuit, la Garde des Sceaux Christiane Taubira avec ces paroles sur lesquelles je vous laisse méditer : alors qu'il réclamait la publicité de l'avis du conseil d'état sur ce texte, Jacob à Taubira : "Aujourd'hui nous demandons la transparence... Tout le monde en parle et attend cela... Ne vous cachez pas !" L'homme brandit d'une main la transparence mais la fustige de l'autre...Aux députés de la nation de droite comme de gauche, j'ai envie de dire ce matin, ne vous cachez pas et réfléchissez plutôt au mandat unique ou aux moyens de légiférer plus efficacement que cette litanie d'amendements tous identiques, un jeu d'obstruction qui permet depuis deux jours, deux jours de ne débattre que du seul article 4 de ce texte, à savoir de la disparition des mots Père et Mère pour parents, pensez aussi Messieurs les députés à vos collègues outre-manche qui ont voté le même texte en six heures... et vous trouverez peut-être le chemin du travail parlementaire rénové en ce début de 21ème siècle...